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Les Livres

Les tendresses de Zanzibar – Thomas Morales (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 26 Mars 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Les éditions du Rocher

Les tendresses de Zanzibar – Thomas Morales – Editions du Rocher. – 128 p. – 14,90 euros – 04/03/26 . Ecrivain(s): Thomas Morales Edition: Les éditions du Rocher

« La beauté est cette secousse furtive, qui ricoche à l’infini, et dont l’effet va grossissant. J’ai aimé son nez légèrement déplacé, ses épaule rondes, ses mollets musclés et son pubis d’or. Ce ne sont là que des détails, des morceaux de chair qui, sans l’ensemble, la mécanique céleste, ne veulent rien dire. Il faut voir toute cette matière se déplacer, se mouvoir sans peiner, c’était un corps d’arpèges. »

Les tendresses de Zanzibar est à l’image de la beauté de l’aimée qui l’irise : furtive et infinie, il est nourri d’une mécanique romanesque céleste, c’est ce qui fait sa grâce et sa force. Ce roman d’amour est une lettre à l’aimée disparue, écrite d’une plume souple et légère, inspirée, gracieuse, un roman d’une rare profondeur, qui touche tant le cœur que l’esprit, et qui ne laissera insensible que les cœurs de pierre et les âmes lourdes. Les tendresses de Zanzibar raconte les années de joies, de bonheurs, de découvertes du narrateur et de son aimée, les années où les peaux et les mots s’aimantent. Les romans d’amours sont éternels, lorsqu’ils possèdent cette force tellurique, mais aussi cette fragile légèreté ; cette élégance d’être et de vivre qui dure une éternité, qu’elle qu’en soit l’issue, ici la maladie, fatale, mais qui ne détruit pas les histoires partagées, les instants dégustés, la passion vive et vivifiante.

Cœurs Brisés, Rosetta Loy (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 25 Mars 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Mercure de France, En Vitrine, Italie, Cette semaine

Cœurs Brisés, Rosetta Loy. Traduit de l’italien par Françoise Brun. Mercure de France. 81 p. 5 € Edition: Mercure de France

 

Ce tout petit volume présente deux contes terrifiants. Dans une introduction brillante, Rosetta Loy revendique la filiation de cet ouvrage avec les contes pour enfants – ceux d’Andersen en particulier – ou plus exactement avec la cruauté de ces contes qui la terrorisaient quand elle était petite. Ces histoires racontées, de préférence le soir avant de dormir, par des parents qui adorent leur engeance mais n’hésitent pas un instant à les bercer au son de récits d’enfants mangés, de princesses égorgées, de grand-mères déchiquetées, d’épouses pendues à des crocs de boucher et autres joyeusetés propices à la sérénité avant le sommeil.

La violence de ces contes de notre enfance est toute symbolique. De Freud à Bettelheim, les plus grands esprits ont levé tout soupçon de traumatisme lié à ces récits. En opérant un déplacement et une condensation massifs dans le champ symbolique, ils jouent plus un rôle cathartique que traumatique. Ils sont, la plupart du temps, un outil éducatif vecteur de morale et de résilience. Que Rosetta Loy s’en réclame peut faire penser qu’il en serait de même dans les deux contes qu’elle nous offre. C’est en tout cas l’état d’esprit du lecteur à l’abord de l’ouvrage. Le lecteur ne sait pas ce qui l’attend !

Michel Lamart - Peut-être (par Marc Wetzel)

, le Mercredi, 25 Mars 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Michel Lamart - Peut-être - Les lieux-dits, Cahiers du Loup bleu - 48 pages, 1er trimestre 2026, 7€

"J'écris

Entre la certitude d'exister

Écrivant

Et l'impérieux besoin

D'être réellement

Moi-même,

Assuré que l'écriture

Qui me prend en charge

Me réalise

Avec la suprême consolation

D'être si peu ..." (p.37)

Sur les deux versions de Sac au dos de Joris-Karl Huysmans (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mardi, 24 Mars 2026. , dans Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Nouvelles, Bouquins (Robert Laffont)

Joris-Karl Huysmans, Romans I, Robert Laffont, collection “Bouquins”, 2005, 992 pages, 30 euros . Ecrivain(s): Joris-Karl Huysmans Edition: Bouquins (Robert Laffont)

La nouvelle de Huysmans Sac au dos paraît d’abord en feuilleton dans L’Artiste de Théodore Hannon, à Bruxelles, du 19 août au 21 octobre 1877. Trois poèmes en prose, si tant est que leur genre soit définissable, inédits semble-t-il du vivant de l’auteur, « Le chant du départ », « La léproserie » et « Châlons », en constituent la matrice. Elle est reprise en volume chez l’imprimeur Callewaert, toujours à Bruxelles, quelques mois plus tard. En 1880, Huysmans décide de la remanier pour l’intégrer aux Soirées de Médan que Georges Charpentier met en vente en avril.

Les six textes des Soirées ont pour thème commun, on le sait, la guerre franco-prussienne et visent, en pleine  bataille naturaliste, par la voie du scandale au besoin, à lancer le mouvement. Huysmans s’inspire de son expérience personnelle et les étapes de la nouvelle, dans les deux versions, correspondent d’assez près à ce qu’il a vécu : son enrôlement dans la garde mobile et son départ, fin juillet 1870, pour Châlons où il doit être hospitalisé à cause d’une dysenterie ; le retrait chaotique des troupes françaises, suite à l’avancée allemande, et l’évacuation des blessés et des malades vers Arras, Rouen puis Évreux ; son retour à Paris à la chute de l’Empire. On le voit, Huysmans aura participé au conflit sans tirer un coup de fusil.

À ma sœur et unique, Guy Boley (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 24 Mars 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Guy Boley, À ma sœur et unique, éd Folio, F9, 491pp

 

Nietzsche et sa sœur

À ma sœur et unique a obtenu le prix des Deux Magots en 2023, année de sa parution chez Grasset.

Tout Nietzche n’est pas forcément à relire, ni à revoir, ni avant ni après, mais l’unique est donc la sœur de Friedrich. Dans son troisième livre, l’auteur lui fait sa fête !

Guy Boley nous entraîne cœur et tambour battants dans cette folie fratrique, cette fabrique à fake sororale qui ne va rien de moins que faire œuvre de son frère et lui construire le piédestal, amorcer la pompe à célébrité tout en créant, d’entrée, le malentendu.

Pour ne pas écrire pire. Le contresens, ou pire encore, l’instrumentalisation, celle qui peut jouer aujourd’hui comme une gangue idéologique, un précédant de lecture.

Ou comment une sœur devient mère de son frère et, à ce titre, le contrefait.