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Les Livres

Le trimard, Jack London (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Le trimard, Jack London, trad. Marc Chénetier, dessins Simon Roussin, éd. Gallimard (Le sentiment géographique), 208 p., avril 2026, 22€ . Ecrivain(s): Jack London Edition: Gallimard


Journal d’un hobo

Jack London (1876-1916) livre dans ce roman, des souvenirs rétrospectifs qui lui sont chers, en l’occurrence celui d’un « trimardeur affamé » ; un hobo dont l’existence consiste à prendre des trains en marche « sans se briser le cou », et où « les très pauvres constituent la dernière ressource assurée du vagabond affamé ». Pour survivre, il faut mendier, et c’est tout un art, finalement, un art de la narration. Car c’est grâce aux mots que l’on obtient crédit et confiance. Comme un barde des temps anciens. Mais voilà, dans le Nouveau Monde, les arrêtés contre ceux qui ne travaillent pas, les nomades et les clochards, sont rigoureux. Le style littéraire du grand écrivain est proche de celui du road movie, du périple et de la cavale sur les routes de la Beat Generation de Jack Kerouac. L’on pense également à Henri Miller et au problème récurrent de la faim.

Tu as amené avec toi le vent, Natalia Garcia Freire (par Didier Smal)

, le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Christian Bourgois

Edition: Christian Bourgois


Voici un texte aussi dense qu’étrange, aussi évanescent par certains mots que nécessaire à relire, parfois pour les mêmes mots. Il est bref, pourtant, et est construit selon une méthode éprouvée : la polyphonie narrative, un même événement raconté selon divers points de vue – ici, si l’on s’en tient au nombre de chapitres, le titre de chacun étant un prénom, neuf. Neuf voix pour dire cet événement extraordinaire advenu à Cocuán, petit village sis en Équateur (du moins le suppose-t-on, faute d’indication claire, puisqu’il s’agit du pays d’origine de l’autrice, Natalia Garcia Freire) : une partie des villageois ont soudain quitté le village, nus, pour se rendre à proximité d’une grotte qui a tous les atours pour être l’un de ces orifices terrestres qui sont autant d’entrées vers les Enfers, peu importe le continent, peu importe la mythologie. À ceci près que les narrateurs changent de statut au fil des chapitres, certains mourant et rejoignant les nus, le dernier prenant la parole alors qu’on s’attendrait plutôt à son silence, à son absence de conscience, puisqu’il est l’idiot du village.

Les pas lents du poème, Ida Jaroschek (Par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 21 Mai 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Les pas lents du poème, Ida Jaroschek - Rafael de Surtis, 162 pages, 1er trimestre 2026, 19€

"J'attends

les pas lents du poème

les pas de qui arrive après la neige

Tant de larmes dans les herbes longues

couchées jaunes

Si je m'arrête sur le chemin des biches,

leur passage par grand froid rapproché des maisons

C'est que je connais ton secret

et que je dois te dire

l'eau, ses ruissellements

comme seule rumeur de forêt

survivance de la neige

Les Diaboliques, Jules Barbey d’Aurevilly (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 20 Mai 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Les Diaboliques, Jules Barbey d’Aurevilly, Le livre de poche . Ecrivain(s): Barbey d’Aurevilly Edition: Le Livre de Poche


« La Femme, ça n’existe pas ! » lançait Jacques Lacan un mardi de séminaire rue Saint-Jacques. Rien n’est moins sûr… Ou plutôt rien n’est plus évident et moins sûr. Aux femmes plurielles de la réalité, à la mère, à l’épouse, à l’amante, à la collègue de bureau, à la voisine, à celle qu’on aime, à celle qui nous encombre, s’ajoute, incontournable et entêtée, une LA-FEMME, l’Autre, celle que l’Occident a façonnée, fiction après fiction, image après image, mot après mot ; LA Femme imaginaire, tellement imaginaire qu’on ne peut la penser qu’en termes excessifs et violemment opposés, symétriques dans l’opposition, marquant ainsi l’immensité de l’abîme où s’engouffrent ses représentations.
Écrite, peinte ou chantée, elle est sans cesse « extrémisée », limite vivante de l’humain, archétype de l’Amour ou de la Haine, de la Grandeur d’âme ou de l’Ignominie, de la Beauté ou de la laideur. Ange ou Démon, la demi-teinte lui est interdite. Elle ne peut qu’être Tout pour n’être pas Rien.

Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres, Jean-Louis Coatrieux (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 20 Mai 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres, Jean-Louis Coatrieux, éd La Part Commune, 250p, 18€


Coatrieux et les nôtres

On chantonnerait bien le dernier titre de Jean-Louis Coatrieux avec le rythme et le phrasé de Marie Laforêt. Mais ça serait un peu léger, vaguement futile et si loin du texte !

Donc ce n’est pas Boris, Anton et moi mais Chloé, Anton, Tess, Luis… et les autres les héros du roman de l’auteur rennais publié à La Part Commune.

Un roman de Coatrieux est un roman à clefs.

Et on se sent bien peu serruriers, mal équipés, pas du tout prêts à rentrer dans sa Résidence d’auteurs, L’Archipel des mots, la belle enseigne !

Plus Archipel des morts que des mots à ceci près qu’une résidence d’auteurs coatrienne fait danser les temporalités et valser ensemble les vivants et les moins vivants : la littérature ouvre à l’éternité, n’est-ce pas ?