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Les Livres

Les Lieux Souterrains (Vivir abajo), Gustavo Faverón Patriau (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 04 Novembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Christian Bourgois, La rentrée littéraire, En Vitrine, Cette semaine

Les Lieux Souterrains (Vivir abajo), Gustavo Favrón Patriau, traduit de l’espagnol (Pérou) par Robert Amutio, éditions Christian Bourgois 2026, 693 p., 29 € Edition: Christian Bourgois

 

Le plus grand livre de la décennie littéraire

Tant que nous pourrons lire des monuments littéraires tels que ce miracle qui nous vient du Pérou, nous serons rassurés sur l’état de la littérature sérieusement chahuté aujourd’hui par les coquins et les errances éditoriales.

Le miracle ici tient à l’exploration de toutes les possibilités que permet la littérature : les effets miroir, les allusions déconcertantes, les surprises narratives, les variations stylistiques, les personnages improbables. La machine romanesque de cet ouvrage balaye tout sur son passage et nous emporte dans un univers à part entière, fondé sur des ambigüités structurelles.

La première page déjà nous fait basculer dans un trouble profond qui, jamais tout au long du roman, ne nous quittera. Qui est George ? La colonne de gauche de la page 1 ou la colonne de droite ? Un mouvement d’osmose entre les deux ? Ou peut-être cet homme qui sait ce que sera sa monstruosité et hésite encore à l’accomplir.

La disparente (En fun & Raille), Elisabeth Morcellet (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mercredi, 04 Novembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

La disparente (En fun & Raille), Elisabeth Morcellet Éditions du Cygne, coll. Voix au poème - 15€

 

En exergue de La disparente, Élisabeth Morcellet place ces mots de Sartre, extraits de L’existentialisme est un humanisme : « L’homme n’est rien d’autre que son projet, / il n’existe que dans la mesure où il se réalise, / il n’est donc rien d’autre que l’ensemble de / ses actes, rien d’autre que sa vie. » Une citation qui pourrait sembler, de prime abord, étrangère au livre : que vient faire ici l’existentialisme sartrien, avec son insistance sur le projet, l’acte et la responsabilité de l’existence ? Mais peut-être faut-il justement prendre cet exergue au sérieux. Car que reste-t-il d’une vie lorsque celle-ci s’est achevée ? Que reste-t-il d’une mère lorsque ses actes, ses gestes, sa voix, sa présence ne peuvent plus se poursuivre qu’à travers la mémoire de celle qui lui survit ?

C’est précisément dans cette zone que se tient La disparente : là où la poésie n’exprime pas seulement le deuil, mais fait subir à la langue l’épreuve de la disparition.

Cher Voltaire. Correspondance de Madame du Deffand avec Voltaire (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 03 Novembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Correspondance, Cette semaine, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Cher Voltaire. Correspondance de Madame du Deffand avec Voltaire, éd. d’Isabelle et de Jean-Louis Vissière, nouvelle édition, éditions Des Femmes, 384 p., 2026, 25 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque


L’épistolière philosophe

 

Marie de Vichy-Chamrod, marquise du Deffand (1697-1780), « vieille dame aveugle, désillusionnée, aigrie » [Isabelle & Jean-Louis Vissière], a tenu un salon des plus brillants à partir des années 1740, « un foyer d’attraction, un lieu où souffle l’esprit parisien » [Idem]. L’on y rencontre les grands seigneurs et les gens de lettres, mondains et intellectuels, diplomates et altesses de toute l’Europe. Bien avant l’ère des Romantiques, Mme du Deffand et Voltaire (1694-1778) souffrent de « spleen », de « vapeurs noires, de vapeurs anglaises » [Id.]. Un pessimisme, une horreur de la mort, des angoisses teintent cette correspondance effervescente. À ce propos, citons Voltaire : « le peu que j’ai encore à ramper sur le tas de boue où la nature nous a mis », et Mme du Deffand : « depuis six semaines ou deux mois je suis noire comme de l’encre ».

