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Les Livres

L’épitaphe, Felix Macherez (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 04 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, L'Arpenteur (Gallimard)

L’épitaphe/ Felix Macherez/ Editions Gallimard collection L’Arpenteur/ Mars 2026/ 152 pages/ 14€ Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

Le charme grave des excipits

En déambulant dans un cimetière, qui ne s’est pas attardé, un jour ou l’autre, sur telle ou telle tombe et les épitaphes qui y sont gravées ? On peut être intéressé, surpris, interrogé par certaines d’entre elles ? Quelques-unes ont choisi la sobriété. Simplement un nom et des dates, d’autres optent pour une citation religieuse, littéraire, philosophique ou purement personnelle. Le roman de Felix Macherez « L’épitaphe », publié dans la collection L’Arpenteur chez Gallimard, se focalise étrangement sur ce dernier texte qui vient clore le parcours d’une vie et qui accompagne de nombreux gisants.

On suit un personnage, Cid Sabacqs, aussi curieux que peut l’être son nom, dans une quête tout aussi étrange. Ce Cid Sabacqs n’est pas particulièrement sympathique, mais le protagoniste central d’un roman doit-il nécessairement l’être ? On le présente comme vaniteux, il cultive avec réussite « l’hostilité générale » à son égard, crache sur le « sale petit bonheur des hommes ». Il a trente-trois ans, l’âge de la maturité et semble las de tout, fatigué de la vie et des autres. Celui qui semble être un disciple de Cioran promène une « maigre et hautaine figure » parmi ses semblables ; il vit de désenchantement, d’ennui et de langueur.

Le rire de la méduse Manifeste de 1975, Hélène Cixous (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 04 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Gallimard

Le rire de la méduse Manifeste de 1975, Hélène Cixous éd nrf Gallimard, 53pp, 11€90 Edition: Gallimard


Quel homme (mâle !) se prétend-on pour oser écrire sur Hélène Cixous ?

Et pire, risque insensé, pour tenter de s’appareiller à Le rire de la Méduse, Manifeste de 1975, publié en 2024 à la NRF ?

Ce pourrait être un tract dont Gallimard a pris l’habitude, son format court et vif correspondrait, mais Le rire de la méduse mérite mieux, la collection ivoire, dite blanche est à bonne hauteur – pour ne pas dire auteure.

Tout le système phallogocentré en prend pour son grade, et à juste titre ! Y compris l’éditorial !

Écris, que nul ne te retienne, que rien ne t’arrête ; ni imbécile machine capitaliste où les maisons d’éditions sont les rusés et obséquieux relais des impératifs d’une économie qui fonctionne contre nous et sur notre dos ; ni toi-même.

L’ivresse de la violence, Gabor Zoltan (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 04 Mai 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Belfond

L’ivresse de la violence, Gabor Zoltan, Editions Belfond, parution 8 janvier 2026, 363 pages, 23 euros, traduit du hongrois par Thomas Sulmon Edition: Belfond


C’est là un premier roman qui nous plonge dans Budapest des années 40, plus précisément en 1944. Budapest est alors occupée par les nazis, et le chaos qui règne dans la capitale hongroise est exploité par les Croix-Fléchées et leurs miliciens qui vont faire régner la terreur dans la capitale.

Gabor Zoltan écrit ici son premier roman qui, et le titre est explicite, narre les exactions de ces miliciens qui semblent s’étourdir de violence gratuite et féroce ; une spirale qui voue celui qui s’y adonne à commettre le pire sans en prendre conscience. Et c’est la force des pages du roman que de nous donner à lire le pire commis par les Croix-Fléchées, une violence sans limite à l’égard des Juifs qui sont traqués dans la capitale, violences quotidiennes, évidemment gratuites, humiliantes, sans retenue aucune.

Les miliciens des Croix-Fléchées ont les coudées franches, les nazis leur ayant laissé le champ libre dans la capitale. Ces hommes, assoiffés de violence, de pouvoir, jurent de rendre la Hongrie aux Hongrois, et ils mettent leur cruauté au service de cette volonté qui n’est pas sans nous rappeler notre actualité.

André Malraux et la tentation de l’Inde, études, textes et documents réunis par Jean-Claude Perrier (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 30 Avril 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Gallimard, La rentrée littéraire, En Vitrine, Cette semaine

André Malraux et la tentation de l’Inde, études, textes et documents réunis par Jean-Claude Perrier, éditions Gallimard et Ambassade de France en Inde, 2004, 263 pages, 25 euros Edition: Gallimard


J’ai sous les yeux une photographie en couleur, où l’or domine, de la colossale Maheshamurti de la grotte d’Elephanta au large de Bombay (aujourd’hui : Mumbai). On distingue André Malraux au premier plan, de profil, en costume et cravate mais ayant tombé la veste, les mains dans les poches, le visage et le corps marqués par l’âge (il a cinquante-sept ans…).

La Maheshamurti représente Shiva sous ses trois aspects : le créateur des quatre ères cosmiques ; celui qui les préserve ; puis qui les détruit pour qu’un cycle recommence. Cette illustration (le photographe, Jacques de Potier, travaillait pour Paris Match) occupe la couverture du beau livre publié conjointement par les éditions Gallimard et l’Ambassade de France en Inde en octobre 2004 sous la direction de Jean-Claude Perrier, André Malraux et la tentation de l’Inde. Elle m’a incité à relire les Antimémoires pour y redécouvrir, par-delà la mythomanie malrucienne, les causes d’une fascination prolongée sur plus de quarante ans.

Liberté sous condition, Jim Thompson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 30 Avril 2026. , dans Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, USA, Rivages/noir

Liberté sous condition, Jim Thompson, trad. Danièle et Pierre Bondil, préf. François Guérif, couv. Myles Himan, 224 p., mars 2026, éd. Rivages/noir, 8,50€ . Ecrivain(s): Jim Thompson


Le livre intitulé Liberté sous condition de Jim Thompson (1909-1977, auteur d’une trentaine d’ouvrages, l’une des voix majeures du roman noir américain), commence comme un film hollywoodien, au scénario efficace, précis. Le style est net, incisif. Le propre du roman policier est celui de sa capacité à intégrer les éléments du réel d’un moment historique. En effet, le texte de Liberté sous condition est écrit dans l’après-guerre, en 1953, et l’on perçoit les indices disséminés ici et là de cette époque, dont la mode vestimentaire par exemple. L’on fume dans les bureaux et les lieux publics, la cigarette fait signe, tout comme le vêtement - costumes, chapeaux, « vendeurs en redingote », parures de femmes : « Elle mesurait à peu près un mètre cinquante, chignon de cheveux roux décolorés compris, et était vêtue d’un chemisier blanc à col montant, de bottines à lacets et d’une jupe qui ressemblait à un dessous de selle ». La façon dont l’auteur parle des femmes est aussi un indicateur de temps.