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Les Livres

Monts Mers et Géants, Alfred Döblin (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Gallimard, Cette semaine

Monts Mers et Géants, Alfred Döblin, traduit de l’allemand par Michel Vanoosthuyse, Gallimard/Du Monde Entier, septembre 2025, 608 pages, 26 € Edition: Gallimard

 

« Les gens de l’Est sur leur gigantesque et archaïque continent restaient cois. Les sombres masses asiatiques avaient pris livraison des machines ; c’était quelque chose d’insolite, qui courait sur eux comme une chenille. Ils laissèrent les appareils raffinés, les êtres de fer lourds et insensibles, ils ne touchaient pas leur cœur. Il y avait toujours parmi les centaines de millions d’individus des groupes à l’Ouest aspirant, attentifs et circonspects, les connaissances étrangères. À l’époque des générations les plus rigoureuses de maîtres, une troupe d’Asiatiques élus participa aux études interdites, fut mise en possession de matériaux et de modèles. L’Angleterre le tolérait parce qu’elle était pacifique et voulait se gagner les Asiatiques. En Asie les races se fanaient et s’épanouissaient ; à peine si les gens de l’Ouest avaient connaissance de leur état. Bombay Calcutta s’étaient débarrassées de leur visage européen. En Chine, de grandes villes européennes de naissance récente avaient été balayées ; les natifs habitaient vaquaient dans les ruines des Européens. Il n’avait pas été possible d’inoculer aux millions de Jaunes et Bruns des besoins occidentaux ; ils avaient pris les armes pour chasser les étrangers. De lentes approches, des négociations hésitantes avaient lieu avec la toujours soucieuse Londres. Quand à Bombay Lhassa Pékin Tokyo Kazan Tobolsk parut la commission envoyée à Londres, on était paré. Dans les capitales de l’Ouest on connaissait l’armement des Asiatiques ; on se croyait en avance. Il n’y avait finalement pas d’hésitation à avoir. Il fallait y aller. »

Si l’on choisit d’ouvrir cette critique de Monts Mers et Géants par la citation d’un paragraphe entier extrait du « Livre deuxième – La guerre Ouralienne », c’est pour deux raisons.

Ris amers, Jacques Cauda (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Cette semaine

Ris amers, Jacques Cauda, (éd. Rafaël de Surtis) . Ecrivain(s): Jacques Cauda

 

Jacques Cauda est un artiste multiple -poète, romancier et peintre- dont l’écriture procède souvent par associations libres, images surprenantes, glissements de sens et rapprochements inattendus. Son œuvre cherche moins à délivrer un message qu’à créer un état de perception, une traversée mentale ou sensorielle.

Ris amers, publié aux éditions Rafaël de Surtis en 2026, dans la collection Un ciel désert, nous intrigue d’emblée par son titre : sont-ce les « rires amers » (jeu de sonorité) ? Est-ce de l’ironie, du sarcasme ou de la dérision ? Dans tous les cas, une tension entre jubilation et désenchantement nous tire par la manche. Nous apprenons rapidement que Ris amers fait écho à Larmes et Ris de son arrière-grand-père, Paul Stuart. Nous passons des « larmes » aux « amers », le déplacement est subtil mais significatif. Si les larmes appartiennent au registre sentimental, l’amer évoque le goût, la désillusion, mais aussi, au pluriel comme dans notre titre et dans le vocabulaire maritime, un point de repère pour le navigateur. Le titre devient ainsi plus ambigu, moins directement lyrique. Quant au texte, son style surfe sur les vagues d’amplitude d’ un post-surréalisme personnel.

Selon toi, Marielle Hubert (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

Selon toi, Marielle Hubert, POL, 183 pp, 20€

 

Poste restante


Un livre de plus sur notre rayon Duras dans notre bibliothèque qui est tellement long et fourni, cette planche blanche et ses branches qui montent, Manceaux, Laure Adler, Robert Antelme en premier, Juan Goytisolo, cette confrérie des mots, du sens, sans laisser en bout de ligne Yann Andréa tout seul.

Le jeune frère qui hante Selon toi de Marielle Hubert.

Peu voire pas nommé. Deviné. Comme l’ombre de Duras dans le bel entretien filmé où Swann Arlaud joue Yann, Manceaux est Emmanuelle Devos, cf l’excellent Vous ne désirez que moi de Claire Simon.

Nous nous égarons. Duras égare.

Si loin de l’écrivaine et metteure en scène Pascale Lemée.

Un pedigree, Patrick Modiano (par Frank Aïdan)

Ecrit par Frank Aïdan , le Mercredi, 19 Août 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard), Cette semaine

Un pedigree de Patrick Modiano - 2005

Quand Modiano marchait sur les brisées de Simenon


Pour Gilles mon petit frère perdu le 12 mai 2024

Lorsqu’il publia Un pedigree en 2005, Patrick Modiano allait avoir soixante ans et était éloigné d’un peu moins de dix années de son prix Nobel de littérature qui lui serait décerné en 2014. L’on vit alors la référence à Pedigree publié en 1948 par Georges Simenon alors qu’il était âgé de quarante-cinq ans, et écrit après qu’on lui eut diagnostiqué en 1941 une très courte espérance de vie causée par des problèmes cardiaques (1). Mais l’on vit moins ou pas du tout que là où l’écrivain belge avait ôté tout article de son titre (Pedigree tout court un peu comme s’il ne pouvait s’agir que du sien), Modiano, lui, avait opté pour l’indétermination, l’indéfini de l’article « un » comme pour renvoyer au caractère commun de sa filiation. Il allait d’ailleurs encore plus loin que son titre à travers l’aveu suivant : « Je suis un chien qui fait semblant d’avoir un pedigree. Ma mère et mon père ne se rattachent à aucun milieu bien défini » (p. 13)(2).

Histoire de la Princesse Boudour, un conte des Mille et Une Nuits (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 19 Août 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Zulma, Contes, Cette semaine

Histoire de la Princesse Boudour, un conte des Mille et Une Nuits, trad. J. C. Mardrus, 176 p., juin 2026, éd. Zulma, 9,95€

 

Chaque nuit, Schahrazade, la célèbre conteuse, en appelle à sa mémoire afin d’éviter de se faire décapiter par son époux, le sultan Shahriar, qui fait assassiner chaque nouvelle compagne, sous prétexte d’avoir été trompé. C’est par l’éloquence de ces histoires durant mille et une nuits que la grande fabuliste va mettre fin à ces tueries (ici, cette histoire de la Princesse Boudour est située entre la 170ème et la 236ème nuit).

Dans l’histoire-cadre des Mille et Une Nuits, Schahrazade tente de différer le plus possible sa fin imminente. Ainsi, elle déplace sans cesse l’horizon des aventures extraordinaires qui mettent en marche un nouveau conte ; ici, avec l’intercalation du monde des éfrits, à la fois djinns et anges, créatures spirituelles faites de feu. Certains éfrits sont musulmans, d’autres négatifs car non musulmans. Schahrazade met en miroir le destin de deux jeunes gens rivalisant de beauté physique et égaux par leurs caractères capricieux et leur refus de se marier.