C’est subtil au début, Klara et le Soleil, et on craint même de s’embêter, mais Ishiguro intrigue, laisse transparaître les indices d’un récit qui va éclore, voire déborder de son cadre bien sage pour dire le monde. Ah, oui, on oubliait : Ishiguro, loin des Vestiges du jour, fraie avec la science-fiction, comme il l’avait fait de magistrale et émouvante façon avec Auprès de moi toujours, et Klara et le Soleil va à son tour faire l’objet d’une adaptation cinématographique – ce qui est toujours une bonne excuse pour parler d’un roman, surtout si le film n’est pas encore sorti, d’autant que le roman oblige le lecteur à se confronter à une singulière géométrie spatiale – et que bien souvent, on préfère ce que notre cerveau conçoit à partir de quelques annotations subtiles à ce que le cerveau d’un autre, aussi talentueux et hollywoodien soit-il, en conçoit.
De quoi parle-t-on ? D’étranges « boîtes » qui soudain subdivisent l’espace en trois dimensions, imposant parfois, de l’une à l’autre, d’improbables changements climatiques ou de bouleversantes modifications d’humeurs, allant jusqu’à l’intensité la plus absolue :