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Les Livres

Revue Apulée, n°11, Utopies en résistance, direction Hubert Haddad (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 02 Novembre 2026. , dans Les Livres, Revues, Zulma, Cette semaine

Revue Apulée, n°11, Utopies en résistance, direction Hubert Haddad, éd. Zulma, 215 p., 2026, 20€

 

Le projet de la nouvelle formule de la revue Apulée, que dirige Hubert Haddad, revient à explorer, en étoile, le thème de l’utopie, lequel est adossé au thème de la dystopie. Et c’est d’abord et avant tout une plongée littéraire, autant dans le langage que dans la manifestation politique, que dans la poésie et le militantisme. L’utopie ici s’ouvre sur le vivant, s’ouvre sur le rêve ou le cauchemar, sur des prospectives idéalistes ou concrètes, politiques ou intimes. C’est donc une observation des liens entre la pensée et son côté performatif, le langage et ses possibilités. Donc une lumière autant sur Thomas More que sur Aldous Huxley.

Apulée crée un espace langagier d’accueil et de perspectives. Et cela grâce aux focales (dont la liste ici n’est pas exhaustive car il y a beaucoup de chemins dans cet accueil), par exemple sur Nancy Cunard, Etgar Keret, George Orwell, le jardin Ficţinouă, sur l’Algérie ou la Nouvelle-Zélande, Leopoldo María Panero, le monde polaire. Nous avançons dans un monde peuplé de fantasmes et de beauté, de choses possibles et impossibles, dans la joie ou la peur.

Sur le droit chemin, Thierry Lévy (Par Frank Aïdan)

Ecrit par Frank Aïdan , le Lundi, 02 Novembre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, Essais, La Une CED, Plon, Cette semaine

Sur le droit chemin de Thierry Lévy - plon – 1989

 

C’était il y a longtemps en un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, en 1988 où le livre de Thierry Lévy, Le droit chemin, était alors en gestation. Et moi qui étais depuis juin 1987 le collaborateur de cet avocat alors très réputé, je lui demandais ce qu’il écrivait entre deux plaidoiries magistrales aux assises. Un roman comme La société des femmes récemment publié sous la houlette de Françoise Verny qu’il m’avait présentée en juin 87 au bar de l’hôtel Trianon à Paris ? Non. Alors un nouvel essai après L’animal judiciaire (1975), Le désir de punir (1979) et Le crime en toute humanité (1984) ? Non plus. Si je n’eus pas droit aux bonnes feuilles encore que je me penchais souvent par-dessus l’épaule de notre secrétaire astreinte à quelques heures supplémentaires, en revanche, l’auteur me réserva un exemplaire de la toute première fournée offerte par l’éditeur, en l’espèce Plon qui avait intégré l’ouvrage dans une collection innomée à couverture grise avec en accroche, une illustration donnant le la. Ici, pour indiquer « le droit chemin », l’auteur et son éditeur avaient choisi La parabole des aveugles d’après Peter Bruegel le Vieux (vers 1525) représentant six personnages frappés de cécité et cherchant sous nos yeux charitables à se frayer un chemin mais se cassant immanquablement la figure.

Rares ceux qui échappèrent à la guerre, Frédéric Paulin (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 02 Novembre 2026. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Folio (Gallimard), Cette semaine

Rares ceux qui échappèrent à la guerre, Frédéric Paulin – Folio roman noir - 430 p. – 9, 50 € Edition: Folio (Gallimard)


Paris 22 octobre 1983 - Alors que Philippe Kellerman, 53 ans, conseiller spécial pour les affaires libanaises, déjeune dans un restaurant de qualité avec sa fille, jeune étudiante. Que celle-ci, en proie à des états d’âme s’interroge sur la pertinence de s’établir en usine après ses études. Ce dernier ne se doute pas que le lendemain peu avant sept heures, pour la première fois depuis son jeune âge, en entendant la sonnerie du téléphone, il se coupera en se rasant ! Prémonition ? Fébrile, il décroche pour apprendre de la voix de François de Grossouvre, qu’un attentat a eu lieu à Beyrouth, le poste Drakkar a été touché, les victimes sont nombreuses et son fils Romain, jeune soldat, peut-être se trouve parmi elles.

