Identification

Les Livres

Les Diaboliques, Jules Barbey d’Aurevilly (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 20 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Les Diaboliques, Jules Barbey d’Aurevilly, Le livre de poche . Ecrivain(s): Barbey d’Aurevilly Edition: Le Livre de Poche


« La Femme, ça n’existe pas ! » lançait Jacques Lacan un mardi de séminaire rue Saint-Jacques. Rien n’est moins sûr… Ou plutôt rien n’est plus évident et moins sûr. Aux femmes plurielles de la réalité, à la mère, à l’épouse, à l’amante, à la collègue de bureau, à la voisine, à celle qu’on aime, à celle qui nous encombre, s’ajoute, incontournable et entêtée, une LA-FEMME, l’Autre, celle que l’Occident a façonnée, fiction après fiction, image après image, mot après mot ; LA Femme imaginaire, tellement imaginaire qu’on ne peut la penser qu’en termes excessifs et violemment opposés, symétriques dans l’opposition, marquant ainsi l’immensité de l’abîme où s’engouffrent ses représentations.
Écrite, peinte ou chantée, elle est sans cesse « extrémisée », limite vivante de l’humain, archétype de l’Amour ou de la Haine, de la Grandeur d’âme ou de l’Ignominie, de la Beauté ou de la laideur. Ange ou Démon, la demi-teinte lui est interdite. Elle ne peut qu’être Tout pour n’être pas Rien.

Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres, Jean-Louis Coatrieux (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 20 Mai 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres, Jean-Louis Coatrieux, éd La Part Commune, 250p, 18€


Coatrieux et les nôtres

On chantonnerait bien le dernier titre de Jean-Louis Coatrieux avec le rythme et le phrasé de Marie Laforêt. Mais ça serait un peu léger, vaguement futile et si loin du texte !

Donc ce n’est pas Boris, Anton et moi mais Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres les héros du roman de l’auteur rennais publié à La Part Commune.

Un roman de Coatrieux est un roman à clefs.

Et on se sent bien peu serruriers, mal équipés, pas du tout prêts à rentrer dans sa Résidence d’auteurs, L’Archipel des mots, la belle enseigne !

Plus Archipel des morts que des mots à ceci près qu’une résidence d’auteurs coatrienne fait danser les temporalités et valser ensemble les vivants et les moins vivants : la littérature ouvre à l’éternité, n’est-ce pas ?

Comment pensent les démocraties. Les ressorts cachés des idéologies, Marcel Gauchet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 19 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Albin Michel

Comment pensent les démocraties. Les ressorts cachés des idéologies, Marcel Gauchet, Paris, Albin-Michel, janvier 2026, 264 pages, 21, 90 €.

Une fois n’est pas coutume, le sous-titre du livre de Marcel Gauchet est plus explicite que le titre. Qu’est-ce qu’une idéologie ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le terme est de facture relativement récente et on connaît même le patronyme de son inventeur, Antoine Destutt de Tracy (1754-1836), un de ces personnages nés comme tant d’autres (on pense en premier à Châteaubriand) entre deux mondes, trop mûr pour ne pas avoir bien connu le « monde d’avant » détruit par la Révolution – un bouleversement dont on ne saurait sous-estimer l’ampleur – et encore assez jeune pour être contraint de vivre dans le monde nouveau et devoir s’y faire une place. Venu de la carrière des armes, il ne s’en sortit pas trop mal, fut élu député aux États généraux et prononça en 1795 une conférence retentissante dans laquelle il employa pour la première fois le néologisme qu’il avait forgé. Il agrégea autour de lui un groupe nommé précisément les « Idéologues » (Roederer, Volney, …), avec lequel Marcel Gauchet se montre inutilement sévère, les qualifiant de « groupe de médiocres vaincus de l’histoire, dépassés tant intellectuellement que politiquement par des tâches trop grandes pour eux » (p. 18).

Griffes 31 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Mardi, 19 Mai 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

 

Le crime du Paradis, Guillaume Musso. 2026. Calmann-Levy. 480p. 22,90€

Et bien voilà, je viens de finir le dernier (ne pleurez pas, il y en aura d’autres) Musso. Le plus gros vendeur français. Belle couverture. Vraiment : un côté vintage aux douces couleurs pour attirer de la mamie à sa petite-fille, du geek du lycée au prof de français à la plage. Un livre pour les gens avec du goût. Une lecture pas désagréable, sur la première moitié en tout cas. Ensuite on se lasse. Et la fin ressemble aux derniers épisodes de Lost, plus personne au gouvernail, laissons le bateau dériver vers les récifs et se fracasser. Le Pitch ? Un roman policier (PAS un polar) inspiré du Agatha Christie pour lequel la reine de l'énigme s'était inspirée de l’affaire Lindbergh. Mais un roman dans lequel l’auteur (M le grand) prend la parole, sandwich-like, pour bien nous montrer que c’est là un peu plus que votre distraction habituelle. Un des personnages serait le grand père de M, héros réel utilisé comme personnage dans un faux roman d’un des personnages du récit, permettant par ailleurs un final en poupées russes.

Les Recyclés, Georges-Olivier Châteaureynaud (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Les Recyclés, Georges-Olivier Châteaureynaud, Grasset, janvier 2026, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Georges-Olivier Châteaureynaud Edition: Grasset


Autant se fâcher de suite avec tout le monde : ce roman est insignifiant. Pas mauvais, pas exécrable, non, pire : insignifiant. Son motif narratif est connu, il a circulé dans la presse, et tout le monde s’en est ébaubi : dans un société pas même futuriste (rien ici ne relève de la science-fiction, tout est mornement contemporain) existe la possibilité légale de se débarrasser à bon compte de son conjoint, voire de son enfant, qui se retrouve ensuite dans une institution moralement beige, à l’image de l’uniforme porté par les pensionnaires. De suite ou presque, ces personnes sont proposées au recyclage chaque week-end, exposées au public qui vient comme on va au zoo, peut-être pour imaginer l’existence qui a pu mener à cet abandon (mais que Châteaureynaud ne raconte jamais, s’abstenant de tout aperçu sociologique), plus rarement pour tenter l’aventure de l’adoption et son coût (les « recyclés » sont dépossédés de tout, y compris et apparemment de la possibilité d’exercer un métier) – quitte à ramener la personne prise en charge à l’institution en cas d’insatisfaction quelques semaines plus tard.