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Les Livres

My name is Orson Welles / ouvrage collectif sous la direction de Frédéric Bonnaud (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 15 Décembre 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, La Table Ronde

My name is Orson Welles / ouvrage collectif sous la direction de Frédéric Bonnaud / Editions La Table Ronde / 464 pages 320 illustrations / Septembre 2025 / 44,50€ Edition: La Table Ronde

 

Orson Welles ou la figure protéiforme

 

A l’occasion du 40ème anniversaire de la disparition d’Orson Welles, la Cinémathèque française organise une exposition sur le cinéaste, véritable légende du cinéma. Un catalogue d’exposition l’accompagne, un ouvrage collectif très documenté, un « beau livre » comme on dit, riche d’illustrations et de toutes sortes d’informations sur le créateur de Citizen Kane. Ce qui frappe, en premier lieu, lorsqu’on parcourt ce livre, et cette impression va en s’approfondissant, c’est la dimension littéraire d’Orson Welles. Non seulement il apparait dans sa vie comme un véritable personnage romanesque, mais encore la littérature est omniprésente dans ses créations, notamment par ses adaptations radiophoniques et filmiques, de Shakespeare à Franz Kafka en passant Joseph Conrad et H. G Wells.

La Parole, Malcolm de Chazal (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 12 Décembre 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

La Parole, Malcolm de Chazal - texte inédit présenté par Yves Moatty, Arfuyen, 96 pages, septembre 2025, 14€

 

"La Parole est ce par quoi la vie est une, et qui fait de l'homme le fils aîné de la Nature. La Nature est la Parole, dont l'homme s'est échappé. Et l'abîme où il est tombé, est son abstrait" (p.43)

 

Malcolm de Chazal (1902-1981), l'homme de l'île Maurice, avait - c'est bien connu - le génie plutôt présomptueux ("Je considère n'être pas inférieur à Dieu", déclarait-il à Bernard Violet, car "Je vais vous dire. Si Dieu n'existait pas, si l'univers n'existait pas, si vous n'existiez pas : moi, j'existerais. Ce qui m'intéresse, c'est de me créer "), et un brin paranoïaque ("Le fait que j'existe est une ignominie pour l'île Maurice, parce que personne ne peut m'aimer. S'ils m'aimaient, ils se haïraient", ajoute-t-il tranquillement, car "Une oeuvre comme la mienne demande l'obstacle, la solitude, le refus. Et j'ai à Maurice tout ce que je veux..."). Mais génie il y a, et même les rares qu'il ménageait ou flattait dans ses innombrables articles insulaires l'ont senti passer :

André Breton, Julien Gracq – Correspondance 1939-1966 (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 11 Décembre 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Correspondance

André Breton, Julien Gracq – Correspondance 1939-1966 – Présentée et éditée par Bernard Vouilloux et annotée en collaboration avec Henri Béhar – Gallimard – 240 p. – 21 euros – 16/10/25.

 

« Vous disposez, me semble-t-il, de grands secrets qui ne sont pas seulement ceux de la poésie et c’est ce qui me fait balancer entre l’envie de vous connaître, l’espoir d’accéder par vous à tout autre palier que celui qui est naturellement le mien et la tentation de respecter cet anonymat duquel, m’a-t-on dit, vous refusiez à peu près de vous départir. »

Lettre d’André Breton à Julien Gracq (Dimanche 13 mai 1939)

« Je pense que l’existence de cette conspiration amicale singulière (mais très souvent pour toujours silencieuse) autour de vous vous est assez connue, par d’autres témoignages, et de plus de valeur, que le mien. Je ne tiens pas particulièrement à l’anonymat – sauf à Quimper que j’habite en ce moment – mais vous voir, surtout après votre lettre, représente pour moi quelque chose de très intimidant. »

Lettre de Julien Gracq à André Breton (Quimper, jeudi 18 mai 1939)

Datura, Leena Krohn (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 11 Décembre 2025. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Zulma

Datura, Leena Krohn, trad. Claire Saint-Germain, 256 p., éd. Zulma, oct.2025, 21,50€ Edition: Zulma

 

Leena Krohn (née en 1947 à Helsinki, écrivaine finlandaise, dont les œuvres sont traduites en de nombreuses langues), campe, dans son dernier livre intitulé Datura, le récit et la voix intérieure d’une narratrice asthmatique, en proie à de fréquentes crises de toux. La clé du roman de Leena Krohn réside dans le fait que la réalité du monde est sans cesse altérée, dans la vie courante et dans l’intimité. C’est ce qui va arriver à l’héroïne (jamais prénommée), quand sa sœur va lui offrir en guise de cadeau d’anniversaire une plante magnifique mais toxique, le datura aux « graines noires, en forme de minuscules reins » ; les hallucinations vont alors commencer ! Devenue secrétaire de rédaction d’un journal à sensations, Le Nouvel Anomaliste (quelque peu conspirationniste), la jeune femme va se familiariser avec l’occulte et le paranormal - sujets traités avec humour. La découverte de ce monde crypté, qui laisse le champ libre aux suppositions les plus inexpliquées et les plus loufoques, tient un peu de la franc-maçonnerie, dans la mesure où les expériences sont posées comme des énigmes à déchiffrer et qui changent le quotidien de la jeune éditorialiste.

Au pays de la fille électrique, Marc Graciano (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 10 Décembre 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Editions José Corti

Au pays de la fille électrique, Marc Graciano, Ed. Corti, 149 p. 19 € . Ecrivain(s): Marc Graciano Edition: Editions José Corti

 

Nul doute que Graciano soit un lecteur passionné de Cormac McCarthy : l’enchaînement des coordonnées (et … et … et …), le récit déroulé dans un déplacement le long d’une route, l’affrontement à la violence la plus effroyable, la fascination pour les personnages perdus, marginaux, moitié fous, tout en un mot fait planer l’ombre du grand sudiste sur ce roman terrible, onyx étincelant. On croise aussi l’ombre de Claude Simon dans les phrases sinueuses et sans fin.

La patte propre de Graciano est assurément dans la longue trace indiciaire qu’il sème au long de sa route. Symptômes désolants d’une civilisation à l’agonie, déchets, laideur, haine. Éclairs de lumière dans des rencontres inattendues et pleines d’espoir. C’est notre monde, sur une ligne de crête, prêt à sombrer, avec peut-être encore quelques rares chances de se sauver. Chances ténues, redéposées dans des regards, des épiphanies, des ouvertures. Graciano les placent dans les lieux les plus étonnants : une gendarmerie ou un hôpital psychiatrique ou un chien.