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Les Livres

Nos rêves lointains / Gallimard / 90 illustrations / Récit de Nathacha Appanah (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Mardi, 29 Septembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard, Arts, Cette semaine

Nos rêves lointains / Gallimard / 90 illustrations / Récit de Nathacha Appanah / 160 pages / Juin 2026 / 29€ . Ecrivain(s): Nathacha Appanah Edition: Gallimard


A la recherche de Garuda

 

Il est des livres qu’on aime avoir entre les mains. Certains sont de beaux objets en eux-mêmes et les textes qu’ils contiennent ont un je ne sais quoi qui nous touche. On le dira volontiers pour l’ouvrage « Nos rêves lointains » publié chez Gallimard. Le livre rassemble 90 photographies choisies dans la collection Fnac qui est conservée habituellement au musée Nicéphore-Niépce de Chalon-sur-Saône. Cette sélection photographique a été présentée aux Rencontres d’Arles et l’exposition est toujours visible jusqu’au 4 Octobre.  Et à cette occasion, un récit de Natacha Appanah est venu compléter cet ensemble.

Les lointains ont toujours fasciné au cours de l’histoire des hommes et ont fait naître toutes sortes de rêveries ; ils ont stimulé de nombreuses attentes et composé toute une trame complexe d’explorations ou encore un terrain miraculeux parfois infernal d’expériences. On le sait, la menue monnaie des jours ennuie, lasse, afflige et finalement vient entretenir cette profonde envie de l’ailleurs. Rêver du lointain n’est-ce pas une dimension spécifiquement humaine et dont la vocation est souvent précoce ? Nicolas Bouvier, ce voyageur émérite, écrit dès les premières pages de « L’usage du monde », la bible de tout arpenteur du globe : « C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat-ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne l’envie de tout planter là ».

In somnia, Philippe Bouret / Martine Le Normand (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 29 Septembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

In somnia, Philippe Bouret / Martine Le Normand Éditions Tarmac [112 p.] - 20€

 

Dans les failles de la nuit : deux voix pour une insomnie

Que se passe-t-il et que se loge-t-il dans les plages reculées de notre être lorsque « la nuit se niche dans les orbites creuses du vent », lorsqu'elle « dépose dans ses râpures au bord de la pensée » « la pulmonation circulaire », dans les recoins du corps saisi par la mer inquiète de l'insomnie ? Ne finit-on pas par perdre le sommeil à force de perdre des espoirs trop grands pour des rêves cassés par les éclats foudroyants de la vie ?

Un jour, une nuit sans doute.

J'ai perdu l'espoir de bercer un enfant.

J'ai perdu le sommeil.

À tout jamais,

écrit Martine Le Normand dans In somnia, publié aux éditions Tarmac, où ses textes en italique font face aux textes en caractères romains de Philippe Bouret et à ses peintures.

Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933), Sebastian Haffner (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 28 Septembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, En Vitrine, Babel (Actes Sud), Histoire, Cette semaine

Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933), Sebastian Haffner, traduit de l’allemand par Brigitte Hébert, Babel, septembre 2004, 448 pages, 10,20 € Edition: Babel (Actes Sud)

 

Ce livre n’est rien en regard de l’Histoire, c’est juste « l’histoire personnelle d’un jeune homme ni particulièrement intéressant, ni particulièrement important, qui vivait par hasard dans l’Allemagne de 1933 », à en croire Sebastian Haffner, et il se met à la place du lecteur qui soudain commence, arrivé aux deux tiers de Histoire d’un Allemand à « feuilleter ce livre non sans irritation », faute d’y trouver la narration précise et circonstanciée  de tout ce qui se passait à Berlin en 1933. C’est de l’ironie. Car bien que Haffner lui-même n’en ait que peu conscience, ce récit commandé par un éditeur anglais en 1939 (l’auteur s’était alors exilé en Angleterre), puis mis de côté et retrouvé seulement après le décès de son auteur, il se pourrait bien que Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933) soit l’un des livres les plus essentiels qui soient pour tenter d’appréhender exactement ce qui s’est déroulé entre 1914 et 1933, et plus particulièrement durant cette dernière année, en Allemagne, ce qui a mené à l’avènement de celui qu’un vieillard juif appelle sarcastiquement « M. Hitler » (qui peut-être, à l’image de Nabuchodonosor qui lui aussi voulut éliminer le peuple juif, « parcourra les prés à quatre pattes en mangeant de l’herbe »).

La Graine, Jacqueline Manicom (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 28 Septembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

La Graine, Jacqueline Manicom, ed Gallimard, coll L’imaginaire, 228pp, 10€50

 

Colère pour un passé proche

La collection L’imaginaire nous comble toujours autant. Faisant ressurgir des limbes des œuvres pas lues à l’époque de leur sortie, même si nous étions nés en 1974 !

La Graine de Jacqueline Manicom est éditée aux Presses de la Cité. Sous-titré Journal d’une Sage-Femme.

Ah le beau métier !

Pas besoin de faire un dessin car tout le monde le connaît ! Chacune et chacun a été cueilli par ses mains, ou tout du moins à l’immense majorité.

Ah la triste réalité !

Jacqueline Manicom dont le beau portait photographique ouvre heureusement le livre est guadeloupéenne.

Les rêves ne vieillissent jamais – Gérard Guégan (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 24 Septembre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Cette semaine

Les rêves ne vieillissent jamais – Gérard Guégan – LettMotif – 142 p. – 19,90 euros – 11/08/26. . Ecrivain(s): Gérard Guégan

 

« Dans Rio Bravo, en 1959, il avait trouvé sa silhouette définitive. Il était la justice et la rigueur, l’ours qui faisait fondre le cœur des femmes et qui, trois ans plus tard, se sacrifierait pour l’une d’elles (L’Homme qui tua Liberty Valance) en lui offrant la légende au lieu de la vérité. »

Comme certains romans, Les rêves ne vieillissent jamais. Notre mémoire fertile et joyeuse leur offre une lumineuse réception. Ce court et brillant petit livre est un album de souvenirs que Gérard Guégan feuillette pour nous et pour lui. Il y a les années politiques, les années cinématographiques, celles de d’éditeur et de l’écrivain observateur de l’Histoire et façonneur d’histoires, elles se croisent et se nourrissent tant cet homme, témoin d’un monde ancien, a vécu mille vies, mille rencontres et mille passions. Nous sommes à Marseille, où l’auteur est né et a fait ses premières armes d’amateur de cinématographe, terme préféré à celui de cinéphile, au ciné-club il croise Alexandre Astruc venu y présenter La Splendeur des Amberson, et se met en route une machine à admirer : Nicolas Ray, Richard Brooks – Plaidoyer en faveur du relatif, son cinéma était aussi le cinéma de l’éclatement des chairs et du naufrage des sentiments -, Robert Aldrich et Samuel Fuller, des cinéastes qui suscitaient à cette époque quelques amusantes passes d’arme dans les revues spécialisées, Les Cahiers du Cinéma et Positif.