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Les Livres

Une très bonne hérétique, Becky Chambers (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 11 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Roman

Une très bonne hérétique, Becky Chambers, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Surgers, L’Atalante, 112 pages, octobre 2025, 12,50 €

On a négligé d’évoquer ici la formidable série Les Voyageurs, quatre tomes d’une science-fiction quasi solaire, réjouissante au possible, signés Becky Chambers. On l’a négligé, et on a eu tort – d’où cette critique dithyrambique d’un mince recueil de cinq nouvelles, puisque la cinquième, qui donne son titre au recueil, est située dans l’univers des Voyageurs – comme un ultime appendice, un ultime aperçu des interactions aussi passionnantes que touchantes et profondément… humaines existant entre toutes les espèces peuplant les diverses galaxies traversées dans cette série. Ici, une seule, ou du moins essentiellement une planète, celle dont sont originaires les Sianat, ces « paires » sans lesquelles la navigation interstellaire serait impossible.

Oui, dit comme ça, quiconque souffre d’un manque d’intérêt pour la science-fiction, cette supposée littérature pour amoindris du bulbe, baille et se demande ce qu’il y a à attendre d’une histoire fleurant bon le space opera. Tout, tout est à attendre, car Becky Chambers donne à chacun de ses personnages une profondeur troublante, incitant le lecteur à s’intéresser à son âme, voire à s’y attacher, surtout dans ses rapports aux autres personnages, certains n’étant pas du tout de son espèce mais les rapports entre tous étant majoritairement pacifiques.

Le Corps du Christ (Dé)voilé, déchiré, glorifié, Alberto Fabio Ambrosio (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 11 Mai 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le Corps du Christ (Dé)voilé, déchiré, glorifié, Alberto Fabio Ambrosio, éd. Hermann, 2026, 186 p., 15€


Nudité

Ce petit livre, en volume, consacré à la nudité du Christ en Croix, propose des entrées multiples. Alberto Fabio Ambrosio examine un système théologique, partant du cœur catholique de l’auteur, en abordant plusieurs thèmes contemporains. Du reste il questionne beaucoup et ne ressasse pas d’évidences. Il sonde chaque lecteur personnellement et c’est en palpitant à chaque page que j’ai retrouvé de grandes interrogations et une certaine clairvoyance dans une langue très nette et nullement amphigourique.  Ce Corps du Christ questionne la Croix, se glisse dans le for intérieur du liseur éclairant le croyant, le laissant pénétré de lumière. Car le Christ mort en Croix est le point de non-retour du christianisme. Avec cette mort, Dieu nous découvre sa puissance de consolation, de la passion de son fils - un modèle de vérité et de compassion.

Alberto Fabio Ambrosio utilise très vite dans sa dissertation, la métaphore du corps et du linge. Le corps sacralisé. Le corps vêtu simplement du périzonium. Un corps nu qui parle la langue de la révélation.

Sollers, le musicien de la vie – Yannick Gomez (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 08 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine

Sollers, le musicien de la vie – Yannick Gomez – Préface de Rémi Soulié – Essai – Nouvelle Marge – 144 p. – 18 euros – 06/12/2025.


« Je savoure toujours, chez lui, la vitesse et la fulgurance d’exécution – y compris avec une joie mauvaise, je le reconnais, parce qu’elle a le mérite d’égarer puis de perdre les demi-habiles qui, faute de reconnaître la virtuosité, soupçonnent l’imposture. Oui, Sollers est rapide, en immobile voyageur du temps. »

Rémi Soulié – Notes sur un inconnu – Préface

« Lorsque Sollers écrit sur Haydn, sur Mozart, il nous éclaire pour beaucoup sur sa propre conception de la littérature, et par là, en s’appuyant sur la musique, nous dévoile la valeur qu’il lui confère. Celle d’un trace, d’un héritage, d’une signature sonore voulue et espérée comme authentique et irréfragable. »

Yannick Gomez – Sollers, le musicien de la vie

La Chaussure sur le toit, Vincent Delecroix (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Vendredi, 08 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Nouvelles, Folio (Gallimard)

La Chaussure sur le toit, Gallimard, 2007 ; réédition « Folio », 2009, 248p., 8,60€. Edition: Folio (Gallimard)


Que fait donc cette chaussure sur le toit d’un immeuble parisien longeant les voies de la Gare du Nord ?

Cette question – en apparence anecdotique, voire franchement saugrenue –, est au cœur du livre La chaussure sur le toit de Vincent Delecroix, qui réussit le tour de force de tenir en haleine son lecteur sur près de 250 pages. Avec pour point de départ cet objet improbable, mystérieusement posé là, l’auteur parvient à bâtir un projet formel inventif et stimulant : une véritable gageure !

L’ensemble est constitué de dix récits, adoptant des points de vue à chaque fois différents. Autour de cette chaussure incongrue gravitent différents personnages qui habitent ou fréquentent cet immeuble, sorte de microcosme urbain où se croisent sans vraiment se rencontrer des personnages contrastés : un artiste contemporain, un unijambiste, un sans-papiers, une vieille dame capricieuse et qui s’amourache d’un jeune pompier, une enfant au sommeil agité, des chiens anthropomorphes, un présentateur télé en fin de course, un amoureux conduit et jaloux qui se mue en cambrioleur…

Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud, En Vitrine, Cette semaine

Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari, Actes Sud mars 2026, 148 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

L’enfer est vide, tous les démons sont ici

(William Shakespeare, La Tempête)


La beauté sombre et âpre de ce roman s’empare peu à peu du cœur du lecteur et s’y installe comme une leçon de Ténèbres. Jérôme Ferrari est au sommet de l’art du roman et sa maestria porte cet ouvrage jusqu’à la perfection. Il y encadre une métaphore de la condition humaine dans un thrène lancinant, bouleversant. Les êtres qui errent dans cette dérive désespérante renvoient, à chaque coin de phrase, aux errances de notre destin.

L’incipit est un introït de messe de Requiem aux damnés de la Terre :