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Les Chroniques

Commémoration du centenaire de l’armistice du 11 Novembre 1918 Russes et marocains au secours des français (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Vendredi, 07 Décembre 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

A l’occasion de la commémoration du centenaire de l’armistice du 11 Novembre 1918à Paris, Vladimir Poutine, en escapade de la messe officielle, a déposé une gerbe, sous pluie battante, sur le monument en hommage au corps expéditionnaire russe de quarante mille hommes, engagés aux côtés des français pendant la Première Guerre mondiale. Noires limousines et rouges églantines sur statue de bronze. Contrairement à la grande kermesse de l’Arc de Triomphe, la cérémonie sur berges de Seine se déroule dans une étonnante intimité. Le secteur est largement isolé et sécurisé. Ne se profilent sous les arbres qu’uniformes sombres et gendarmes en surnombre. La discrétion des autorités françaises n’est pas anodine. Cette histoire singulière concerne des soldats inclassables, irrécupérables, qui se distinguent autant par leur bravoure sur les champs de bataille que par leur refus des horreurs de la mitraille (Héros et mutins Les soldats russes sur le front français 1916-1918, Eric Deroo, Gérard Gorokhoff,  Gallimard, 2010). (La Révolte des soldats russes en France, Rémi Adam, éditions Les Bons caractères, 2007).

Au secret de la source et de la foudre, Georges-Emmanuel Clancier (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 05 Décembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Au secret de la source et de la foudre, Georges-Emmanuel Clancier, Gallimard, novembre 2018, 64 pages, 12 €

 

Le poème-action

Ce qui est déterminant à la lecture du recueil posthume du poète limousin Georges-Emmanuel Clancier, c’est le caractère ancré, ancré dans un temps historique et dans le temps quotidien dans lesquels se déroule l’aventure humaine de ce poète qui a traversé la totalité du vingtième siècle jusqu’à aborder le vingt-et-unième ; et cela avec l’esprit toujours clair, clair au point de revisiter sa propre poésie à cinquante ans de distance. Je dis temps, mais je devrais ajouter espace, topologie, topographie des poèmes écrits dans les années 60-70, qui vont toujours vers l’être et vers le sud – comme si Georges-Emmanuel Clancier faisait sienne la définition de Bonnefoy pour qui la poésie était temps d’été, de lumière. En ce sens le poète ici est éloigné du pays de sa naissance, le Limousin, pays plus froid et plus capiteux, où se jette le tourment des forêts, des ruisseaux vifs et des ciels quasi de montagne, au profit de la blancheur éclatante du soleil et de la Méditerranée.

Soumission, de Michel Houellebecq (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 04 Décembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Soumission, Michel Houellebecq, J'ai Lu

 

Méfions-nous des littéralistes, c’est toujours ceux-là qui brûlent les livres.

« C’est pas le moment de chroniquer Houellebecq » nous dit Christine Angot qui a adressé son « merde à celui qui le lira » à la sortie du roman. Ainsi, ce serait un roman qui salit, pas loin d’un outrage à la morale publique. On songe à l’époque où l’on condamnait les poètes maudits et à Baudelaire qui n’avait pas peur de dire : « dans ce livre atroce, j’ai mis toute ma haine ».

Alors, pourquoi nous asséner cette conception moralisatrice de la littérature ? Houellebecq serait amoral et dénué de toute humanité, ne se soumettrait pas aux normes littéraires ? Les prudes critiques s’offusquent qu’on parle de l’affaissement des chairs (en parfaite résonance pourtant avec l’avachissement de la culture occidentale que Houellebecq aime tant décrire) et de « sécheresse vaginale » (la belle affaire).

Le Temps de l’art, Anthropologie de la création des Modernes, Michel Guérin (par Pierre Windecker)

Ecrit par Pierre Windecker , le Mardi, 27 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le Temps de l’art, Anthropologie de la création des Modernes, Michel Guérin, Actes Sud, octobre 2018, 432 pages, 27 €

Le titre indique simplement : Le Temps de l’art. Le sous-titre commente, il devance et récapitule : Anthropologie de la création des Modernes. Pour saisir toute la portée du livre, il est bon de le lire en faisant jouer à fond cette ambiguïté, en faisant vibrer cet accord, très légèrement dissonant, qu’il ménage en ouverture.

Ce que Le Temps de l’art prend pour cible de son enquête, c’est le destin historique de « l’art », celui qui va du Grand Art de la Renaissance florentine aux productions artistiques de notre époque, celle qui se désigne généralement comme « postmoderne ». Entendons-nous : ce livre n’est pas du tout un « livre d’histoire ». Il ne cherche pas à construire, pour nous la livrer, une narration continue qui articulerait ses questions à partir d’une chronologie unique. Son propos est de rendre intelligible un mouvement, un devenir, qui nous apparaît aussi fatal (nécessaire) que déconcertant. Il l’appréhende toujours sous des angles multiples, pour faire apparaître leur unité, en s’attardant électivement sur les moments de bascule ou de glissement. Il s’agit d’expliquer beaucoup de choses en effet, dont l’« évidence » ne nous éclaire ni sur leur nécessité, ni sur leurs rapports.

L’Anneau de Chillida, Marilyne Bertoncini (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 26 Novembre 2018. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

L’Anneau de Chillida, Marilyne Bertoncini, L’Atelier du Grand Tétras, mai 2018, 80 pages, 12 €

 

Traces

Le dernier livre de Marilyne Bertoncini pose une question fondamentale, au moins pour ceux qui réfléchissent sur les conditions de l’énoncé. Du reste, plus ma lecture avançait, plus je me questionnais sur le statut du langage. Or, ce statut a un rôle ambigu, à la fois de faire voir la réalité et de faire réalité en soi, par sa propre existence. Et ce recueil à mon sens interroge avec une certaine grâce le positionnement de l’écriture devant le réel. Car ici, on voit distinctement un voyage en chemin de fer, une maison où roule la lumière, des pays et des paysages du sud de l’Europe, et pour finir ou presque, l’intellection de l’auteure sur la genèse, une genèse qui s’équilibre sur l’Éden et le péché originel.

Et tout cela m’est apparu dès le titre de la première partie du livre, Le Tombeau des Danaïdes, qui sonne évidemment comme « le tonneau des Danaïdes ». Dès lors, j’ai pu commencer ma lecture sachant l’impossible blessure et le soin par là-même, d’être touché par le langage, par le trop-plein de la langue, la sorte d’eau continuellement impossible à contenir et ainsi renouveler l’effort d’exprimer jusqu’à la mort, jusqu’au tombeau, la condition d’être-là, en somme dire le Dasein.