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Les Livres

Les Cerfs-volants, Romain Gary (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 27 Avril 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Les Cerfs-volants, Romain Gary, Folio, octobre 1983, 384 pages, 10 € . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: Folio (Gallimard)


C’est rare, mais ça arrive : ouvrir une critique par une dédicace. Alors j’y vais, puisque de toute façon, au risque de faire grincer les dents à mon aimable rédacteur en chef, je vais amplement déborder du cadre de la recension pour parler de moi, de mon rapport à ce livre, puis de la vie, enfin, tout ce qui s’imbrique et explose à la fois quand on a un livre fétiche. Dédicace, donc : à tous les élèves qui, depuis cinq ans, lisent Les Cerfs-volants en ma compagnie, au terme de deux années où nous avons cheminé ensemble dans la littérature, à ma façon, avec rime et raison, et en toute folie en même temps. À vous tous, garçons et filles, qui m’avez rendu des comptes-rendus de lecture où vous avez accepté cet exercice étrange : vous frotter à un roman, comme des allumettes, au risque de vous enflammer, et raconter ces étincelles devenues flammes plutôt que bêtement résumer le roman. Et à ceux et celles qui, ça me revient aux oreilles, parfois deux ou trois ans plus tard, parlent encore du roman que Smal leur a fait lire et qui les a bouleversés. Et à ceux et celles qui, puisque je m’y tiendrai jusqu’à la fin de ma carrière, liront à leur tour Les Cerfs-volants Je pourrais ajouter, et vous comprendriez, « À la mémoire ».

Cézembre, Hélène Gestern (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 27 Avril 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres

Cézembre, Hélène Gestern


Yann de Kérambrun, professeur d'histoire à l'université de Paris vient de perdre son père, quelques années après sa mère. Son père, puissant chef de l'entreprise familiale de navettes bretonnes basée à Saint-Malo, a toujours représenté pour Yann un être austère et tyrannique, un homme intraitable qui n'a pas su donner d’affection à ses enfants.

C'est donc le moment pour ce quinquagénaire désabusé qui vient de divorcer et dont le fils Paul s'est éloigné de lui pour aller en Allemagne, de retourner aux sources bretonnes afin de prendre du recul et d'interroger le passé familial. Yann décide alors de prendre une année sabbatique dans le manoir familial Les Couërons qui donne vue imprenable sur la mer de St Malo et de ses îles avoisinantes comme l’île de Cézembre :

« Je continue à observer l’île à la jumelle. Après l’agitation, la douceur de ses courbes, sa solitude désertée irradient une paie magnifique. Une apparence trompeuse, pourtant. Ce caillou, dont le relief était resté à jamais défiguré par les cratères qu’y avaient creusés les explosions à la libération, était une poudrière dormante avec son sol truffé d’obus... »

La chute de Luis Ocaña dans le col de Menté – Christian Laborde (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 09 Avril 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Gallimard

La chute de Luis Ocaña dans le col de Menté – Christian Laborde – poésie – Préface d’Éric Fottorino – Gallimard – 56 p. – 10 euros – 12/03/26 . Ecrivain(s): Christian Laborde Edition: Gallimard

« Col de Menté, col de Dante, cercles de l’Enfer. La roue tourne. Christian Laborde a arrêté son stylo-sismographe au point de douleur. Là où se fige la grandeur. »

Éric Fottorino

« jeudi 8 juillet 1971 / le soleil est partout et l’ombre nulle part / Luis / tu réclamais la montagne la voici sous les roues / Luis / les cimes te voulaient elles t’ont / sur leur dos tu te meus et vous ne faites qu’un / ciel virages vélo tout est la même chose / tout se confond tout est apothéose »

Christian Laborde

« col de Menté / col de Menté menteur / maudit col de Menté / la montagne grelotte / maintenant c’est le grain / maintenant c’est la flotte / la drache la radée la rabasse la renâpée / celle que les bergers recourant au gascon / notamment chagat / et le T se prononce et lui-même fait peur »

Christian Laborde

Les trois vies d'Hector Bianciotti, René de Ceccatty (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 09 Avril 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Séguier

Les trois vies d'Hector Bianciotti, René de Ceccatty Séguier, 2026, 592 p., 25,90 euros. . Ecrivain(s): René de Ceccatty Edition: Séguier


Dans le droit fil de ses autres biographies copieuses (Morante, Pasolini, Leduc, Moravia, Maria Callas, Serge Tamagnot), l'essayiste creuse tous les sillons d'une vie, triple, objective, subjective, intérieure, ici sous le registre linguistique (origine italienne, langue espagnole, langue française), sans omettre toutes les facettes du personnage traité. Hector Bianciotti que notre auteur a connu comme ami, collègue chez Gallimard, fut romancier, éditeur, critique, personnalité influente dans le monde des lettres, académicien français, découvreur exceptionnel de jeunes talents (Niel, Guibert, Moses).
Mais évoquer cette complexe figure des lettres suppose une connaissance intime et plurielle, ce que René de Ceccatty maîtrise et partage avec les lecteurs.
Ce qu'il nous dit nous plonge d'abord dans l'histoire "extraordinaire" d'un fils de paysan, de langue espagnole, devenu, quittant son Argentine, après un temps d'errances (Madrid, Rome), un écrivain français reconnu (Prix Femina, entre autres) et qui siégera à l'Académie, aux côtés de son ami Angelo Rinaldi.

Fou de Paris, Eugène Savitzkaya (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Les éditions de Minuit

Fou de Paris, Eugène Savitzkaya Éditions de Minuit – Octobre 2023 144 pages – 17 € Edition: Les éditions de Minuit

Mais de quel fou nous parle-t-on exactement ? Telle se pose la question et demeure-t-elle à la lecture de cet ouvrage qui, sous couvert du sous-titre « roman », ne se présente pourtant pas de façon romanesque. Eugène Savitzkaya nous a déjà fait ce coup. Le poète s’y révèle bien davantage. Et quant à la question du fou, si son identité doit être recherchée, il se pourrait bien qu’elle se situe entre un fou universel, « un fou comme un autre », déambulant au sein de Paris assoupi dans sa période de confinement et de post-confinement : « Il ne faut pas oublier que la folie est contagieuse autant que la lèpre couronnée, le Covid-19, le choléra (…) et les révolutions de palais. » (p. 30/31)… entre un fou universel, donc, et Hégésippe Moreau, poète du XIXème siècle quelque peu oublié et peut-être rendu fou par son histoire personnelle.

Ne cherchons là ni intrigue ni progression narrative – cependant, nous conviendrons que toute personne folle ici connaîtra bien une progression, à tout le moins imaginative. Notre véritable guide est la poésie. Évidemment, le sens du titre nous convie autant à rencontrer un amoureux de Paris qu’à celui qui cherche à s’échapper de cette « cité d’impertinents » (p. 72), au point de flirter avec la démence. Parmi ces circonvolutions asphyxiantes autant que soutenues par un désir irrépressible d’ailleurs, quelques accents dénonciatifs parviennent à être placés : le sort des animaux est convoqué, par exemple…