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Les Livres

L’année des nuages, Lilyane Beauquel (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

L’année des nuages, février 2019, 162 pages, 16 € . Ecrivain(s): Lilyane Beauquel Edition: Gallimard

 

Le roman commence par la fin. Le corps d’un jeune homme tué par un véhicule est découvert dans les fourrés. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire qui reste ouverte, et qui tisse plusieurs vies jeunes et moins jeunes à Montpellier et en Syrie.

D’abord le couple Chloé et Adam. Moins de vingt ans d’âge. Étudiants en médecine. Couple ? Façon de parler ou de les voir de loin puisqu’ils vivent ensemble. Chloé veut aimer, faire l’amour ; Adam se refuse, est obsédé par Nora, premier et unique amour abandonné, laissé en quittant la Syrie – le contexte est bien celui de la guerre qui ravage ce pays « où a commencé l’art de cultiver les épis de blé et de les multiplier ». Obsédé semble un mot faible pour dire l’état d’esprit d’Adam. Il voit, sent, devine Nora partout et tout le temps ; au point d’être involontairement mais très clairement cruel.

« A travers le vêtement de nuit, il aperçoit son sexe mais ce sont les hanches de Nora qu’il voudrait tenir. La voix de Chloé n’a pas le cristal de celle de Nora, les aréoles de ses seins sont roses, celles de Nora sont brunes. Chloé est jolie, il l’a vue porter des meubles, courir au même rythme que lui, cette fille ne devrait pas souffrir de l’indifférence d’un garçon, pourtant il est ce garçon ».

Persévérance du fait juif Une théorie politique de la survie, Danny Trom (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Persévérance du fait juif Une théorie politique de la survie, Danny Trom, Seuil/Gallimard, coll. Hautes Études, juin 2018, 492 pages, 28 €

 

Le livre de Danny Trom – un grand livre – se propose de répondre à une question à la fois simple et dérangeante : pourquoi y a-t-il encore des Juifs ? Comment se fait-il que ce peuple très ancien, aussi ancien que les Chinois, existe encore ? À propos de la longue obstination déployée pour faire disparaître les tribus indiennes des Andes, Jean Raspail notait : « Un tel acharnement impressionne. Il n’a de comparable que celui qui accabla les Juifs tout au long de leur histoire, survivants du déluge, hommes d’avant les hommes, eux aussi » (La Hache des steppes, Via Romana, 2016, p.223). De grands empires s’y sont essayé : l’Égypte, Rome, l’Église constantinienne (de façon schizophrène, car son fondateur et ses premiers disciples étaient Juifs), le IIIe Empire germanique et, actuellement, tout ce que le monde arabo-musulman compte de fanatiques (le réservoir est apparemment inépuisable). Mais ce sont ces empires qui ont disparu ou sont en voie de disparition. Une explication évidente (mais est-elle aussi évidente que cela et ne serait-elle pas plutôt un refus d’explication ?) consisterait à invoquer la protection divine.

Le Paradis à reconquérir, Henry David Thoreau (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le Paradis à reconquérir, Henry David Thoreau, Le Mot et le Reste, juin 2019, 96 pages, 3 €

 

Moderne postmodernité

C’est à une certaine expérience de lecture que nous convie ce petit livre de Thoreau que publient les éditions Le Mot et le Reste. Intéressante expérience dans la mesure où cet ouvrage nous permet d’étendre notre connaissance du philosophe et poète américain. Intéressante aussi car le livre est un texte qui sert un texte, dernier texte lui-même qui lui aussi augmente en valeur un autre livre. Ainsi, nous avons là une préface à un livre qui s’inspire de la philosophie de Charles Fourier. Cette littérature à étage nous fournit un Thoreau jeune et altier, écrivain qui pressent peut-être son utopie, et son livre Walden. Donc, j’ai vu ici une sorte de proposition visionnaire, le travail d’approche à la fois de la lecture – de ce livre de J.A. Etzler que préface Thoreau – et de l’écriture – car l’auteur américain semble essayer sa langue, chercher sa matière.

Romans et récits I, II, Romain Gary en La Pléiade (par Yann Suty)

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 02 Juillet 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Récits, La Pléiade Gallimard

Romans et récits I, II, mai 2019, édition publiée sous la direction de Mireille Sacotte, Coffret de deux volumes, 3264 pages, 129 € jusqu’au 31 décembre 2019 . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: La Pléiade Gallimard

 

Romain Gary dans le « saint des saints littéraires ». Le romancier entre dans la collection La Pléiade, avec à la clef deux volumes réunissant des romans et des récits, ainsi qu’un album. Enfin pourrait-on dire, près de quarante ans après sa mort. S’il a fallu tant de temps (en tout cas plus qu’à d’autres), c’est parce que l’écrivain a longtemps été jugé comme trop « populaire » par certains « gardiens du temple ». Son style a aussi été décrié et jugé pas assez « écrit ». Sa vie a pu aussi pu le desservir, tant elle a été auscultée, au détriment de son œuvre.

Il n’est pas forcément question de « justice » que Romain Gary intègre la prestigieuse collection de Gallimard, mais, on peut raisonnablement affirmer qu’il ne fera pas tache parmi les autres auteurs imprimés sur papier Bible. Et, clin d’œil de l’histoire, l’ancien compagnon de la Libération ne sera sans doute pas mécontent de voisiner, alphabet oblige, avec Charles de Gaulle.

Journal de voyage, Albert Einstein (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mardi, 02 Juillet 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Journal de voyage, Albert Einstein, Rivages, mai 2019, 182 pages, 18 €

 

Après des conférences en Europe et une tournée aux États-Unis, Einstein est invité au Japon. Il embarque à Marseille avec Elsa, sa seconde femme, pour un voyage de près de six mois (du 7 octobre 1922 au 15 mars 1923). Port-Saïd, Colombo, Singapour, Hong Kong et Shanghai sont sur sa route, avant d’atteindre l’archipel nippon. Au retour, Jérusalem et la Palestine et, pour finir, l’Espagne.

Journal de voyage… le titre fait rêver. Il faut toutefois prendre ce livre pour ce qu’il est : un ramassis de notes prises au fil des jours et rédigées en style télégraphique : « Belle vue sur le Stromboli. Dix-huit heures, Naples. Nuages gris sur le Vésuve, ciel couvert ». Çà et là, quelques croquis et des détails pour le moins intimes (« inflammation de l’intestin avec d’horribles hémorroïdes », par exemple) qui prouvent le caractère strictement privé du journal. Écrites par quelqu’un de moins célèbre, ces notes n’auraient jamais été exhumées. Et pourtant, malgré ça, elles nous font approcher l’homme dans son quotidien. Un quotidien bousculé par la célébrité : Einstein déchaîne les passions. Au fil de ce journal, on mesure la renommée du savant. Renommée qui s’accroît au cours du voyage : « La nouvelle selon laquelle on me décernait le prix Nobel m’est parvenue par télégraphe à bord du Kitano Maru, peu avant mon arrivée au Japon ».