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Les Livres

L’homme qui écrivait les arbres, Jean Giono (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Mardi, 16 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

L’homme qui écrivait les arbres, Jean Giono, Editions Gallimard. Folio. Sagesses vertes, Avril 2026, 96 pages, 4€ Edition: Folio (Gallimard)

 

Au royaume des arbres

Il y a de multiples manières d'aborder l'œuvre de Giono. La nature en est une, avec les paysages de Haute-Provence, les collines, les grands espaces solitaires, la Durance et ses affluents, et enfin la présence des arbres. Pour ces derniers, il nous vient à l'esprit immanquablement sa belle nouvelle "l'homme qui plantait des arbres". On pense également à l'un de ses romans majeurs "Un roi sans divertissement" où tout commence autour de la figure majestueuse d'un hêtre. Ou encore, dans ses romans "Que ma joie demeure" ou "Le Chant du monde" dans lesquels les paysages forestiers donnent une impression de force immense où l’homme peut retrouver comme une forme de vitalité.

Et un petit bonheur de l’édition vient de nous être livré. Folio, dans sa collection « Sagesses vertes », rassemble quelques textes de Giono dans un ouvrage intitulé « L’homme qui écrivait les arbres ». L’ouvrage est composé de cinq textes, récits qui tiennent de l’essai ou de l’article de presse, écrits entre 1930 et 1960.

La Société ouverte et ses ennemis, Karl Popper (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Les Belles Lettres

La Société ouverte et ses ennemis, Karl Popper, avant-propos, traduction et annotation par Didier Delsart, préface d’Alain Boyer, Paris, Les Belles-Lettres, 2025, 830 pages, 55 €. . Ecrivain(s): Karl Popper Edition: Les Belles Lettres


Il fallut trente-quatre ans au livre qui s’intitulait initialement Les Faux Prophètes : Platon, Hegel, Marx et qui parut sous le titre de La Société ouverte et ses ennemis pour être traduit en français. On a connu pire délai, mais également mieux (il s’était écoulé à peine huit ans entre la publication du magnum opus d’Ernst Robert Curtius et sa traduction aux Presses Universitaires de France, alors qu’il s’agissait d’un volume beaucoup plus compliqué quant à sa forme, ne serait-ce que parce qu’il contenait des citations en près de dix langues). La version française fut entreprise à l’initiative de Jacques Monod, qui la confia à son propre frère, Philippe (1900-1992), avec l’aide de Jacqueline Bernard. Popper dédia l’édition française à son ami, Prix Nobel de biologie, disparu en 1976. L’entreprise, parue aux Éditions du Seuil, possédait donc une charge affective considérable et Popper avait d’ailleurs rédigé une préface spéciale pour présenter son œuvre aux lecteurs francophones.

Patience de l’infime, Pascal Feyaerts (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Mardi, 16 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Le Coudrier

Patience de l’infime, Pascal Feyaerts Éditions Le Coudrier – Septembre 2023 Préface : Anne-Marielle Wilwerth Illustrations : Pascal Feyaerts 76 pages – 18 € Edition: Le Coudrier

Qu’est-ce que cette « patience de l’infime » que porte cet ouvrage et qui en sont aussi les derniers mots ? L’infime, c’est ce qui ne se voit pas, ne se perçoit pas de prime abord, c’est ce qui attend d’être remarqué ou qui voudrait tant être remarqué. Remarqué, pour ensuite être partagé. N’est-ce pas ce qu’attend le poète ici ? Ne formule-t-il pas le vœu qu’on découvre (enfin ?) sa sensibilité ? Après tout, la préfacière de ce recueil, Anne-Marielle Wilwerth, rapporte l’un de ses propos : « C’est mon chemin d’inviter la lumière ». Tout y est peut-être résumé : le poète reste un habitant de l’ombre, dont la quête est de séduire la lumière ou, en tout cas, de la dénicher. « la nuit / c’est juste un déguisement / qui sert / à allumer les maisons » (p. 18)

Le recueil est composé de plusieurs fragments poétiques, qu’on pourrait assimiler parfois à des aphorismes, parfois à de courts instants de contemplation. Le voyage intérieur, une certaine connivence avec des réflexions philosophiques, s’y rencontrent constamment. Le recueil s’accompagne des dessins au fusain du poète, très réussis : certains sont une image fidèle de la nature observée, libérée du genre humain – la forme contemplative –, d’autres s’inscrivent dans une veine surréaliste et symbolique – l’intériorité.

Vita Nostra, Marina & Sergueï Diatchenko (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 15 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman

Vita Nostra, Marina & Sergueï Diatchenko, traduit du russe par Denis E. Savine, L’Atalante, octobre 2019, 528 pages, 26,50 €


C’est par un désir politique et une insatiable curiosité pour l’Autre via la culture qu’on décide de s’intéresser à la littérature ukrainienne, autant l’admettre plus que volontiers, et c’est par goût pour la science-fiction qu’on se retrouve avec Vita Nostra en mains. Et puis tout explose, et puis on perd tous les repères, et puis on se demande, une fois le livre refermé, si l’on vient de lire un roman ou si l’on vient de vivre une expérience existentielle absolue, une incitation à purifier son esprit tout en l’autorisant à toute volte, tout en l’incitant à toute aventure, tout en lui recommandant d’oublier tout ce qu’il sait, de tout désapprendre pour enfin prendre son envol en tant que lui-même.

Pourtant, des livres qui secouent les neurones, on en a connu, et pas uniquement du côté de la science-fiction – souvenir d’avoir, durant la lecture de La Maison des feuilles de Danielewski, fait des rêves étranges et troublants au possible, où l’esprit se perdait dans des espaces eschériens. Mais Vita Nostra semble juste en total décalage.

L’immontrable, Pauline Delabroy-Allard (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 15 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

L’immontrable, Pauline Delabroy-Allard, Julliard, 269 pp, 21,50€


Sans image, cent

Nous avions déjà été secoué par le Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard paru chez Minuit en 2018.

En janvier de cette année, chez Julliard, nul n’est parfait, apparaît le plus que parfait L’immontrable.

Comment critiquer un livre qui est un monument, s’attaquer à un sanctuaire, une épopée humaine, comment ne pas s’arrêter à un arrêt sur imageS ? Comment dire de ce qui a eu lieu, dont l’auteure dit de sa peau, de ses doigts, de ses yeux et surtout de ce peau-à-peau, de ce mot à mot, de ce mano a mano psychique qui ouvrent et ferment en même temps ?

Le dire. Surtout le lire.

Ce livre est un haut-parleur pour les muettes et les muets. Ces enfants jamais nés vivants, tout le temps morts sauf dans la tête éternelle de leurs parents ou dans le ventre lorsqu’ils bougent, donnent des coups de pied, s’agitent. Enfant de la grotte. De l’utérin.