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Les Livres

Le Crâne de Sade – Jean-Claude Hauc (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 13 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Tinbad, Cette semaine

Le Crâne de Sade – Jean-Claude Hauc – Tinbad Roman – 17 euros – 158 p. – 24/09/26. Edition: Tinbad

 

« Le soleil s’était à présent couché et la pénombre envahissait l’appartement de Durcet. Repoussant son livre, il tourna son regard vers Sophie-Angélique en commençant à se frotter les tempes. Celle-ci ne put réprimer un sourire face à la comédie ordinaire de l’historien. La jeune femme rêvait parfois de l’entendre lui lancer un de ces « Troussez ! » énergiques par lesquels le libertin sadien invite sa proie à se dévêtir. »

Ce crâne de Sade que va rechercher l’historien Milan Durcet, va mettre le feu aux poudres, cette passion des traces et des restes de Sade enflammer ce roman explosif. Tout commence à Lacoste, à un trait de plume du fantôme du Château du Marquis, dans l’Espace Pierre Cardin, où Milan Durcet prononce une énième conférence sur Sade, quand dans le public, un homme bien curieux, à l’accent américain, lui demande où pouvait bien se trouver le crâne de Sade.

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 13 Octobre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

Sinfonia, La délivrante, Jean-Pierre Otte - - Éditions Douro, 108 pages, octobre 2026, 15 €

 

Voilà que l'aube pâlissait sur la chair de la nuit et que la clarté en croissance montrait sans ombre

le tout gâché et le tout saccagé, le monde naguère magnifique,

rendu à l'effroyable et à l'infamie.

Le monde immonde ainsi qu'une grande déchetterie où tous étaient en attente d'être recyclés,

tous récupérés et chacun privé de soi-même, entraîné au milieu de foules aliénées et aliénantes,

de courants contaminés et contaminants, qui se poursuivaient et se poursuivraient

sans relâche ni répit tant que tous

ne seraient pas pareils aux autres, les autres pareils à eux-mêmes au point de se méprendre dans les miroirs,

perdus de vue et perdus de vie, toute distinction supprimée, dignité dissolue

Aliène, Phoebe Hadjimarkos Clarke (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 12 Octobre 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Points, Cette semaine

Aliène, Phoebe Hadjimarkos Clarke, Éditions Seuil/Points, avril 2025, 240 pages, 8,40 € Edition: Points

 

À qui lui demande « c’est quoi ce prénom », Fauvel, le personnage-narrateur d’Aliène répond : « C’est moi qui me le suis choisi, j’aimais pas l’autre. » Cette réponse pourrait résumer la quête, car quête il y a au cœur du quatrième livre publié par Phoebe Hadjimarkos Clarke, celle d’une forme de libération de toute contrainte, de toute violence, intime ou sociétale. Mais que le lecteur se rassure : ici, aucune charge politique ou idéologique, sauf à considérer l’échange entre Fauvel et Luc relatif à la chasse (« elle se lance dans une longue tirade sur le patriarcat et sa culture de la violence, sur tous les animaux qu’on tue chaque jour ») et quelques remarques au passage sur Julien et sa culture de la violence ou une émission de télé-réalité survivaliste misant sur la division entre les participants. Mieux que ça : l’autrice montre une jeune femme en souffrance dans un monde qui ne l’est pas moins (un futur proche, juste déterminable par une phrase anodine en apparence : « Tous les marronniers de la France étaient morts l’été précédent à cause de la sécheresse. », un souvenir bien présent des Gilets jaunes, des manifestations à répétition dont l’une durant laquelle Fauvel perd un œil, ou du moins la vision de cet œil), fait clairement comprendre que Fauvel a subi une violence ultime (« laisser son corps à autrui, ne plus s’en soucier, éteindre le courant, éteindre son cerveau, tout éteindre pour un moment, c’est toujours mieux que de mourir »), mais ne s’étend pas sur le sujet.

Quelqu’un comme nous, Dinaw Mangestu (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 12 Octobre 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

Quelqu’un comme nous, Dinaw Mangestu, éd Albin Michel, 337 pp, 21€90

 

Labyrinthe tordant

Et si chaque exilé était un labyrinthe. Son incarnation.

Entrez dedans, fil d’Ariane d’écriture à tenir fin entre les doigts en lisant Quelqu’un comme nous de Dinaw Mengestu.

Chaque exil témoigne d’une force inouïe, d’une certaine mélancolie aussi bref d’une somme incalculable de romans à écrire.

L’auteur entre dans la Collection Terres d’Amériques aux éditions Albin Michel.

Né en Ethiopie, Dinaw Mangestu est un exilé. Et généralisons, donc exagérons, donc contrevéritons, l’exilé renouvelle tout, y compris la manière de voir, de se voir, d’écrire, de s’écrire.

Quelqu’un comme nous est donc ce labyrinthe incarné, vivant, dans le temps autant que dans l’espace.

La vérité et ses conséquences, Alison Lurie (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 08 Octobre 2026. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Rivages poche, Cette semaine

La vérité et ses conséquences, Alison Lurie, trad. Virginie Buhl, 320 p., 2026, éd. Rivages poche, 9,50 € Edition: Rivages poche

 

Le désenchantement et la désillusion ont remplacé une certaine insouciance et la vie facile des années 1960 du roman de jeunesse d’Alison Lurie (1926-2020), La ville de nulle part. La romancière américaine situe le récit de La vérité et ses conséquences dans le milieu universitaire. L’on retrouve au fil de sa plume, une critique acerbe du culte des apparences et de ses (funestes) conséquences.

Ici, Alan Mackenzie, spécialiste de renom de l’histoire de l’architecture, « expert mondialement reconnu », est rendu quasi invalide à cause d’un accident. Le corps de désir et de jeunesse s’est transformé en un corps blessé, un corps malade, handicapé. Jane, son épouse, ne reconnaît plus son « prince charmant ». Très occupée par sa mission à l’université, elle évite et évince toute discussion à propos du nouvel état d’infirme de son mari tout en s’occupant de lui comme une infirmière. Obligations qui lui pèsent peu à peu comme une corvée et une servitude. Ce que nous apprend Alison Lurie à propos du couple, c’est sa lente désagrégation jusqu’à la ruine.