Ainsi parlait Colette, Gérard Pfister (par Yasmina Mahdi)
Ainsi parlait Colette, Gérard Pfister, Arfuyen, janvier 2025, Dits et maximes de vie choisis, 192 pages, 14 €
Ecrivain(s): Colette Edition: Arfuyen
Colette Willy
Sidonie-Gabrielle Colette, née le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne), morte le 3 août 1954 à Paris, est la deuxième femme à être élue membre de l’Académie Goncourt en 1945, elle en devient la Présidente entre 1949 et 1954, et la première femme en France à recevoir des funérailles nationales.
Les écrits de Colette ont souvent concerné les jeunes filles et les femmes, le lectorat féminin. Pour ma part, je lisais la grande auteure depuis l’enfance et y retrouvais une certaine connivence de forme et de fond avec mes impressions de jeune lectrice féministe. Dans sa préface, à ce propos, Gérard Pfister relève une phrase adressée aux femmes : « Ô lutteuses ! C’est de lutter que vous restez jeunes ». Dans ces extraits de l’œuvre de Colette, la nature, dont elle explorait les mystères et les changements, qu’elle savourait en bourguignonne (roulant terriblement les r), occupe une place importante, ainsi que la série des Claudine qui l’a rendue célèbre, l’amour qu’elle portait aux animaux, des aphorismes et de la morale.
À mon goût, ses textes sur le paysage, la nature et les animaux restent les plus beaux de la littérature française du XXème siècle : « Je suis pénétrée de rayons, traversée de souffles, sonore de cigales et de cris d’oiseaux, comme une chambre ouverte sur un jardin… ». Colette se nourrit de la terre.
L’autrice écrit également des épigrammes mordantes, suite à des expériences intimes, parfois blessantes, avec des hommes, des amants. De la nostalgie pointe aussi pour sa jeunesse envolée. L’on découvre de la volupté dans les descriptions, de l’érotisme, une jouissance à voir de la beauté, ainsi qu’une délectation de tous les sens… Colette parle de sa vie de vagabonde, d’amante, de ses expériences, de music-hall, elle, la petite provinciale montée à Paris : « Je ne bouge pas, de peur de dissoudre, derrière moi, le mirage provincial, qui monte de mon passé : un salon fané, où la pendule de marbre blanc marque minuit, entre deux bouquets de houx. Sur la grande table, on a simplement poussé un peu de côté les livres à tranche d’or, le jeu de jacquet et la boîte de dominos, pour faire place au gâteau arrosé de rhum et au vieux frontignan décoloré… ». Déjà, la modernité marque de son sceau le quotidien et mord le bonheur simple de l’enfance de la femme de lettres : « Et comment le transmettre, ce bonheur sans éclats, ce bonheur à flamme sourde, à nos enfants d’aujourd’hui ? Qui donc les a faits avides et blasés comme ils sont ? La vie nouvelle, l’âpre époque, et nous-mêmes !… ». Constat amer qui campe à merveille notre actualité…
Les vers « Tout s’élance, et je demeure » sont sans doute un écho en hommage au fameux poème d’Apollinaire : « Vienne la nuit sonne l’heure / les jours s’en vont je demeure ». Oui, l’écriture de Colette en appelle à tous les sens, c’est une écriture résonnante. L’écrivaine philosophe, énumère, conspue aussi, interroge, elle qui n’avait pas fait d’études. La tristesse l’oblige au retrait, à considérer la vieillesse et la mort prochaine. Je relève des réflexions très contemporaines sur les considérations autour du genre, quand, par exemple, Colette mentionne l’existence d’un « être au sexe incertain ou dissimulé », ou « l’androgyne », ou encore le « séraphin ».
Ce recueil de dits de maximes de vie forme une sorte de journal, de compte-rendu (n’oublions pas qu’elle a été journaliste), où l’on découvre les personnages et le ton d’une époque. La romancière se pose en poétesse : « Le style, l’espèce de ce que nous aimerons plus tard, se fixent dans le moment où la forte vue enfantine choisit, sculpte ses durables figures fantastiques. (…) Ce qui est merveilleux […], c’est que la plante humaine, même dans l’ombre la pire, dans la privation de tout, ne peut s’empêcher de fleurir ».
Yasmina Mahdi
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