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Les Livres

Comment pensent les démocraties. Les ressorts cachés des idéologies, Marcel Gauchet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 19 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Albin Michel

Comment pensent les démocraties. Les ressorts cachés des idéologies, Marcel Gauchet, Paris, Albin-Michel, janvier 2026, 264 pages, 21, 90 €.

Une fois n’est pas coutume, le sous-titre du livre de Marcel Gauchet est plus explicite que le titre. Qu’est-ce qu’une idéologie ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le terme est de facture relativement récente et on connaît même le patronyme de son inventeur, Antoine Destutt de Tracy (1754-1836), un de ces personnages nés comme tant d’autres (on pense en premier à Châteaubriand) entre deux mondes, trop mûr pour ne pas avoir bien connu le « monde d’avant » détruit par la Révolution – un bouleversement dont on ne saurait sous-estimer l’ampleur – et encore assez jeune pour être contraint de vivre dans le monde nouveau et devoir s’y faire une place. Venu de la carrière des armes, il ne s’en sortit pas trop mal, fut élu député aux États généraux et prononça en 1795 une conférence retentissante dans laquelle il employa pour la première fois le néologisme qu’il avait forgé. Il agrégea autour de lui un groupe nommé précisément les « Idéologues » (Roederer, Volney, …), avec lequel Marcel Gauchet se montre inutilement sévère, les qualifiant de « groupe de médiocres vaincus de l’histoire, dépassés tant intellectuellement que politiquement par des tâches trop grandes pour eux » (p. 18).

Griffes 31 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Mardi, 19 Mai 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

 

Le crime du Paradis, Guillaume Musso. 2026. Calmann-Levy. 480p. 22,90€

Et bien voilà, je viens de finir le dernier (ne pleurez pas, il y en aura d’autres) Musso. Le plus gros vendeur français. Belle couverture. Vraiment : un côté vintage aux douces couleurs pour attirer de la mamie à sa petite-fille, du geek du lycée au prof de français à la plage. Un livre pour les gens avec du goût. Une lecture pas désagréable, sur la première moitié en tout cas. Ensuite on se lasse. Et la fin ressemble aux derniers épisodes de Lost, plus personne au gouvernail, laissons le bateau dériver vers les récifs et se fracasser. Le Pitch ? Un roman policier (PAS un polar) inspiré du Agatha Christie pour lequel la reine de l'énigme s'était inspirée de l’affaire Lindbergh. Mais un roman dans lequel l’auteur (M le grand) prend la parole, sandwich-like, pour bien nous montrer que c’est là un peu plus que votre distraction habituelle. Un des personnages serait le grand père de M, héros réel utilisé comme personnage dans un faux roman d’un des personnages du récit, permettant par ailleurs un final en poupées russes.

Les Recyclés, Georges-Olivier Châteaureynaud (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Les Recyclés, Georges-Olivier Châteaureynaud, Grasset, janvier 2026, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Georges-Olivier Châteaureynaud Edition: Grasset


Autant se fâcher de suite avec tout le monde : ce roman est insignifiant. Pas mauvais, pas exécrable, non, pire : insignifiant. Son motif narratif est connu, il a circulé dans la presse, et tout le monde s’en est ébaubi : dans un société pas même futuriste (rien ici ne relève de la science-fiction, tout est mornement contemporain) existe la possibilité légale de se débarrasser à bon compte de son conjoint, voire de son enfant, qui se retrouve ensuite dans une institution moralement beige, à l’image de l’uniforme porté par les pensionnaires. De suite ou presque, ces personnes sont proposées au recyclage chaque week-end, exposées au public qui vient comme on va au zoo, peut-être pour imaginer l’existence qui a pu mener à cet abandon (mais que Châteaureynaud ne raconte jamais, s’abstenant de tout aperçu sociologique), plus rarement pour tenter l’aventure de l’adoption et son coût (les « recyclés » sont dépossédés de tout, y compris et apparemment de la possibilité d’exercer un métier) – quitte à ramener la personne prise en charge à l’institution en cas d’insatisfaction quelques semaines plus tard.

Père, ne vois-tu pas, la tête à l'envers, Jacqueline Persini (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Père, ne vois-tu pas, Ed. la tête à l'envers, Jacqueline Persini, 2026, 84 p., 17 euros.

 

Quand la quête du père prend la forme d'une restitution mémorielle, le poème gagne en authenticité, en densité. Voilà, à l'âge adulte, une poète recourir à l'enfance comme bouée à la mer. Un jour, le père est parti, est resté dans la chambre comme un fantôme insaisissable.

Toute l'histoire d'une enfance amoindrie par l'absence : rien qu'un nom alors que tout le rappelle en silence.

Longtemps après, couche après couche, le personnage revient hanter les jours de la petite. Entourée d'une mère, de son beau-père, la petite fille culpabilise, imagine en poèmes tendus cette vie, cet amour perdu, la séparation, la maison, "nos branches disjointes/ rassemblent leurs forces".

L'amertume, les cris, "les murs de la chambre (qui) se cassent", "toute mon encre noire" : le poème libère-t-il de tant de blessures?

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, USA, Poésie

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong, trad. Marguerite Capelle et Marc Charron, éd. Poésie/Gallimard, n°599, 2026, 240 p., 8,40€


Barroco

Afin de trouver un mot susceptible de rassembler la grande diversité des propos de la poésie d’Ocean Vuong, je dirais Barroco, du portugais « la perle irrégulière ». Or, qu’y a-t-il derrière le poète ? Un jeune homme perdu dans un monde trop vaste pour lui, et qui image sa tragédie par des poèmes touchant aux rêves, à la langue, avec une expression pleine de scories mesurées et décidées, d’altérations recherchées, de quête dans un espace baroque (une sorte d’opéra néo-moderne), de scènes vivantes dans une Amérique défaite dans le sexe et la drogue.

De ces mouvements de perles irrégulières, s’ajoutent le tâtonnement et la reconnaissance d’une identité queer, d’un passé de fils d’émigrés, d’un présent d’amours nobles et douloureuses. Donc, une poésie du délaissement et qui transcende la condition absurde et difficile d’une jeune personne tiraillée entre ce qu’il est et ce qu’il voudrait être.