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Les Livres

Le tour de magie le plus incroyable du monde, Beatriz Martín Vidal (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 29 Mai 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset, Jeunesse

Le tour de magie le plus incroyable du monde, Beatriz Martín Vidal, éd. Grasset Jeunesse, 48 p., avril 2026, 19,90 € Edition: Grasset

 

Prestidigitation

Beatriz Martín Vidal a étudié à l'université de Salamanque avant de se spécialiser dans l'illustration à l'école d'art de Valladolid. Auteure d'albums illustrés, elle exerce depuis dix ans, principalement en illustration éditoriale. Son nouvel album jeunesse au format portrait (36,7 x 23,6 cm) est un beau livre de collection.

Le gibus est l’élément distinctif de la narration, qui annonce le tour de magie. Et nous voilà entraînés à assister à un mystérieux spectacle ! Le décor alentour se met alors à changer, comme au théâtre, des personnages fabuleux surdimensionnés apparaissent comme par un coup de baguette magique. Et c’est un univers imaginaire qui supplante l’environnement des rues, du jardin public, traversant l’espace. Le haut-de-forme possède des vertus fantastiques, surnaturelles, d’où jaillit un monde onirique.

Et amarres invisibles, Bruno Grégoire (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 28 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Editions Tarabuste

Et amarres invisibles, Bruno Grégoire, Tarabuste, 2025, 118 p., 15 euros. Edition: Editions Tarabuste


Le dixième recueil de l'auteur (depuis 1990) happe nombre de réalités du quotidien par le biais de brefs poèmes énigmatiques, entre constats, aphorismes déguisés, brèves pulsations de sens, blasons philosophiques, traces de passages ou de voyages, conversations à soi même.

D'invisibles amarres retiennent donc ce regard étrange au fil de textes qui ne délivrent pas d'emblée de sens ni d'accroche, encore que les éléments du poème ne sont pas tous tissés d'obscurité. Certaines images - raccourcis de la réalité - nous parlent certes comme des signes : "de l'autre côté de la pluie" ou "la fissure dans la laque noire". Le poète délivre une matière elle-même distante par laquelle il faut "ressaisir la vie entière" à l'image du papillon souvent convoqué - vibratile, fuyant, insaisissable.

Entretien avec un dévoyé ou De la philosophie considérée comme un dialogue – Clément Rosset – L’Éternel Incognito par Santiago Espinosa (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 28 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Fata Morgana

Entretien avec un dévoyé ou De la philosophie considérée comme un dialogue – Clément Rosset – L’Éternel Incognito par Santiago Espinosa - Fata Morgana – 128 p. - 24 euros – 06/02/26. Edition: Fata Morgana

« A la prétendue identité profonde, qui se révèle n’être qu’un mirage, un fantôme, une illusion (on sait le goût de Rosset pour les chasser), notre philosophe oppose une identité réelle, d’est-à-dire multiple, inconsistante, flottante – superficielle.

Santiago Espinosa

« Lui. En effet. Je me suis souvent demandé comment la philosophie pouvait être une matière d’enseignement. Pour moi, la philosophie, c’est vivre tranquille et aimer boire. Je ne vois pas comment de telles choses pourraient s’enseigner.

MOI. Vous avez raison : je veux dire que votre définition de la philosophie est la bonne. C’est, en tout cas, aussi la mienne.

LUI. Vous m’étonnez. Si telle est votre philosophie, vous ne seriez pas penché sur votre livre, du matin au soir.

MOI. Il faut bien passer le temps, d’une manière ou d’une autre. »

Quartier des fantômes, Rithy Panh et Christophe Bataille (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 27 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Quartier des fantômes, Rithy Panh et Christophe Bataille, Paris, Grasset, janvier 2026, 126 pages, 15 €. Edition: Grasset


Le XXe siècle mériterait le surnom de « siècle des génocides », tant ils en scandèrent le cours sans épargner aucun continent (sauf peut-être le Nouveau Monde), du génocide arménien à celui perpétré au cœur de l’Afrique. Certains furent accomplis avec l’efficacité et la froideur planificatrice de la technologie, d’autres avec des moyens extraordinairement primitifs, sans qu’ils fussent moins meurtriers pour autant.

Le génocide qui se déroula au Cambodge entre 1975 et 1979 appartenait à la seconde catégorie. Les Khmers rouges auraient eu du mal à utiliser les ressources de la technique (« toute machine sera bientôt détruite ou effacée, puisque issue elle aussi de la classe bourgeoise et capitaliste. Seul le bras paysan ou ouvrier sera admirable », p. 86), attendu que tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un appareil avait été anéanti par leur idéologie abjecte, mélange empoisonné de marxisme, de pastoralisme, d’archaïsme et de superstitions absurdes (les jeunes filles vierges vidées de leur sang pour faire des transfusions aux dignitaires du régime – p. 25).

Murmuration, Sylvie Germain (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 27 Mai 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Murmuration, Sylvie Germain, éditions Albin Michel, janvier 2026, 208 pages, 19,90€

 

Une parabole sur l’écriture

Sylvie Germain a le regard tourné vers le Ciel. Le titre insolite de son dernier roman, Murmuration, désigne le spectacle étonnant et splendide des nuées d’étourneaux esquissant en vol un ballet aérien merveilleusement synchronisé. A l’instar de ce gracieux spectacle, l’écrivaine déploie une écriture toute en finesse, à la fois visuelle et sensorielle sous le signe du mystère et de la rêverie. En exergue aux trois parties, la poésie instinctive et mystique d’Emily Dickinson donne un élan métaphysique au roman.

La métaphore de la murmuration infuse tout le récit : constante reconfiguration des formes, la murmuration est à l’image de nos vies erratiques qui se font et se défont, instables et précaires comme toute entreprise humaine. La murmuration, c’est aussi ce grand rassemblement d’oiseaux, une défense collective contre les prédateurs qui nous rappelle la présence du mal auquel l’homme doit résister, thème cher à l’auteure. Figure à la forme parfaite, la murmuration fait écho à la quête de l’artiste qui doit ordonner tout un flux de sons, de voix, d’éclats de sensations, de jeux d’échos, d’images, d’idées, de symboles. Sylvie Germain structure son roman d’une profonde unité poétique, symbolique et thématique.