Une parabole sur l’écriture
Sylvie Germain a le regard tourné vers le Ciel. Le titre insolite de son dernier roman, Murmuration, désigne le spectacle étonnant et splendide des nuées d’étourneaux esquissant en vol un ballet aérien merveilleusement synchronisé. A l’instar de ce gracieux spectacle, l’écrivaine déploie une écriture toute en finesse, à la fois visuelle et sensorielle sous le signe du mystère et de la rêverie. En exergue aux trois parties, la poésie instinctive et mystique d’Emily Dickinson donne un élan métaphysique au roman.
La métaphore de la murmuration infuse tout le récit : constante reconfiguration des formes, la murmuration est à l’image de nos vies erratiques qui se font et se défont, instables et précaires comme toute entreprise humaine. La murmuration, c’est aussi ce grand rassemblement d’oiseaux, une défense collective contre les prédateurs qui nous rappelle la présence du mal auquel l’homme doit résister, thème cher à l’auteure. Figure à la forme parfaite, la murmuration fait écho à la quête de l’artiste qui doit ordonner tout un flux de sons, de voix, d’éclats de sensations, de jeux d’échos, d’images, d’idées, de symboles. Sylvie Germain structure son roman d’une profonde unité poétique, symbolique et thématique.