La célèbre salonnarde et écrivaine, affronte Voltaire aux « mesquineries de femmelette » [I., J.-L. Vissière], elle qui ne put recevoir l’éducation intellectuelle et philosophique réservée aux hommes : « Le conditionnement qu’elle a subi au couvent et dans les salons finit par oblitérer en elle toute velléité de révolte et lui interdit même les ambitions littéraires » [Id.]. Une correspondance assidue s’étend de 1758 à 1779 : « tout ce qui me vient de vous me tire de la léthargie qui devient presque mon état habituel (…) je vous trouve le seul homme vivant qui soit sur terre » - phrase qui ressemble presque à une déclaration amoureuse… Voltaire est quasi déifié : « vous êtes le seul saint devant qui je brûle ma chandelle ». Voltaire épistolier se fait précieux en nommant ses écrits « quelques rogatons ».

Les Fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 03 Novembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud, Océanie, Cette semaine

Les Fantômes de Shearwater, Charlotte McConaghy, traduit de l’anglais (Australie) par Marie Chaubin, Actes Sud, janvier 2026, 384 pages, 23,50 €

 

Pour les amateurs de rock américain, Shearwater est un groupe dont le dernier album en date, The New World, est la merveille qu’on attend de lui depuis 2001 ; pour les amateurs d’ornithologie, shearwater se traduit par puffin, et il n’est pourtant que peu question de cette espèce aviaire dans le troisième roman publié de Charlotte McConaghy, autrice australienne connue pour son intérêt à l’encontre des questions environnementales ; elle écrit dans le genre cli-fi (climatic fiction, sous-genre de la SF évoquant les questions liées au changement climatique), qu’il s’agisse d’évoquer la sixième extinction de masse et ses conséquences (Migrations, 2020) ou d’évoquer la problématique du réensauvagement, avec la réintroduction du loup en Écosse (Je pleure encore la beauté du monde, 2023).

Son troisième roman, Les Fantômes de Shearwater, appartient aussi au genre de la cli-fi, genre qui chez McConaghy prend la forme d’un cheminement intime : comment un ou des individus réagissent-ils face à un monde en mutation, voire un monde ayant déjà mué ? Ici, il s’agit d’une famille, composée de Dominic Salt et ses trois enfants, ayant en charge le gardiennage d’une île fictive, Shearwater, inspirée de la bien réelle Macquarie, une île subantarctique située à mi-chemin entre la Tasmanie et l’Antarctique, et sur laquelle l’autrice a transporté une réserve de semences librement inspirée de celle du Svalbard (elle aussi en danger, soit dit en passant). L’enjeu est de taille : les scientifiques ont tous quitté l’île, laissant à la famille Salt entre autres la responsabilité de préparer les semences à emporter avant que l’île soit sous eau.

N’efface pas mes cercles, Emma Marsantes (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 03 Novembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

N’efface pas mes cercles, Emma Marsantes, éd Verdier, 154 pp, 19 € 50

 

Cercle de fou

Tout est à garder chez Verdier ! Emma Marsantes y édite à cette rentrée N’efface pas mes cercles.

Comprendre dès la première exergue signée Plutarque que le destin tient du géométrique et du mortifère et à la seconde, éclairante, de Valère Maxime (1er siècle ap JC): Archimède aurait dit en mourant : « N’efface pas mes cercles ».

Géométrique, circulaire, c’est la forme du livre d’Emma Marsantes.

On se croit d’abord dans la Maison vide de Laurent Mauvignier mais on le sait qu’on a pris un an. La saga va plus vite, les phrases sont courtes et le rythme accéléré entre les quatre générations nous perd parfois. On ne se retrouve ni sain ni sauf.

L’histoire est plutôt nantaise. Pornic, pour être précis. Belle propriété, grilles et enlacement de glycines centenaires.