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Les Livres

Dans la peau d’un Buster Keaton, Stéphane Botti (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 19 Janvier 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Dans la peau d’un Buster Keaton, Stéphane Botti Éditions La Trace – Janvier 2026 200 pages – 20 €

Suivant la déclaration du protagoniste de ce roman, « le hasard n’existe donc pas ». Partant de ce principe, on peut admettre que son nom, Hector Follet, ne peut être le fruit du hasard : en effet, ce patronyme nous laisse entrevoir la quête, difficile, volontaire et émouvante, du personnage, c’est-à-dire la quête de sa propre grâce, justement celle d’un feu follet, celle d’une silhouette qui voudrait s’effacer subrepticement en ne cessant pas d’être présente, celle d’une âme suffisamment déraisonnable pour être remarquée avec admiration, celle d’une souplesse du corps et de l’esprit prêts à lui faire atteindre les moments de grâce de sa vie.

Hector Follet (donc) rencontre Solène Vérel le jour de ses dix-huit ans, par pur « hasard ». « Pour nous aider à y voir clair, ce qu’on nomme le hasard distille sur notre chemin des êtres, des émotions, des indices. » (p. 188) Il tient coûte que coûte à lui rendre le bonnet péruvien qu’elle a égaré dans le métro : sa restitution n’interviendra pourtant que bien longtemps après. À travers cet objet formant la boucle de notre histoire, le passé d’Hector Follet nous est révélé, et sa témérité à séduire Solène, dépassant l’apparente gaucherie et la carence d’estime personnelle qui le caractérisent, l’emmènera sur les routes d’un grand artiste : Buster Keaton.

Griffes 27 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 19 Janvier 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED


Anne Berest, Finistère. 2025 Albin Michel. 432p. 23,90€

Oui, encore une ”saga familiale”. Avec des variations. Pour une fois ce n’est pas un hommage à/règlement de comptes avec la mère de l’auteur(e). Il faut dire qu'apparemment Anne Berest a déjà traité (deux fois) le côté maternel. Mais on a droit au nombrilisme habituel : l’Auteur, sa vie parisienne, ses succès littéraires et ses rapports difficiles avec papa. Construction ? Une première partie censée être rédigée à partir de cahiers d'écolier. Le meilleur du volume, notre auteur ne se donnant même pas la peine de donner, par la forme ou le style, une idée des dits cahiers. Le livre s'appelant glorieusement Finistère, on y trouve l’origine de tout : l'arrière-grand-papa (père de l’auteur des cahiers) fondateur de la première coopérative du pays de l'artichaut. Puis on passera à son fils, à oublier en raison d’un manque de nécessité narrative et de l’inexistence d’un prétexte quelconque à sa présence dans ces pages. Puis viendra le papa d’Anne, dont l’histoire nous sera contée sous la forme de petits (voire très, très très petits) chapitres. Plus de cahiers cette fois ci, principalement des entretiens, se déroulant après la découverte par notre auteur de la grave maladie de son géniteur. Dernière partie (celle qui chevauche plus ou moins maladroitement toutes les autres) l’enfance, la jeunesse, le passage à l'âge adulte et le regard en arrière vers tout cela de devinez-qui.

Claudine Bohi et Adrienne Arth - À tâtons dans le siècle (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 16 Janvier 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Arts

Claudine BOHI et Adrienne ARTH - À tâtons dans le siècle - préface de Béatrice Bonhomme, Collection duo, Les Lieux-Dits , 96 pages, 2025, 20 €

 


Un livre d'artiste pas comme les autres, car épais et constamment problématique - qui oppose (et conjoint, comme de force) deux dames décisives dans leur art respectif (la poésie, la photographie). Une sorte de combat entre elles, pour le sens. Combat, parce que si c'est Claudine Bohi la poète qui commente la photographe Adrienne Arth - et pas du tout l'inverse - chacune garde son monde, irréductible, intraductible, indéductible. Chacune reste ici farouchement dans son art : la photographe dans ses clichés, qui, comme toutes les pures images, arrivent d'emblée à leur existence complète, et sont leur propre présence, et, comme spécifiquement les photos, enregistrent le monde, reflètent, qu'elles le veuillent ou non, le sérieux et la consistance préalables des choses et des êtres, vivent de leur contact avec ce qu'elles ont enregistré : la complétude et le contact, donc, voilà exactement ce qui ne peut se trouver dans aucun poème, qui, par principe, a l'inachèvement de la voix et la distance des mots.

James, Percival Everett (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 16 Janvier 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

JAMES, Percival Everett, éditions de L’Olivier, 2024 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, 283 pages. Edition: L'Olivier (Seuil)


As-tu lu le roman de Mark Twain, Les Aventures de Huckleberry Finn, paru à Londres en 1884 ?

Avant de lire James, tu dois savoir qu’il est la réponse de Percival Everett au livre de Mark Twain. L’hommage. La suite ou une recomposition, peut-être même un parti pris. La continuité d’une écriture, de 1884 à 2024. Le narrateur n’est plus l’enfant, Huck, le narrateur c’est Jim. Jim est l’esclave qui ose dire Je. Défier le langage.

L’attente constitue une grande partie de la vie d’un esclave, qui attend et attend qu’on le fasse attendre encore. On attend des ordres. De la nourriture. La fin des jours. La récompense chrétienne, juste et méritée, au bout du bout.

Mission Saphir, Nicolas Puluhen (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 15 Janvier 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Mission Saphir, Nicolas Puluhen, Editeur Orphie 2025 320 pages 16,50 €


Récit prenant d’une quête, d’une enquête originale dont le but est de retrouver les bénéficiaires potentiels de l’important héritage d’un personnage marginal, surnommé Capi, diminutif de Capitaine.

Situation initiale : le personnage menant l’action, Michel Ravel, généalogiste successoral, est chargé de rechercher d’éventuels légataires de la fortune sordidement acquise jadis  par les parents d’un certain Capi, qui vient de décéder solitaire, paradoxalement dans un état de totale misère alors que le trésor dort dans une des chambres de l’habitation, et dont le cadavre en cours de décomposition a été découvert dans une vieille voiture qui semble être son seul abri, à proximité de ce qui reste de sa ferme bretonne délabrée, isolée, dont l’intérieur dégorgeant d’immondices réfère au désormais bien connu syndrome de Diogène.