Identification

Les Livres

Le soldat remémoré, Anjet Daanje (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 08 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Gallimard

Le soldat remémoré, Anjet Daanje, Gallimard Du monde entier, roman traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, 729 pages, 28€ Edition: Gallimard

 

Un chassé-croisé, une tentative de reconnaissance, ce roman partagé, brimbalant, en faisant la part des choses fait la part belle à la vie rêvée versus la vie réelle, le vécu versus l’invention, le souvenir versus l’amnésie : « C’est comme si son corps appartenait à un autre… » (p.40).

Un soldat sans mémoire cantonné dans un asile pour ceux qui, revenant du front, ne sont plus réclamés, attendus par personne. Amand, c’est son prénom, symbole de douceur et d’affection, « aimé par Dieu », vit depuis la fin de la guerre dans cet asile. Apparemment le moins touché d’entre les « malades de guerre » il fait le lien entre eux, les apaise.

Amand, que l’on appelait Noen à l’asile où il séjourne depuis cinq ans, reçoit comme les autres des visites de femmes-épouses qui n’ont pas renoncé à retrouver leur mari.

Griffes 32 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 08 Juin 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED


Le visage de la nuit, Cécile Coulon. 8/01/2026. Eds de l’Iconoclaste, 275 p. 21,90€.

Me voilà bien embêté. Je viens de finir le dernier Cécile Coulon, une lecture d’une petite heure. Et là où l’auteure m’avait habitué à rire, rire de ses images contradictoires ou de ses allégories bancales, je suis resté de marbre. Là où sa poésie d’ado tardive me faisait impatiemment tourner les pages dans l’attente d’une nouvelle provoc cheap, je me suis ennuyé. Le Visage de la Nuit est un conte. Loin des incohérences narratives et stylistiques du Langue des choses cachées, une sorte de Céline 2.0. Très court, comme le veut un conte. Stylistiquement épuré : disparus les foisonnements d’images, les parallèles et les métaphores. Du simple. Du (presque) concret. Mais les images omniprésentes sont remplacées par de longues listes de noms ou d’adjectifs. Quelques paragraphes en sont même agréables à parcourir. Le Visage est donc un conte. Mais nous voilà bien loin des Contes Cruels, loin des frères Grimm, loin d’Andersen, loin de tout : dans un village dont le nom semble sortir de Tolkien.

Siloé, Paul Gadenne (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points, Cette semaine

Siloé, Paul Gadenne, Points, 671 p. 8,70 € . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Points

 

Bien sûr, il y a d’abord l’ombre de Thomas Mann et de La Montagne Magique. Un sanatorium niché au cœur des pics alpins, un jeune homme qui y découvre – paradoxalement - la vraie vie et l’amour, des discussions sans fin entre les patients. Mais le roman de Paul Gadenne brille néanmoins de mille feux par les thèmes abordés et son écriture bouillante.

Les deux romans partagent le cadre du sanatorium de montagne et le motif de la maladie comme expérience du temps et de la conscience, mais Siloé est un itinéraire spirituel personnel tandis que La Montagne magique tisse une vaste allégorie historico‑idéologique de l’Europe du début du XXᵉ siècle.

Néanmoins le projet qui porte les deux romans est très différent.

Siloé est centré sur la conversion intérieure d’un individu, la maladie « rend le monde enfin visible » à Simon et mène à une forme de réconciliation avec le réel, l’amour et le temps.

La Mort de l’auteur, Nnedi Okorafor (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 04 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Robert Laffont

La Mort de l’auteur, Nnedi Okorafor, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Fabien Le Roy, Robert Laffont/Ailleurs & Demain, 455 pages, mars 2025, 22 € Edition: Robert Laffont


En bon français, La Mort de l’auteur est un chef-d’œuvre – autant annoncer la couleur en ouverture de critique, ça évite les malentendus. Chef-d’œuvre littéraire, avec un procédé narratif d’une simplicité absolue, que d’aucuns trouveront convenu au possible (on y revient plus loin), mais qui permet de donner au roman tout son sens, éblouissant, après avoir fait vivre des personnages, même ceux qui ne sont pas vivants au sens propre, durant quatre cents pages et plus – et ainsi donner au lecteur le regret d’une dernière page qui, bien que dénuée de tout tragique (le titre du roman est à prendre au sens humain, au sens de la fin d’une part de soi qui laisse la place à une autre part), exclut d’une vie, celle du personnage principal, complexe et à l’âme profonde, que le lecteur a appris à aimer. Mais chef-d’œuvre aussi au sens artisanal, puisque l’autrice, l’Américano-Nigériane Nnedi Okorafor, siglée science-fiction (ce genre qui « aborde la différence, permet de voir davantage, d’examiner la nature humaine et d’inventer demain »). et fantasy, affirme en interview avoir porté en elle le présent roman trente années durant – c’est-à-dire plus longtemps qu’a duré sa carrière littéraire, c’est-à-dire depuis qu’elle a vingt ans. C’est dire si elle l’a mentalement ciselé, peaufiné, fait grandir – jusqu’au moment de l’offrir au monde.

Du stade aux barricades, Nikol Dziub (par Pierre-Louis Rey)

Ecrit par Pierre-Louis Rey , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Du stade aux barricades, Nikol Dziub, Médiapop Éditions, « Le Club des écrivains », 2026, 64 p., 9 euros.


Le quinzième livre de la collection du « Club des écrivains » est le premier à être consacré à un club de football étranger, mais pas étranger comme les autres puisqu’il s’agit du Dynamo Kyïv. Une explosion de patriotisme salua la victoire de Saint-Étienne contre le Dynamo en quart de finale de la Coupe d’Europe des clubs, en 1976. On aurait mauvaise conscience, aujourd’hui, à faire valoir trop haut son patriotisme aux dépens d’un pays qui lutte pour son indépendance et sa liberté. Les combats des Ukrainiens, y compris ceux de l’équipe nationale de football ou de leurs clubs, sont devenus un peu les nôtres. S’il est vrai que le Dynamo était un club soviétique, Nikol Dziub nous apprend que les matchs qu’il disputait (les clubs estoniens ou géorgiens, aussi bien) contre le Torpedo ou le Spartak de Moscou étaient déjà des actes d’opposition à la puissance de la Russie. Des bagarres éclataient-elles dans les tribunes, les dirigeants russes avaient beau jeu de dénoncer le hooliganisme comme un symptôme de la décadence de l’Occident. « Le football, c’est la guerre poursuivie par d’autres moyens », disait Pierre Bourgeade (titre de son livre paru chez Gallimard en 1981).