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Les Livres

Purge (Puhdistus), Sofi Oksanen (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 07 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Le Livre de Poche, En Vitrine, Cette semaine

Purge (Puhdistus), Sofi Oksanen, 2008, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock (puis Livre de poche 420 p.) . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Le Livre de Poche

 

Ce roman, au-delà des souffrances subies par ses héroïnes, est un chant de plainte, un lamento universel dédié aux femmes, aux douleurs que l’Histoire et les hommes leur font vivre et à la force inouïe qui les fait survivre et rester debout.

Il faut dire que l’Estonie, le pays de ce roman et (presque) celui de son auteure finlandaise (dont la mère est estonienne), a été longtemps une terre-martyre, occupée par l’URSS qui y a fait régner un régime de terreur dès 1940, avec une parenthèse nazie tout aussi terrible entre 1941 et 1944, et qu’en termes de lieu de douleur on ne peut hélas trouver d’écrin plus propice.

Purge va conjuguer, jusqu’à l’intolérable, les misères de l’Histoire et les misères de la vie de deux femmes qui semblent porter sur elles, à deux générations d’écart, tout ce que le ciel a pu imaginer de pire. Ce roman interroge la collaboration, la jalousie, la honte et la survie dans un pays occupé, en faisant de la mémoire féminine, celle d’Aliid et de Zara, un contre‑récit aux histoires officielles de la guerre.

Bien-être, Nathan Hill (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard), Cette semaine

Bien-être, Nathan Hill, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nathalie Bru, Folio, avril 2026, 800 pages, 12 € Edition: Folio (Gallimard)


Le roman Bien-être de Nathan Hill s’amuse des représentations, s’amusent des histoires que nous nous racontons pour exister – et parfois disparaître. Et l’auteur semble résumer son intention et sa façon de faire par ce paragraphe introduisant sa riche bibliographie, choix éditorial honnête si l’on y pense à deux fois : " j’aimerais lancer un merci général à tous les psychologues, sociologues, neurologues, biologistes de l’évolution, économistes, sexologues, thérapeutes, philosophes, médecins, experts en mégadonnées et tous les autres encore qui travaillent si dur à comprendre de quoi sont faites nos têtes étranges, indisciplinées, miraculeuses et bordéliques. "

Il aurait pu, voire dû ajouter à sa liste des spécialistes de nos esprits en désordre les plus grands auteurs, tous siècles confondus. En fait-il partie ? Ça reste à voir, puisqu’il n’en est qu’à son second roman et que celui-ci n’a pas l’aspect à la fois novateur et perturbateur de premiers ou seconds romans tels que La Conjuration des imbéciles ou Le Seigneur des porcheries – de toute façon, il ne boxe pas dans la même catégorie : Hill est du côté d’une littérature qu’on pourrait qualifier de « sociologique », il se pose en observateur relativement neutre d’un microcosme à la croisée de deux univers, celui de l’art et celui de la psychologie, et bien plus encore, le tout avec un style plaisant, techniquement imparable et donnant envie de tourner la page. Mais si l’on revient à cette bibliographie et ces remerciements, on comprend de suite la caractéristique principale de Bien-être : c’est un roman hyper-documenté, où la fiction, l’histoire racontée, prend appui sur le réel, sur des faits avérés, d’où un style parfois clinique, un peu à la Tom Wolfe. C’est un constat, pas un reproche – même si d’aucuns ne manqueraient pas de lui en faire procès.

L’absente, Nicolas Zeimet (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Folio (Gallimard), Cette semaine

L’absente, Nicolas Zeimet, Folio policier – 448 p. – 9€50

 

Les ressorts de l’âme humaine jouent parfois de manière complexe. Qu’un jeune couple déjà installé confortablement dans la vie puisse désirer un enfant ne semble pas être le bout du monde ! Pas de quoi en faire la une d’un journal, (les lecteurs verront que si), et bien sûr aussi un roman policier !

