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Les Livres

Bien-être, Nathan Hill (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard), Cette semaine

Bien-être, Nathan Hill, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Bru, Folio, avril 2026, 800 pages, 12 € Edition: Folio (Gallimard)


Le roman Bien-être de Nathan Hill s’amuse des représentations, s’amusent des histoires que nous nous racontons pour exister – et parfois disparaître. Et l’auteur semble résumer son intention et sa façon de faire par ce paragraphe introduisant sa riche bibliographie, choix éditorial honnête si l’on y pense à deux fois : " j’aimerais lancer un merci général à tous les psychologues, sociologues, neurologues, biologistes de l’évolution, économistes, sexologues, thérapeutes, philosophes, médecins, experts en mégadonnées et tous les autres encore qui travaillent si dur à comprendre de quoi sont faites nos têtes étranges, indisciplinées, miraculeuses et bordéliques. "

Il aurait pu, voire dû ajouter à sa liste des spécialistes de nos esprits en désordre les plus grands auteurs, tous siècles confondus. En fait-il partie ? Ça reste à voir, puisqu’il n’en est qu’à son second roman et que celui-ci n’a pas l’aspect à la fois novateur et perturbateur de premiers ou seconds romans tels que La Conjuration des imbéciles ou Le Seigneur des porcheries – de toute façon, il ne boxe pas dans la même catégorie : Hill est du côté d’une littérature qu’on pourrait qualifier de « sociologique », il se pose en observateur relativement neutre d’un microcosme à la croisée de deux univers, celui de l’art et celui de la psychologie, et bien plus encore, le tout avec un style plaisant, techniquement imparable et donnant envie de tourner la page. Mais si l’on revient à cette bibliographie et ces remerciements, on comprend de suite la caractéristique principale de Bien-être : c’est un roman hyper-documenté, où la fiction, l’histoire racontée, prend appui sur le réel, sur des faits avérés, d’où un style parfois clinique, un peu à la Tom Wolfe. C’est un constat, pas un reproche – même si d’aucuns ne manqueraient pas de lui en faire procès.

L’absente, Nicolas Zeimet (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Folio (Gallimard), Cette semaine

L’absente, Nicolas Zeimet, Folio policier – 448 p. – 9€50

 

Les ressorts de l’âme humaine jouent parfois de manière complexe. Qu’un jeune couple déjà installé confortablement dans la vie puisse désirer un enfant ne semble pas être le bout du monde ! Pas de quoi en faire la une d’un journal, (les lecteurs verront que si), et bien sûr aussi un roman policier !

Corinne et Loïc ont trente-huit ans tous les deux. Elle est illustratrice de livres pour enfants, lui cadre dans l’industrie pharmaceutique. Ils sont propriétaires d’une belle maison construite dans un quartier résidentiel. Mais ce couple n’est pas comblé. Que ce soit par le fruit du hasard ou en suivant le protocole établi par une équipe médicale spécialisé dans la fertilité, la mise au monde d’un bébé semble impossible. De façon naturelle, ou en suivant une méthode Ogino améliorée aucune fécondation ne semble possible. Ils tentent alors des FIV (fécondation in vitro) qui elles aussi échouent. Le besoin d’enfant est toujours plus pressant.

La Maison aux livres, Enis Batur (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

La Maison aux livres, Enis Batur, éd Zulma, 181pp, 9€95

 

Les éditions Zulma, belles dans la main même en poche, ont livré en 2025 La Maison aux livres d’Enis Batur.

L’auteur est turc, éditeur et écrivain.

Universaliste, humaniste, il réactive dans ce livre l’origine du livre. On a Manguel en tête, Umberto Eco, Elias Canetti ou bien évidemment Borges.

C’est écrasant. C’est lumineux. C’est le monde exact où l’on voudrait vivre, poings et pieds liés, dans cette Maison aux livres où le seul nourrir et le seul mourir seraient de tourner les pages, tout lire, tout le temps, tout.

L’impossible.

Il y a dans ce labyrinthe initiatique l’origine du fleuve et son immense delta. Chaque livre est une source et une arborescence. On repart d’Homère, on repart d’où chacun veut repartir, on arrive à l’arrivée, enchanté d’avoir lu, en attente douce du livre qui n’est pas encore écrit.

L’Écrivain français. Tombeau, Richard Millet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 05 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Récits, En Vitrine, Cette semaine

L’Écrivain français. Tombeau, Richard Millet, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, mai 2026, 96 pages, 12 € . Ecrivain(s): Richard Millet

 

