Un livre d'artiste pas comme les autres, car épais et constamment problématique - qui oppose (et conjoint, comme de force) deux dames décisives dans leur art respectif (la poésie, la photographie). Une sorte de combat entre elles, pour le sens. Combat, parce que si c'est Claudine Bohi la poète qui commente la photographe Adrienne Arth - et pas du tout l'inverse - chacune garde son monde, irréductible, intraductible, indéductible. Chacune reste ici farouchement dans son art : la photographe dans ses clichés, qui, comme toutes les pures images, arrivent d'emblée à leur existence complète, et sont leur propre présence, et, comme spécifiquement les photos, enregistrent le monde, reflètent, qu'elles le veuillent ou non, le sérieux et la consistance préalables des choses et des êtres, vivent de leur contact avec ce qu'elles ont enregistré : la complétude et le contact, donc, voilà exactement ce qui ne peut se trouver dans aucun poème, qui, par principe, a l'inachèvement de la voix et la distance des mots.