Corinne et Loïc ont trente-huit ans tous les deux. Elle est illustratrice de livres pour enfants, lui cadre dans l’industrie pharmaceutique. Ils sont propriétaires d’une belle maison construite dans un quartier résidentiel. Mais ce couple n’est pas comblé. Que ce soit par le fruit du hasard ou en suivant le protocole établi par une équipe médicale spécialisé dans la fertilité, la mise au monde d’un bébé semble impossible. De façon naturelle, ou en suivant une méthode Ogino améliorée aucune fécondation ne semble possible. Ils tentent alors des FIV (fécondation in vitro) qui elles aussi échouent. Le besoin d’enfant est toujours plus pressant.

La Maison aux livres, Enis Batur (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mardi, 06 Octobre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

La Maison aux livres, Enis Batur, éd Zulma, 181pp, 9€95

 

Les éditions Zulma, belles dans la main même en poche, ont livré en 2025 La Maison aux livres d’Enis Batur.

L’auteur est turc, éditeur et écrivain.

Universaliste, humaniste, il réactive dans ce livre l’origine du livre. On a Manguel en tête, Umberto Eco, Elias Canetti ou bien évidemment Borges.

C’est écrasant. C’est lumineux. C’est le monde exact où l’on voudrait vivre, poings et pieds liés, dans cette Maison aux livres où le seul nourrir et le seul mourir seraient de tourner les pages, tout lire, tout le temps, tout.

L’impossible.

Il y a dans ce labyrinthe initiatique l’origine du fleuve et son immense delta. Chaque livre est une source et une arborescence. On repart d’Homère, on repart d’où chacun veut repartir, on arrive à l’arrivée, enchanté d’avoir lu, en attente douce du livre qui n’est pas encore écrit.

L’Écrivain français. Tombeau, Richard Millet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 05 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Récits, En Vitrine, Cette semaine

L’Écrivain français. Tombeau, Richard Millet, Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, mai 2026, 96 pages, 12 € . Ecrivain(s): Richard Millet

 

Plus que tout autre, la France est une nation littéraire : dans la longue durée, au moins, de la monarchie, elle associa l’émergence et la consolidation de son État-nation à un intérêt soutenu pour les lettres. L’Italie et l’Allemagne sont des nations récentes ; ni la Grande-Bretagne, ni l’Espagne, même si elles eurent naturellement de très grands écrivains, ne donnèrent l’exemple d’États où le domaine politique et le champ littéraire se soutinrent de manière réciproque, comme les arc-boutants des cathédrales. La monarchie espagnole, se prétendît-elle universelle, ne s’appuya jamais sur Cervantès, Calderón ou Lope de Vega, entre autres raisons parce que jamais Madrid n’ambitionna de récréer dans la péninsule un âge d’or augustéen. Le regretté Marc Fumaroli a consacré des pages admirables à cette singularité. L’alliance des lettres, de l’Église et de la monarchie culmina au XVIIe siècle, mêlant génie littéraire (qui est en principe de toutes les époques), primauté de la langue française et absolutisme politique ; ce dernier, on doit le reconnaître et quelle que soit sa mauvaise réputation, semblerait très inoffensif à côté des poisons que le XXe siècle secréta. Non sans mal, cette situation singulière survécut au séisme de la Révolution, qui abattit tant d’édifices vénérables, et la France demeura cette « vieille nation littéraire ». Mais le climat avait changé. La virulence avec laquelle Victor Hugo s’en prit à Napoléon III eût été inimaginable pour Fénelon et même pour Voltaire, pourtant lui aussi exilé et condamné à vivre en Prusse ou en Lorraine, alors un duché indépendant. Entre Louis XIV ou Louis XV et Napoléon III, il y avait tout l’abîme qui séparait un monarque de droit divin d’un empereur ratifiant par un coup d’État une élection démocratique. La dyade De Gaulle/Malraux fut le dernier exemple d’une assocation entre un grand politique et un grand auteur, le Général lui-même, « qui s’exprimait et écrivait en un style s’inscrivant dans la tradition de la grande phrase française » (p. 29) ayant été un écrivain de race. « La France de De Gaulle était encore celle de Péguy, Bernanos, Claudel, Malraux, soit la continuation républicaine de la France royale dont la langue était le vecteur et l’étendard » (p. 16).