Plus que tout autre, la France est une nation littéraire : dans la longue durée, au moins, de la monarchie, elle associa l’émergence et la consolidation de son État-nation à un intérêt soutenu pour les lettres. L’Italie et l’Allemagne sont des nations récentes ; ni la Grande-Bretagne, ni l’Espagne, même si elles eurent naturellement de très grands écrivains, ne donnèrent l’exemple d’États où le domaine politique et le champ littéraire se soutinrent de manière réciproque, comme les arc-boutants des cathédrales. La monarchie espagnole, se prétendît-elle universelle, ne s’appuya jamais sur Cervantès, Calderón ou Lope de Vega, entre autres raisons parce que jamais Madrid n’ambitionna de récréer dans la péninsule un âge d’or augustéen. Le regretté Marc Fumaroli a consacré des pages admirables à cette singularité. L’alliance des lettres, de l’Église et de la monarchie culmina au XVIIe siècle, mêlant génie littéraire (qui est en principe de toutes les époques), primauté de la langue française et absolutisme politique ; ce dernier, on doit le reconnaître et quelle que soit sa mauvaise réputation, semblerait très inoffensif à côté des poisons que le XXe siècle secréta. Non sans mal, cette situation singulière survécut au séisme de la Révolution, qui abattit tant d’édifices vénérables, et la France demeura cette « vieille nation littéraire ». Mais le climat avait changé. La virulence avec laquelle Victor Hugo s’en prit à Napoléon III eût été inimaginable pour Fénelon et même pour Voltaire, pourtant lui aussi exilé et condamné à vivre en Prusse ou en Lorraine, alors un duché indépendant. Entre Louis XIV ou Louis XV et Napoléon III, il y avait tout l’abîme qui séparait un monarque de droit divin d’un empereur ratifiant par un coup d’État une élection démocratique. La dyade De Gaulle/Malraux fut le dernier exemple d’une assocation entre un grand politique et un grand auteur, le Général lui-même, « qui s’exprimait et écrivait en un style s’inscrivant dans la tradition de la grande phrase française » (p. 29) ayant été un écrivain de race. « La France de De Gaulle était encore celle de Péguy, Bernanos, Claudel, Malraux, soit la continuation républicaine de la France royale dont la langue était le vecteur et l’étendard » (p. 16).

Griffes 35 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 05 Octobre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

 

La solitude des professeurs est infinie, Yannick Haenel. 2026. Gallimard.320 p. 21,50 €

Bravo à Haenel. Qui a su comment entasser autant d’ouvrages différents dans un si petit volume. Un vrai livre de rentrée littéraire. Qui vise sûrement un prix. Le Goncourt est même cité. Un livre qui réussit à associer l’autofiction si chère à un petit monde parisien et la poésie, le roman (car Haenel est quand même loin de ce personnage, ou du moins on l'espère) et le constat social, le témoignage et l’appel politique, l’ode à la littérature et l’hommage aux pauvres profs. J'arrête de plaisanter : la chose est horrible. À la fois boursouflée et maigrichonne, larmoyante et écœurante. Notre auteur en fait trop. Trop de tout. Dans la forme, dans le fond. Le titre aurait dû nous alerter, grandiloquent et surtout vide. Il suffit de voir la couverture : l'infini est juste au bout de la jetée., sous les baskets d’un prof anonyme à tête d’IA. Une composition déséquilibrée : deux tiers sur ses premières années d’enseignement, puis une coda (amour, chute, rédemption) façon Led Zeppelin : en trop. Le style de Yannick reflète ses aller-retours émotifs légèrement psychotiques. Du descriptif bienveillant, phrases nettes, objectives, au cordeau, pour les scènes au collège. Qui s'accélère lors des moments clés (que des petites phrases très meta nous avaient fait espérer). Et se brouille si l’alcool est présent. Un truc pratique pour la narration l'alcool. On peut insérer plein d’images confuses, prophétiser sans peine. Les passages “poétiques “ (Nerval, Rimbaud et autres sont abondamment interpellés) sont presque des pastiches. Mais rassurez-vous, c’est involontaire. « Je revois la lumière d’été où flottait de la poussière : une douceur orange vibre dans l’air pour toujours. Il arrive qu’on rencontre une clairière : le désir y miroite avec clarté, le plaisir y scintille en fines particules. J’ai eu la certitude qu’il ferait bon vivre ici : j’aspirais à la douceur du temps, celle des après-midis suspendus, celle des soirs nuancés. ». L’intrigue principale, comme dans un petit polar eighties (zut, nous commençons au début des nineties), a besoin d'être renforcée par des affluents secondaires. Nous avons donc le prof et ses déboires de prof, mais aussi son alter ego l'écrivain, et puis ses amours. Les trois étant bien sûr, dans une grande tradition classico-nombrilistique, notre AUTEUR. Le côté amour m’a beaucoup fait penser à Mélissa Da Costa : c’est facile, gentil et il y a des coups de théâtre. C’est l’amooouuur. L’aspect littérature et c’est normal dira le jury, est bien sûr indomptable, imprévisible. (Ne me parlez plus jamais du Zohar, je sors d’indigestion). Notre homme est promis à l’écriture. Tout l’y destine, la lumière sur les feuilles, les gouttes d’eau, c’est écrit. Par lui, dans son livre. Et puis ce symbole du vase brisé ! Mieux que le fil rouge d’un Prime Time TF1. Le produit fini est donc insupportable, Ni hommage aux profs (ouf !), ni lettre d'amour aux femmes de sa vie, ni remerciements à la littérature. Juste une nunucherie hors normes (la scène d’emportement social-démocrate lors d’une soirée est...gênante.)

Il aura peut-être un prix. Qui sait ?