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Les Livres

Siloé, Paul Gadenne (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points, Cette semaine

Siloé, Paul Gadenne, Points, 671 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Points

 

Bien sûr, il y a d’abord l’ombre de Thomas Mann et de La Montagne Magique. Un sanatorium niché au cœur des pics alpins, un jeune homme qui y découvre – paradoxalement - la vraie vie et l’amour, des discussions sans fin entre les patients. Mais le roman de Paul Gadenne brille néanmoins de mille feux par les thèmes abordés et son écriture bouillante.

Les deux romans partagent le cadre du sanatorium de montagne et le motif de la maladie comme expérience du temps et de la conscience, mais Siloé est un itinéraire spirituel personnel tandis que La Montagne magique tisse une vaste allégorie historico‑idéologique de l’Europe du début du XXᵉ siècle.

Néanmoins le projet qui porte les deux romans est très différent.

Siloé est centré sur la conversion intérieure d’un individu, la maladie « rend le monde enfin visible » à Simon et mène à une forme de réconciliation avec le réel, l’amour et le temps.

La Mort de l’auteur, Nnedi Okorafor (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 04 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Robert Laffont

La Mort de l’auteur, Nnedi Okorafor, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Fabien Le Roy, Robert Laffont/Ailleurs & Demain, 455 pages, mars 2025, 22 € Edition: Robert Laffont


En bon français, La Mort de l’auteur est un chef-d’œuvre – autant annoncer la couleur en ouverture de critique, ça évite les malentendus. Chef-d’œuvre littéraire, avec un procédé narratif d’une simplicité absolue, que d’aucuns trouveront convenu au possible (on y revient plus loin), mais qui permet de donner au roman tout son sens, éblouissant, après avoir fait vivre des personnages, même ceux qui ne sont pas vivants au sens propre, durant quatre cents pages et plus – et ainsi donner au lecteur le regret d’une dernière page qui, bien que dénuée de tout tragique (le titre du roman est à prendre au sens humain, au sens de la fin d’une part de soi qui laisse la place à une autre part), exclut d’une vie, celle du personnage principal, complexe et à l’âme profonde, que le lecteur a appris à aimer. Mais chef-d’œuvre aussi au sens artisanal, puisque l’autrice, l’Américano-Nigériane Nnedi Okorafor, siglée science-fiction (ce genre qui « aborde la différence, permet de voir davantage, d’examiner la nature humaine et d’inventer demain »). et fantasy, affirme en interview avoir porté en elle le présent roman trente années durant – c’est-à-dire plus longtemps qu’a duré sa carrière littéraire, c’est-à-dire depuis qu’elle a vingt ans. C’est dire si elle l’a mentalement ciselé, peaufiné, fait grandir – jusqu’au moment de l’offrir au monde.

Du stade aux barricades, Nikol Dziub (par Pierre-Louis Rey)

Ecrit par Pierre-Louis Rey , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Du stade aux barricades, Nikol Dziub, Médiapop Éditions, « Le Club des écrivains », 2026, 64 p., 9 euros.


Le quinzième livre de la collection du « Club des écrivains » est le premier à être consacré à un club de football étranger, mais pas étranger comme les autres puisqu’il s’agit du Dynamo Kyïv. Une explosion de patriotisme salua la victoire de Saint-Étienne contre le Dynamo en quart de finale de la Coupe d’Europe des clubs, en 1976. On aurait mauvaise conscience, aujourd’hui, à faire valoir trop haut son patriotisme aux dépens d’un pays qui lutte pour son indépendance et sa liberté. Les combats des Ukrainiens, y compris ceux de l’équipe nationale de football ou de leurs clubs, sont devenus un peu les nôtres. S’il est vrai que le Dynamo était un club soviétique, Nikol Dziub nous apprend que les matchs qu’il disputait (les clubs estoniens ou géorgiens, aussi bien) contre le Torpedo ou le Spartak de Moscou étaient déjà des actes d’opposition à la puissance de la Russie. Des bagarres éclataient-elles dans les tribunes, les dirigeants russes avaient beau jeu de dénoncer le hooliganisme comme un symptôme de la décadence de l’Occident. « Le football, c’est la guerre poursuivie par d’autres moyens », disait Pierre Bourgeade (titre de son livre paru chez Gallimard en 1981).

L’Arbre-Seul, André Velter (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Gallimard

L’Arbre-Seul, André Velter, Gallimard, coll. Poésie/Gallimard, 2001, 234 pages, 10,40 euros . Ecrivain(s): André Velter Edition: Gallimard

 

Chacun a assisté, en bord de mer, en pleine campagne ou en montagne, à l’arrivée d’un orage. Tel est le thème d’un poème d’André Velter dans la section de son recueil L’Arbre-Seul (p. 72-73) suscitée par l’Inde, où il a séjourné à de nombreuses reprises.

Velter est un poète-voyageur. Un poète pour qui le Dehors et le Divers existent et doivent être parcourus, respirés, afin d’être chantés. Les poètes-voyageurs ne sont pas si fréquents dans notre littérature, plutôt prudente et casanière. Certes, des poètes ont voyagé par plaisir ou par nécessité, mais un poète-voyageur, c’est autre chose.

Baudelaire, de son périple de jeunesse de Bordeaux jusqu’à l’île Bourbon et l’île Maurice, n’a rapporté que quelques images obsédantes. Rimbaud (Velter est né à Signy-L’Abbaye, à trente kilomètres de Charleville…) avait cessé d’écrire lorsqu’il a vadrouillé loin de l’Europe aux anciens parapets. Trop peu décentré encore, Claudel n’est pas stricto sensu un poète-voyageur malgré les intuitions grandioses des proses de Connaissance de l’Est – mais je penserai sans doute le contraire demain !

Rue de l’Espérance, Alexandre Courban (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Rue de l’Espérance, Alexandre Courban – 1935 – Folio – 288 pages – 9,50 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Samedi 8 décembre 1934, Édouard Blutoir est installé dans le café qui fait l’angle du boulevard Kellermann et de la rue de l’Amiral-Mouchez dans le 13ème arrondissement. Il regarde son canon de blanc en hésitant, la veille il s’était promis que ce serait le dernier. Il est ouvrier, tourneur-fraiseur, et fier de sa condition. Pourtant, il doit sa présence ici, à cette heure-là pour avoir perdu une main à la suite d’un accident du travail en octobre 1931 chez Gnome et Rhône. Infirme, ils l’ont jeté à la rue et néanmoins, dans l’âme, il appartient toujours à cette classe ouvrière dont il porte fièrement le couvre-chef : la casquette. Celle que mettent les bourgeois pour faire du sport, une casquette plate avec un bouton sur le dessus presqu’un signe de ralliement. Car c’est l’époque des rebuffades chez les ouvriers et l’on rêve d’une union solide des partis politiques de gauche. On est à la veille du Front Populaire. Et, c’est aussi l’heure de la course aux armements. La preuve, à condition d’être soumis, ce qui n’a pas été forcément le cas de Blutoir, on trouve facilement du travail dans les grandes usines métallurgiques de la région parisienne. On embauche à Villacoublay chez Bréguet, à Billanccourt chez Farman, chez Lorraine Dietrich à Argenteuil