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Les Livres

Chair, David Szalay (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 02 Mars 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Albin Michel

Chair, David Szalay, trad. de l’anglais par Benoït Philippe, Albin Michel, janvier 2026, 386 pages, 22,90 € Edition: Albin Michel


Les premiers romans de David Szalay sont problématiques selon la critique anglo-saxonne, car se pose la question de leur classification en tant que… romans. Mais d’après cette même critique, Chair (Booker Prize 2025), le sixième roman de Szalay, se rapproche du genre, entre autres parce que le récit est ici centré sur un seul personnage, un Hongrois du nom de István. Dire que Chair raconte la vie d’István serait excessif : ce sont plutôt dix épisodes de celle-ci qui sont adjoints les uns aux autres, dans une solution de continuité qui étonne au début, puis devient la norme en passant de l’un à l’autre des dix chapitres – mais en ce sens, on pourrait considérer que Szalay propose ici une réflexion sur la mémoire et sur la vérité narrative de nos vies : nous semblons nous aussi, à l’image de István, passer d’un épisode à l’autre, avec parfois une, deux ou cinq années qui disparaissent de notre narration, ou se résument en quelques phrases expliquant comment on est passés, par exemple, de 1993 à 1997 – et quatre années sont perdues. Inintéressantes ? Non, juste peu pertinentes eu égard à l’histoire de notre vie.

Nous qui nous révoltons, Claude McKay (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 02 Mars 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, USA, Poésie

Nous qui nous révoltons, Claude McKay, trad. (créole jamaïcain) Karine Guerre, trad. (Anglais États-Unis) Gaëlle Cogan, Michaëla Cogan, préf. Diaty Diallo, dir. Matthieu Verdeil, 2026, 208p., 18 €

 

Le poème comme arme

Le travail poétique de Claude McKay est de l’ordre de la novation : à la fois parce que, historiquement, il suit les années de l’après Première Guerre mondiale, et comme précurseur de la lutte des droits civiques et de la fin de l’apartheid aux USA. On y trouve aussi en germe, comme le rappelle le poète Léopold Sédar Senghor, le concept de « négritude » ; c’est dire l’importance de ce livre où Claude McKay, depuis les poèmes de jeunesse jusqu’aux années 30, développe sa prosodie, chant de lutte, chant du combat Noir.

Il faut parler tout de suite de la question de la haine : haine de l’oppresseur blanc ; haine de l’esclavage des Noirs américains ; puis force de progrès pour l’égalité des Américains et des Africains-Américains. Cette haine est une essence, un combustible, et le poète sait qu’il ne faut pas céder à la brutalité, que sa lutte est celle de la profondeur pour l’égalité humaine, et pas simplement dirigée vers le KKK, pitoyables clowns tristes et inhumains.

Julie Brafman, Yann dans la nuit (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 02 Mars 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Julie Brafman, Yann dans la nuit, éd Flammarion312 pp, 21€


Vivre Duras. Penser Duras. Écrire Duras. Marguerite Duras ! En un mot comme en cent, aimer Duras !

Et, pour ce faire, on le peut aujourd’hui, passer par la bande, prendre le périphérique, les biographies nombreuses ou lire le dernier livre de Julie Brafman, bien connue des lecteurs de Libé, et auteure de son premier livre Yann dans la nuit.

La périphérie est le centre, par moment, dont Yann Andréa serait la jonction.

Une créature ? Un personnage ? Un homme en chair et en os ? Qui ?

Yann Andréa est le sujet à part entière de Julie Brafman.

Un peu par hasard, elle le dit dans ce livre subtil où elle nous dit d’elle aussi, de son approche journalistique et littéraire, de ses tâtonnements dans la nuit de Yann, de lui, ce breton exilé en Normandie, cet amoureux fou des lettres. Des lettres à et de Duras.

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 20 Février 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon, Le livre de poche, 152 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Le Livre de Poche

 

« Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l’on passait en voiture devant les panneaux d’information touristique du parc régional des Volcans d’Auvergne, on est les derniers Indiens. »

La mère, c’est celle de Pierre, son préféré, mort prématurément d’un cancer généralisé, et de Marie et Jean, de quatre et cinq ans ses cadets. Quand la romancière livre l’histoire de la famille Santoire du point de vue de sa fille, la mère, veuve, est morte depuis longtemps mais elle n’a pas disparu, paradoxalement plus vivante ou du moins plus vivace que ses deux vieux enfants restés célibataires, gardiens d’un temple dans lequel les habitudes tiennent lieu de foi.

Car de la confiance en l’avenir, ils n’en ont pas sauf la certitude que leur destin est scellé dans ce constat de la mère : ils sont « les derniers Indiens », paysans du Cantal qui vivent dans leur ferme comme dans une réserve où la modernité de la fin du XXème et du début du XXIème siècle les a progressivement fait se reclure.

La douceur rouge des étoiles – Laurent Fassin – Peintures de Benoît De Roux (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 19 Février 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, L'Atelier Contemporain

La douceur rouge des étoiles – Laurent Fassin – Peintures de Benoît De Roux – L’Atelier Contemporain – 152 p. – 25 euros – 03/10/25. Edition: L'Atelier Contemporain

 

 

Le gris-bleu par la fenêtre ouverte – l’entend-elle

Le gris-bleu a tourmenté nos voix – les sent-elle

Les moucherons en chiffon aimantent – les hirondelles – les touche-t-elle

Laisse sa langue aux sons (les vois—tu)

Ô vieille demoiselle jusqu’aux étoiles qui luisent nous parlons des silences

chemisiers de dentelles que vous portiez – naguère…

Par la fenêtre ouverte I