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Les Livres

Léviathan, Julien Green (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 01 Octobre 2025. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche, En Vitrine

Léviathan, Julien Green, Le Livre de Poche, 2005, 344 pages Edition: Le Livre de Poche

 

Le morne ennui de la Province il y a un siècle est le décor des romans de Julien Green. Dans une topographie qui semble figée dans l’éternité, la petite ville bourgeoise, ses placettes, ses arbres ordonnés en triangle, la morosité tranquille de ses jours sans fin, ses habitants enfoncés dans des rituels immuables, Green déroule des histoires terribles, qui frisent les limites des comportements humains. Déjà Adrienne Mesurat nous avait conduits vers ces frontières où la raison vacille, où l’horreur fait surface. Mais avec Léviathan, Green franchit toutes les limites du cauchemar et, dans un cauchemar, tout est effroi, lieux sinistres, personnages monstrueux, événements terrifiants.

La fascination de Julien Green pour la topographie se retrouve dans son regard sur cette petite ville de Province. Tout y est lignes et angles, tout y est droites et coins.

Une année chez les Français, Fouad Laroui (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 30 Septembre 2025. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Pocket

Une année chez les Français, Fouad Laroui, Pocket (août 2011), 288 pages, 7,40 € Edition: Pocket

 

Edité initialement chez Julliard en 2010, ce roman de Fouad Laroui, évocation romancée et romanesque de sa scolarisation dans des établissements français du Maroc, a été accueilli à sa sortie comme se situant entre Le Petit Nicolas et Le Petit Chose.

L’action commence en 1969 lorsque le jeune berbère Mehdi, ayant obtenu grâce aux démarches insistantes et dûment motivées du directeur français de l’école locale, une bourse de l’Etat français, quitte Beni Mellal (Maroc) pour l’internat du prestigieux Lycée Lyautey, un des joyaux du réseau de l’enseignement français à l’étranger.

L’auteur a judicieusement et talentueusement fait le choix de la narration à focalisation interne. Ainsi le lecteur, tout comme l’auteur durant le temps de l’écriture, retrouvant l’innocence et la naïveté de sa propre enfance

Griffes 23 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Mardi, 30 Septembre 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

 

Greta et Marguerite, Kalindi Ramphul. 2025, Lattes, 360 p. 20,90 €

Conseillé par Biba, je n’ai pas pu résister. Une autrice photogénique influenceuse. Une couverture qui sentait l’été. Et voilà (en Français dans le texte). « Toutes les histoires ne sont pas des histoires d’amour » affichait le bandeau. Dommage, comme d’habitude il a menti sur le contenu. Même si ############# (Pas de spoiler !). Un roman plein de vie et de surprises qu’ils disaient. Alors il y a trois narratrices à la première personne. Dont une qui s’exprime à 15 ans d’écart. Et ces narratrices sont, tu vois, super-opposées, comme dans noire (ou presque) et blanche. Et stricte et fofolle. Et pas du même âge. Mais tout bien construit, avec des personnalités bien définies, un peu comme dans World of Warcraft. L’histoire ? Un peu le genre saga familiale, mais avec beaucoup moins de personnages que dans les vieux livres un peu poussiéreux. On a donc une hôtesse de l’air, un mari ophtalmo, qui a une femme et une fille. Une rencontre bien sûr, et puis l’inconstant rencontre son destin un jour de tempête et les laisse seules.

Les Tribulations d’un chercheur en littérature, Vincent Laisney (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 29 Septembre 2025. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Les Tribulations d’un chercheur en littérature, Vincent Laisney, La fabrique des Souvenirs, Paris, CNRS Éditions, 2025, 356 pages, 25 €.

 

Comme l’écrit dans sa préface Marie-Ève Thérenty, professeur à l’université de Montpellier, qui dirige également la collection où ce volume est accueilli (on comprend dès le départ qu’on est dans un confortable entre-soi), le livre que Vincent Laisney a fait paraître sous un titre un peu étrange possède au moins deux niveaux de lecture.

Le premier est celui d’un ouvrage universitaire comme il s’en publie chaque année des centaines et qui forment ce qu’on appelle de manière peu aimable mais nullement injuste la « littérature grise », que seules achètent en général les bibliothèques universitaires (nous sommes donc en face d’un système fermé sur lui-même). Les trente pages de bibliographie témoignent du sérieux de la recherche. Vincent Laisney s’est attaché à explorer et à cartographier un territoire méconnu, celui d’une sous-catégorie des mémoires appelée « souvenirs littéraires » (ceux de Maxime Du Camp, qui portent précisément ce titre, sont parmi les plus connus ou les moins oubliés).

Sagesse, Paul Verlaine, illustrations Maurice Denis (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 29 Septembre 2025. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Sagesse, Paul Verlaine, illustrations Maurice Denis, bois gravés, Beltrand, fac-similé, dossier par Jean-Nicolas Illouz, Clémence Gaboriau, éd. Gallimard, 176p., 2025, 35 €

 

Recherche de Dieu, recherche de formes

 

J’ai abordé le fac-similé de 1911, de Sagesse de Paul Verlaine illustré par le peintre Nabi Maurice Denis, avec simplicité. J’ai été un lecteur simple mais exigeant. J’y ai vu dès lors, une tentative de recherche de Dieu, cohabitant avec une recherche de formes. Que cela soit les xylographies de Maurice Denis, ou les sonnets de Verlaine, tout m’a confiné à une idée mystique, une idée de révélation spirituelle, à la fois sous la gouge de Denis qui nous porte vers une croyance articulée par l’église, et celle d’un choc de connaissance proche de Angèle de Foligno (plutôt d’ailleurs que de Maître Eckhart), confession poétique du poète messin. Peut-être l’iconographie du peintre Nabi est-elle en contradiction avec l’entreprise de révélation mystique du poète messin, car ce sont deux ordres de croyances distincts : la mystique et la pratique religieuses.