Identification

Les Livres

Comme on fixe le soleil, Alexandra Fuller (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Mardi, 02 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Plon

Comme on fixe le soleil, Alexandra Fuller, Plon-Feux croisés, 2026, traduction Marie Hermet, 279 pages. Edition: Plon

 

Se résoudre soi-même ou résoudre le monde ?

Depuis que Doubrovsky a damé le pion à Flaubert, on a bien compris que la position du curseur qui sert à définir ce qui est, ou n’est pas fiction, avait du plomb dans l’aile. Aujourd’hui, nul n’est plus tenu de se justifier puisque tout fait histoire, récit ou roman, l’écrivain de fiction est devenu une sorte de pièce rare, et l’édition y trouve largement son compte, car ce qui n’était jadis que littérature de trou de serrure – l’exposé brut et sans fards de l’intime – a conquis de vastes parts de marché ; n’est-ce pas là (que l’on soit éditeur prétendu indépendant ou dit assujetti), ce qui pérennise le modèle économique ? Vendre, et pour cela, perpétuer le flux ?

Ainsi Alexandra Fuller, tout en changeant d’éditeur et de traductrice, construit-elle une œuvre dont le cœur balance entre fiction et récit. Celui de la vie romancée de Colton (Une vie de cow-boy), avait frôlé le roman. En attendant le printemps y fut sa première incursion réussie, en 2018.

Ghostfather, Éric Calatraba (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Mardi, 02 Juin 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Ghostfather, Éric Calatraba, Ed. Melmac Noir

 

Si Los muertos, le précédent roman policier d'Éric Calatraba, se déroulant dans le sud de la France et en Espagne, était solaire et méridional, son deuxième ouvrage Ghostfather, est plongé dans une tout autre atmosphère, au cœur- même de la grisaille parisienne ou d’une ambiance pluvieuse et britannique.

Clément, un jeune guitariste français, un musicien prodige d'une vingtaine d’années va connaître un succès inespéré et va croiser sur sa route une chanteuse et parolière de talent : la jolie Isabel Ortega. À eux deux, ils forment un couple romantique et attachant.

Et aux côtés de ce jeune couple flamboyant, surgit un insolite protagoniste : la guitare de Clément, actrice omnisciente de ce roman musical, empreinte de grande sagesse et de tendresse à l'égard de Clément et de sa charmante Isabel :

Peau d’ourse, Grégory Le Floch (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 02 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Peau d’ourse, Grégory Le Floch, Aux éditions du Seuil, 230pp, 20€

 

Point sublime

Qu’est-ce qu’une montagne ?

Visible depuis à peu près partout au village : elle est grosse et lourde. Pas du genre pic ou dent qui monte dans le ciel comme les autres. Nan. Du genre gros tas.

-       Un mont en forme de bouse.

Nom : Mont-perdu. Parfait pour rebaptiser l’héroïne de Peau d’ourse, le sixième roman de Grégory Le Floch.

Avec un transgenrisme littéraire très sûr, l’auteur passe de l’ethnologie à l’imaginaire, du gore au fantastique, de l’animal à l’humain et retour, non sans passer par la case souffrance. Dans ce roman, ça douille !

Dans ce minuscule village, ça dérouille.

La Loterie et autres contes noirs, Shirley Jackson (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 01 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Contes, Rivages/noir, Cette semaine

La Loterie et autres contes noirs, Shirley Jackson, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabienne Duvigneau, Rivages/Noir, mars 2019, 256 pages, 18 €

 

Parfois il est bon, peut-être en hommage à feu Maurice Dantec, cet homme qui sut déchirer le réel d’une plume majestueusement folle, de plonger loin, au plus profond, aux racines du mal. Étouffer quasi peut-être, craindre les paliers de décompression, mais y survivre afin de lire un texte fondateur. Ce choix correspond à celui de lire La Loterie de Shirley Jackson, cette nouvelle qui, publiée par le New Yorker le 26 juin 1948, valut à ce vénérable magazine non seulement un courrier des lecteurs assassin mais en sus une vague de désabonnements. C’est dire le choc que représenta cette brève nouvelle (environ trois mille trois cents mots, longueur Hemingway aurait-on envie de dire) qui débute pourtant sur des mots d’une banalité transcendante : « Le matin du 27 juin était clair et radieux, annonçant la chaleur d’une journée de plein été ; les fleurs s’épanouissaient à profusion et l’herbe était d’un vert luxuriant. »

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 01 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine, Cette semaine

La mélancolie de la résistance, Laszlo Krasznahorkai, traduit du hongrois par Joëlle Dufeuilly, Gallimard 2006, folio n° 6152, 443 pages. . Ecrivain(s): László Krasznahorkai


Une boucle, une ronde, un rythme oppressant avec une reprise à chaque nouveau chapitre de la phrase terminale du précédent, comme le jeu des Surréalistes et des enfants, un « marabout, bout de ficelle » qui fait ressortir l’enchaînement lancinant ou accéléré des personnages à l’histoire.

Que se passe-t-il dans cette ville fantôme laissée à l’abandon, oubliée, où tout devient poussière, se dégrade, où les monuments tombent d’eux-mêmes, où l’on marche sur des détritus accumulés et les gravats des habitations ?

Un étrange convoi survient et stationne sur la place principale, on y montre en attraction une baleine morte monstrueuse.

La place de cette ville dont on suit quelques-uns des habitants se peuple soudain d’une foule de personnages venus d’ailleurs, attendant l’ouverture des guichets.