On déplorera une soixantaine de morts dont le fils Kellerman. Le commandant Dix-neuf sera désigné comme chef militaire de la région et il commencera sa tâche par essayer de sauver les rescapés du carnage. Il faudra creuser, beaucoup creuser.

Soudain un bloc d’abîme, Sade, Annie Le Brun (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 15 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Folio (Gallimard), En Vitrine, Cette semaine

Soudain un bloc d’abîme, Sade, Annie Le Brun, Gallimard, coll. « Folio essais » (réédition), 2014, 352 pages, 10 euros Edition: Folio (Gallimard)


Soudain un bloc d’abîme, Sade est un livre magnifique. Et un livre déjà scandaleux à sa parution en 1985 puisque Annie Le Brun s’y propose non d’édulcorer Sade en désamorçant sa force destructrice mais d’éclairer cette force avec le plus d’exactitude possible. On aura compris que quarante ans plus tard le scandale de Soudain un bloc d’abîme s’est intensifié.

Le premier soin de l’essayiste, qui fut avant tout poète, est d’arracher Sade aussi bien à une institutionnalisation en cours (travaux universitaires ; entrée dans la Bibliothèque de la Pléiade …) qu’à des commentateurs trop zélés qui tous ont cherché à le ramener à eux en le désincarnant par exemple pour l’enfermer dans une « théorie textuelle » (on pensera à Blanchot et Barthes), alors que chez aucun autre auteur majeur peut-être vie et écriture, corps et pensée n’ont été aussi intimement liés, ou en masquant son athéisme radical et ses conséquences (on pensera à Bataille et Klossowski).

Les Saisons, Maurice Pons (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 14 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois, En Vitrine, Cette semaine

Les Saisons, Maurice Pons, Christian Bourgois, mars 2024, 272 pages, 8,50 € Edition: Titres (Christian Bourgois)

 

Un peu plus de soixante ans après sa parution initiale, Les Saisons de Maurice Pons continue à hanter la littérature francophone ; on se le passe, quasi sous le manteau, en douce, quasi comme un samizdat dont on ne confie un exemplaire que dans la certitude qu’il sera reçu à son exacte valeur. Pas un roman dont on peut faire sienne une ligne existentielle, encore que, mais un récit dont la langue, rude et exacte, à elle seule suffit à garantir l’élévation.

Pourtant, ce n’est rien de dire que Les Saisons est un récit aux mystères plus épais encore que ceux contenus dans certaines histoires racontées par Kadaré ou Buzzati : Pons excelle dans l’art du non-dit, de la non-explication, et en ce sens, on l’affilierait volontiers tant au récit symboliste qu’à une certaine science-fiction, un certain fantastique, ces façons de raconter en laissant en suspens le superflu pour se concentrer sur le présent. Ainsi, on peut imaginer un passé terrible au narrateur, Siméon, un enfermement lié à un régime autoritaire et cruel lié à une religion (il y a des « prêtres-supérieurs »), dont sa sœur a été victime aux cris de « Crucifixus ! Alleluia ! Eleison ! » Mais quoi d’autre ? Rien. Où, quand (on imagine un milieu de dix-neuvième siècle comme stupéfié, dû à la présence de douaniers), pourquoi, comment en a-t-il réchappé ? Rien. Normal : Siméon qui « se reconnaissait le droit de se considérer comme un écrivain, et d'autant qu'il n'avait jamais envisagé d'exercer un autre métier », même s’il croit dans le pouvoir des mots (« Je suis venu ici pour partager avec vous le pain des mots et le vin de la phrase. », dit-il aux douaniers) et désire écrire son histoire, ne le fera jamais – or, Pons a limité les perceptions et savoirs au présent de Siméon.