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Les Livres

Les amours de George – Stéphane Guégan (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 25 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Les amours de George – Stéphane Guégan – Gallimard – 176 p. – 19 euros – 07/05/26. Edition: Gallimard


« L’enfance s’en était allée. Ne restait qu’un trésor de souvenirs, et une poignée de fantômes. Revenue à Nohant, aux grands arbres du parc, aux chiens, aux chevaux et à ses anciens compagnons de jeu, autorisée à brader l’uniforme du couvent contre de pimpantes petites robes à la mode de la Restauration. Aurore s’étonnait de jouir autant des choses et des êtres dont le couvent l’avait coupée. »

Il y a 150 ans, le 8 juin 1876, disparaissait George Sand, à l’âge de 71 ans après avoir traversé le XIX° siècle avec passion, force et style. La passion, la force et le style fondent Les amours de George. Le corps est une affaire de langue, celui de George Sand se livre à ses amours, comme elle livre sa langue à ses romans, cette langue qui porte en son sein toute l’aventure du classicisme littéraire, voir et écrire, ne croire qu’en la justesse, la musique intérieure de la phrase, tout autant qu’en la force de l’étreinte, et ne jamais oublier l’attraction des fleurs.

Un frère, David Thomas (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 25 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Un frère, David Thomas, Editions de l’Olivier, 142 pp, 19€ 50

 

L’affre d’écrire l’affreux

Un frère de David Thomas n’est pas à lire comme un précis de psychopathologie, ni comme un roman de plus sur les liens fraternels, ni ni ni, c’est un livre à lire.

Le livre désespéré et désespérant pour qui voudrait (encore) sauver l’autre, le soutenir (malgré tout) à bout de bras quand il tombe, le soustraire à ses démons, à ses monstres. Cela ne se peut pas puisque l’autre est un être !

C’est un homme, un autre. C’est un frère, un être cher et nul n’y peut. Nul ne sauve, malgré l’amour, malgré le lien. Nul n’y peut.

Reste la littérature.

Reste le récit puissant d’un frère qui se tue dès le départ alors que ça ne se voit d’abord pas. Dans la puissance des adolescences, dans la force de la jeunesse, les dérèglements rimbaldiens semblent joie, maîtrise et plaisir festif quand, dans l’âge adulte, l’effondrement s’avère une chute sans fin et un fond jamais atteint. Saut dans le vide ! Dans la maladie du vide.

Par les escaliers anciens, Philippe Leuckx (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 24 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Le Coudrier

Par les escaliers anciens, Philippe Leuckx Éditions Le Coudrier – Mars 2025 Photographies : Philippe Colmant 72 pages – 18 € . Ecrivain(s): Philippe Leuckx Edition: Le Coudrier

En entrant dans les demeures anciennes, sans doute abandonnées, où Philippe Leuckx nous convie, nous sommes conduits à rejoindre le grenier des origines. Si d’aucuns disent qu’une exploration de l’inconscient s’appréhende par un voyage souterrain, le poète, hanté ici par un retour à l’enfance, choisit de nous garder au-dessus du sol, nous faisant monter ou descendre des marches. L’objet est donc ici d’être conscient de ses découvertes… Mais rien de ce que nous découvrons n’apparaît explicitement : nous nous trouvons plutôt dans une forme de recherche et d’évocation – une sensation nous traverse et nous interroge en même temps.

En fait, l’on pourrait dire que les poèmes de Philippe Leuckx sont comme des souffles existentiels – si l’on doit déterminer dans ce groupe nominal un pléonasme, gageons que l’adjectif « existentiels » porterait tout de même le sens d’une profondeur peu commune. Des souffles qui nous happent, nous ont donné l’impression d’avoir été confrontés à l’essentiel, une partie de cet essentiel. Mais tout a déjà expiré, et si la sensation s’est bel et bien manifestée, l’énigme demeure : « parfois il m’a semblé / toucher le cœur des choses / avec la main d’un autre / et le visage de l’étranger / et je n’ai rien vu / ni saisi ni compris / comme si le poème / fuyait ses propres mots / et le temps ses images » (p. 43)

Onze cahiers de confession (texte intégral), Bruno Reidal (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Mercredi, 24 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Onze cahiers de confession (texte intégral), Bruno Reidal (Jean-Marie Bladier), ErosOnyx éditions, collection Documents, 2023, 204 p. 15 euros

C’est un document exceptionnel qu’ont publié en 2023 les éditions ErosOnyx. Les confessions d’un garçon de dix-sept ans qui, sans raison apparente, a tué de sang-froid un autre garçon de treize ans. C’était en 1905 dans le département du Cantal, au village de Raulhac plus précisément, à une trentaine de kilomètre d’Aurillac. À l’époque l’affaire avait fait un certain bruit parce que le meurtrier était un séminariste de Saint-Flour, appelé donc à devenir prêtre, et que le meurtre par décapitation apparaissait particulièrement brutal. Ce n’est qu’au début des années 2000 qu’elle est de nouveau mentionnée dans deux ouvrages généraux sur les grandes affaires criminelles et les tueurs en série avant que Philippe Artières ne lui consacre une étude spécifique en 2019 et que Vincent Le Port n’en fasse un film en 2022 (on trouvera dans la Préface tous les détails biographiques et bibliographiques).

Onze cahiers composent cette confession d’un genre particulier dont l’écriture a été suggérée par le docteur Alexandre Lacassagne, médecin-légiste de Lyon chargé de la contre-expertise médicale après un premier rapport défavorable des médecins d’Aurillac.

Lieu-dit l’éternité. Poèmes choisis, Emily Dickinson (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 23 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Poésie, Points, En Vitrine, Cette semaine

Lieu-dit l’éternité. Poèmes choisis – Éditions bilingue, Emily Dickinson, présenté et traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Reumaux D’équainville, février 2022, 304 pages, 9,90 € Edition: Points

 

Autant y aller dans la joie et la bonne humeur : la traduction de Reumaux, assortie en fin de volume de « notules » (vous reprendrez bien un peu de thé, ma chère, et prout ?), est agaçante au possible. À une langue souple et directe, il oppose les rigueurs d’un français existant dans son seul esprit : il fait partie de ces traducteurs immodestes qui se veulent plus poètes que l’auteur qu’ils traduisent. Donc, Reumaux massacre – et ce n’est pas grave, de toute évidence, puisqu’on l’a laissé en remettre une couche avec Dylan Thomas (le mec qui est parvenu à traduire Do not go gentle into that good night par Ne saute pas à pieds joints dans cette bonne nuit mériterait qu’on l’interdise de traduction – mais bon, sachant que c’est Josée Kamoun, la responsable de l’illisible « nouvelle traduction » de 1984 qui a pondu un Dictionnaire amoureux de la traduction, le règne des faussaires est loin de son terme), et que tout le monde y a trouvé son compte – il faut croire que personne ne lit ce qu’il fait avant de publier, il doit avoir des potes…