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Les Livres

Scènes de ma vie, Franz Michael Felder (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Mardi, 15 Septembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, En Vitrine, Verdier, Cette semaine

Scènes de ma vie, Franz Michael Felder, Publié par Jean-Yves Masson, aux Ed. Verdier Traduit de l’allemand par Olivier Le Lay Préface de Peter Handke, postface de Jean-Yves Masson 310 p., 22 euros Edition: Verdier

 

Vous êtes un peu ou beaucoup triste ? Vous ressentez le besoin d’un coup de fouet ? Trop de lectures vous divertissent sans vous apporter ce que vous en attendez pour mieux vivre, et vous rangez les ouvrages en vous demandant pourquoi vous avez lu cela ?

Alors voici un livre (dont je m’en veux d’avoir tardé à le découvrir) qui nous remet les yeux en face des trous et nous donne une leçon pour développer des ressources dans l’adversité. Un livre qui va profond et nous aide à surnager dans un océan de déconvenues, un livre tonique qui se fonde sur ce qui manque à notre bien-être : la sagesse antique, la connaissance des racines et la reconnaissance envers ces racines.

Né en 1839, non loin du lac de Constance, Franz Michael Felder est d’une lignée de paysans autrichiens. Il est destiné à reprendre le flambeau de ses aïeux en vue de faire vivre une famille pauvre. Sa vie d’enfant se passe dans les allées et venues entre le village dans la vallée et l’alpage où il garde les vaches dont le lait et le fromage assurent les ressources de la famille, ainsi que le métier de tisserand pratiqué en hiver. Son père meurt. On meurt jeune dans ces villages isolés, faute de soins quand on tombe malade. C’est mal soigné du reste que Franz, très jeune, a perdu un œil.

La Pratique, l’Horizon et la Chaïne, Sofia Samatar (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 15 Septembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Cette semaine

La Pratique, l’Horizon et la Chaïne, Sofia Samatar, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Dechesne, Éditions Argyll, avril 2026, 128 pages, 11,90 €

 

Sofia Samatar fait partie des plumes qui ont su offrir à l’imaginaire, ces dernières années, un souffle nouveau, un regard nouveau, et on a célébré ici même son sublime roman de fantasy poétique, Un Étranger en Olondre. Pour la présente novella, foin de voyage sur la bonne vieille Terre, que les contrées soient imaginaires ou non : le lecteur est embarqué dans un Vaisseau, qui lui-même appartient à la Flotte, en voyage éternel afin de trouver les rochers dont les mines alimentent en énergie les Vaisseaux. Et la Terre ? Loin derrière, à peine un souvenir, puisqu’on raconte « que, des siècles plus tôt, sur la Vieille Terre, il y avait eu une mer, et qu’elle était montée jusqu’à recouvrir les continents ».

Parmi cette Flotte anonyme (aucun autre nom que ce qu’elle est, et c’est intéressant, cette neutralité), sur un Vaisseau tout aussi anonyme, dans sa Cale, se trouve un garçon, lui aussi sans nom, qui, enchaîné parmi d’autres depuis sa naissance, dessine sur les parois de sa cellule et écoute les discours du « prophète ». La première caractéristique lui vaut d’être remarquée par « la femme » , elle aussi n’a pas de nom, alors que ses amis et collègues en ont un, une « professeure » qui enseigne les « Savoirs Premiers » (par opposition aux « Savoirs Récents ») ; grâce à elle, le garçon est remonté à la surface, dans ce Vaisseau où sont reproduites les conditions d’existence de la Terre, avec, des jardins, des oiseaux et des vaches – mais la nécessité de boire un peau d’eau de la cale parce que le souvenir est trop important.

Il fait chaud à Tanger au printemps, Françoise Cohen (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 15 Septembre 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Harmattan, Cette semaine

Il fait chaud à Tanger au printemps, Françoise Cohen, Editions L’Harmattan, avril 2026, 96 pages, 13 € Edition: L'Harmattan

 

Françoise Cohen écrit des histoires d’ombres et d’âmes tourmentées et son dernier petit recueil de nouvelles possède une veine intimiste à caractère autobiographique. Le titre, Il fait chaud à Tanger au printemps, vient d’une phrase anodine prononcée par sa défunte mère. La narratrice, Francesca, porte le deuil d’une mère « passeuse d’histoires ». Hantée par une mystérieuse photo de sa famille maternelle prise à Tanger dans les années 40, elle décide de se faire conteuse à son tour. La transmission apparaît l’enjeu majeur du récit : s’inscrire dans la filiation « d’une famille de mémorialistes ou chroniqueurs de vie intime » et « offrir sa traversée du temps à ses descendants ».

Le « voile de tristesse » qui recouvre les cinq personnages présents sur le cliché sert d’élément déclencheur au récit. Cette « mélancolie couleur sépia » infuse délicatement tout le recueil rythmé par le leitmotiv de la perte. Le livre s’ouvre sous le signe de l’absence : « elle n’est plus ». Il manque la mère et, sur la photo, il manque aussi sa petite sœur morte en bas âge. L’expérience, à la fois familière et étrange, du deuil maternel renvoie à d’autres deuils jamais accomplis. Une faille mélancolique lézarde le bel édifice familial et la narratrice raconte ses tentatives pour retrouver les pièces manquantes du puzzle familial non sans un léger suspense (« un drame à venir et un drame passé sont ici en jeu. Le drame à venir, il n’est pas encore temps de le révéler »).

Les angéliques, Iris Murdoch (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Folio (Gallimard), Cette semaine

Les angéliques, Iris Murdoch, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Anne-Marie Soulac, Folio, 320 pages, 9,50 euros. . Ecrivain(s): Iris Murdoch Edition: Folio (Gallimard)

 

« L’homme n’est ni ange ni bête,

et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »

Blaise PASCAL

Paru en 1966 sous le titre Time of the angels, tout dans ce roman très sombre finit par démentir l’idée que « les anges sont les pensées de Dieu », comme l’affirme l’un des personnages. Contrairement aux ambiances estivales, aux familles élargies bruyantes, aux baignades dans des eaux parfois improbables à partir desquelles la romancière tisse la plupart de ses romans, celle-ci en appelle ici au brouillard, à la neige pour isoler encore plus le presbytère où se déroule l’intrigue. « Le brouillard imposait silence comme un doigt levé. »

Dans le silence, le roulement régulier du train souterrain ébranle les murs et les nerfs des occupants du lieu. Car le huis-clos se déroule à Londres, comme pour mieux souligner l’anomalie qu’est la réclusion dans laquelle vivent les personnages.

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 14 Septembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Espagne, Cette semaine

Ligne de feu, Arturo Perez-Reverte, nrf, 649 pp


Ligne de feu, livre de feu

L’œuvre d’Arturo Perez-Reverte est considérable.

De sagas en séries historiques, Perez-Reverte éblouit. Par son sens du détail, ce qu’on pourrait nommer sa technique de précision, une science à part. à mi-chemin entre journalisme, son premier métier, reporter de guerre, il en fut, et le roman total dont la focale est autant large et universelle que microscopique et infinitésimale. Balzacien au plus contemporain du terme !

Ligne de feu paraît dans la célèbre Collection Du monde entier de Gallimard.

Nous sommes fin juillet 1938 et l’Èbre est à franchir.

La bataille de l’Èbre serait en Espagne ce que notre Verdun raconte à nos consciences, rien qu’à prononcer ses six lettres de sang et de feu, de mort et de cendres.