Pour les amateurs de rock américain, Shearwater est un groupe dont le dernier album en date, The New World, est la merveille qu’on attend de lui depuis 2001 ; pour les amateurs d’ornithologie, shearwater se traduit par puffin, et il n’est pourtant que peu question de cette espèce aviaire dans le troisième roman publié de Charlotte McConaghy, autrice australienne connue pour son intérêt à l’encontre des questions environnementales ; elle écrit dans le genre cli-fi (climatic fiction, sous-genre de la SF évoquant les questions liées au changement climatique), qu’il s’agisse d’évoquer la sixième extinction de masse et ses conséquences (Migrations, 2020) ou d’évoquer la problématique du réensauvagement, avec la réintroduction du loup en Écosse (Je pleure encore la beauté du monde, 2023).
Son troisième roman, Les Fantômes de Shearwater, appartient aussi au genre de la cli-fi, genre qui chez McConaghy prend la forme d’un cheminement intime : comment un ou des individus réagissent-ils face à un monde en mutation, voire un monde ayant déjà mué ? Ici, il s’agit d’une famille, composée de Dominic Salt et ses trois enfants, ayant en charge le gardiennage d’une île fictive, Shearwater, inspirée de la bien réelle Macquarie, une île subantarctique située à mi-chemin entre la Tasmanie et l’Antarctique, et sur laquelle l’autrice a transporté une réserve de semences librement inspirée de celle du Svalbard (elle aussi en danger, soit dit en passant). L’enjeu est de taille : les scientifiques ont tous quitté l’île, laissant à la famille Salt entre autres la responsabilité de préparer les semences à emporter avant que l’île soit sous eau.