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Les Livres

Ainsi parlait George Orwell (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 13 Mars 2026. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Anthologie, Arfuyen

Ainsi parlait George ORWELL - Dits et maximes de vie choisis et traduits de l'anglais par Thierry Gillybœuf - Édition bilingue - Arfuyen, 224 pages, janvier 2026, 15€

 

Qu'on ait lu "1984" et "La ferme des animaux" ou non, il faut réussir sa rencontre avec Orwell, et ce petit livre, je crois - formidablement bien fait, et particulièrement utile - le permet. Car il est lui-même vraiment réussi : traduction partout nette et accessible, excellente introduction car elle fait aimer ce qu'on va comprendre, et même la simple note biographique (qui accompagne classiquement chaque volume de cette collection) est ici forte et éclairante, car elle nous met tout de suite l'homme qu'on va lire en mains.

Lu, cet ouvrage forme et illustre l'idée suivante : Orwell est quelqu'un qui a eu l'idée à la fois logique et neuve - toute banale et pourtant toute géniale - de se servir de sa vie pour comprendre le monde. Ainsi, pour comprendre la condition réelle d'un deshérité à Paris ou à Londres, son choix (plusieurs mois de suite) d'y devenir vagabond. Ou un homme qui décide, pour saisir quel socialisme, à la fin des années trente européennes, jouait son va-tout pendant la guerre d'Espagne, d'y participer (y prenant d'ailleurs une balle dans la gorge pour prix d'y "respirer" mieux "l'air de l'égalité").

Ligne de risque – Éclats divins III (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 12 Mars 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Revues

 

Ligne de risque – Éclats divins III – Emmanuel Godo – François Meyronnis – Sandrick Le Maguer – Nicolas Machiavel – Numéro 5 – Nouvelle série – Novembre 2025 – 10 euros

Ton âme est un chemin – La vie spirituelle avec Dante – Emmanuel Godo – Artège – 320 p. – 18,90 euros – 18/09/24

« Ici on contemple l’art qui embellit / cette grande œuvre, et on distingue le bien / par quoi le monde céleste meut celui d’en bas. / Mais pour que soient comblés pour toi / tous les désirs qui sont nés dans cette sphère, / il me convient d’aller encore plus loin. / Tu veux savoir qui est dans cette lumière / qui scintille si fort à côté de moi, / comme rayon de soleil en eau pure. »

Dante Alighieri / Le Paradis / Chant IX / traduction Jacqueline Risset / Flammarion

Le nid, Shirley Jackson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 12 Mars 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Rivages

Le nid, Shirley Jackson, trad. De l’américain par Clément Martin, 320 p., éd. Rivages/Noir, 2026, 22€

 

Shirley Jackson, née le 14 décembre 1916 en Californie, est une pionnière du néo-gothique et du roman d’horreur moderne. Très vulnérable, elle subira de graves problèmes de santé, dus à des états dépressifs, des addictions et aux maltraitances de son mari, homme rétrograde et jaloux. Elle mourra prématurément à l’âge de 48 ans le 8 août 1965.

Shirley Jackson campe le portrait d’une jeune femme esseulée, migraineuse, vivant avec sa tante, employée d’un musée, sorte de nid archéologique, menacé de s’effondrer à cause du poids de ses collections, et du poids du passé. La jeune Elizabeth, mutique chez les amis de la famille, souffre d’une personnalité diffractée. De très beaux passages mentionnent son état : « Depuis sa place, Elizabeth voyait son image sur la surface lustrée du piano à queue, de brefs reflets de son visage dans la coupe de cristal pleine de fruits en cire et, lorsqu’elle bougeait la main, des éclats scintillants dans le miroir au cadre doré sur le manteau de la cheminée, dans les perles de verre sur l’abat-jour, sur les boutons de manchette de M. Arrow et sur le bocal peint et toujours rempli de dragées posé sur la table ». Au sein de ce décor douillet mais immuable, s’immiscent le trouble, le malaise dans un climat oppressif.

N’entre pas si vite dans cette nuit noire, António Lobo Antunes (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 11 Mars 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Points, En Vitrine, Cette semaine

N’entre pas si vite dans cette nuit noire (Não entres tão depressa nessa noite escurra, 2000), António Lobo Antunes. Points. 670 p. 8,50 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Points

António Lobo Antunes est mort. Il nous laisse un vide littéraire terrible.

Les vagues de la mémoire ne produisent pas un mouvement régulier, un flux soumis à une cadence métronomique. De la bonace apaisée des ports abrités aux vents et marées tempétueux des drames et douleurs, le rythme des souvenirs s’exprime dans un flux continu mais agité, variable, imprévisible. Flux et reflux s’y répondent, s’opposent, se contredisent, s’épousent.

La magie de la phrase d’Antunes est de coller comme une peau à cet apparent désordre qui cache une grammaire élaborée et implacable. Elle enroule le propos dans des méandres serrés et longs, traque le détail, laisse la porte ouverte au jaillissement inattendu, bégaye parfois, comme bégayent nos souvenirs quand on ne sait plus s’ils sont souvenirs ou fabrications imaginaires. La scansion antunésienne est calquée sur le flux des images qui font retour, en laissant place au faux souvenir, au produit du désir, aux interruptions soudaines, au doute, aux flashes visuels figés par le temps, aux parenthèses de rattrapage pour que rien ne reste sur le côté de la narration.

Le ciel a disparu, Alain Blottière (par Patrick Abraham)

, le Mardi, 10 Mars 2026. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Edition: Gallimard


Je n’entreprendrai pas de résumer le dernier roman d’Alain Blottière afin de laisser aux lecteurs le vif plaisir de la découverte tel que je l’ai l’éprouvé moi-même. Je me contenterai d’en éclairer l’intrigue avant d’établir des correspondances avec quelques-uns des livres précédents de l’auteur.

Le ciel a disparu est construit sur une double narration, la deuxième soulignée par l’italique. Le premier narrateur prend la parole en 2050 et revient sur des faits qui se sont déroulés vingt-quatre plus tôt, à partir de mai 2026, appartenant donc à son passé mais, pour nous, en février de cette même année, situés dans un futur proche.

Le premier narrateur a une quarantaine d’années en 2050. C’est un adolescent de quinze ans en 2026, vivant à Sifra, une oasis égyptienne, avec son grand-père adoptif, l’écrivain septuagénaire Ayann Ader. On aura deviné qu’Ayann Ader est le narrateur du récit enchâssé. Les fidèles de Blottière, à qui Ader ressemble par divers traits sans s’identifier à lui, songeront bien sûr à l’oasis de Siwa, qui joue dans sa vie un rôle si important.