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La Une CED

Ekphrasis - à propos de Rembrandt, Jean Genet

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 01 Décembre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

Rembrandt, Jean Genet, Gallimard, novembre 2016, 80 pages, 12 €

 

Et s’étant levé de fort bonne heure, il prit ses deux femmes et leurs deux servantes, avec ses onze fils, et passa le gué de Jacob. Après avoir fait passer tout ce qui était à lui, Il demeura seul en ce lieu-là. Et il parut en même temps un homme qui lutta contre lui jusqu’au matin. Cet homme, voyant qu’il ne pouvait le surmonter, lui toucha le nerf de la cuisse, qui se sécha aussitôt. Et lui dit : laissez-moi aller, car l’aurore commence déjà à paraître. Jacob lui répondit : Je ne vous laisserai point aller que vous ne m’ayez béni. Cet homme lui demanda : Comment vous appelez-vous ? Il lui répondit : Je m’appelle Jacob. Et le même homme ajouta : On ne vous nommera plus à l’avenir Jacob, mais Israël ; car si vous avez été fort contre Dieu, combien le serez-vous davantage contre les hommes ? Jacob lui fit ensuite cette demande : Dites-moi, je vous prie, comment vous vous appelez. Il lui répondit : Pourquoi demandez-vous mon nom ? Et il le bénit en ce même lieu-là, en disant : J’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée. Aussitôt qu’il eut passé ce lieu, qu’il venait de nommer Phanuel, il vit le soleil qui se levait ; mais il se trouva boiteux d’une jambe. C’est pour cette raison que, jusqu’aujourd’hui, les enfants d’Israël ne mangent point du nerf des bêtes, se souvenant de celui qui fut touché en la cuisse de Jacob, et qui demeura sans mouvement (chapitre XXXII, 22-32, La Bible).

Mère (12), par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 01 Décembre 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Elle volait n’importe quoi, surtout au Prisunic et aux Galeries Lafayette. Des parfums, des broches, des parapluies. Mon père est venu deux fois au poste de police. Très en colère.

C’était une famille unie qu’elle a sciemment désunie.

Regarde.

Des bestioles rouges ?

J’ai compris.

L’abus des médicaments n’est pas neutre, et ça a des conséquences.

Boire. Je veux boire.

Le vieillard et le premier cahier, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mercredi, 30 Novembre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

« … Le pays se déchire comme un vieux journal. Je regarde et je tente de rassembler les morceaux pour comprendre, mais je n’y arrive pas ! La météo se mêle au blé, un général parle pendant qu’on distribue des logements, une réforme est annoncée alors que la pluie n’est pas tombée. C’est chacun dans son coin. Comme s’il ne restait du lien du sang que les martyrs d’autrefois. C’est épars, dans le vent mais sans le sens. Comme mon corps : je sais que je glisse vers la tombe en froissant ma peau par la vieillesse, mais le monde m’apparaît comme un jeu de cartes éparpillées. Il y a sûrement une règle de jeu. Mais je l’ai oubliée à la naissance, je crois. Comme tout le monde.

C’est alors qu’on me sort une chaise et qu’on me met au soleil vers 11h dans la petite cour de la maison au village. C’est un moment de bonheur que de sentir le soleil et de regarder les avions minuscules quand ils passent dans le ciel bleu et tracent un trait de fumée blanche. J’imagine les vies dedans, leurs buts laborieux, tout le tintamarre des préoccupations et des peurs, la galaxie des objets qu’on a tous dans la tête et les poches et les sacs et qui nous suivent et nourrissent leur nécessité de nos désirs.

Dit de lieux-dits (IV), par Clément G. Second

Ecrit par Clément G. Second , le Mardi, 29 Novembre 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Lieux-disants, ces lieux-dits.

Nommés qui nomment.

Éponymes de domaines seconds.

Quoique non reconnus, saupoudrés au passage sur des cartes trop précises.

------------------------------------------------------------REPENNON

------------------------MÉZANCENY

----GARDINIÈRES

------------------------------------SAINT-AMAURY-DE-LANDRES

------------------------------LORINQUET

----------HENNEBRON

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------ARCAN

--------------------------------------------------------------RESSONGE

--------------------------------------------------------------------------------------------------------ORLAMPE

------------------------------------------------------------------MÉLICARDE

A propos de Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 28 Novembre 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala, éd. La Maison brûlée, novembre 2016, 136 pages, 15 €

 

 

Au risque de répéter ce qui a été dit déjà au sujet de la forme très originale et particulière du théâtre de Catherine Gil Alcala, il faut se faire à l’idée qu’il y a là un style d’auteur, et un vrai monde. Ce monde est fait de la concaténation de différents éléments, qui prennent source dès la liste des personnages (un peu à la manière de Novarina) et d’ailleurs avec le tout premier d’entre eux : Zoartoïste, c’est-à-dire un enchâssement de noms et d’épithètes tels que Zoroastre, toïste, artiste, le Tao, l’art, Zarathoustra. Et c’est bien ce qui surgit à la lecture, ce mélange, cette saturation, le caractère protéiforme d’un univers théâtral à part entière. Là encore, pour cette pièce qui s’organise en 15 scènes (15 miroirs), l’on est tout devant une sorte d’autoportrait de la dramaturge, une sorte de monologue à plusieurs voix qui nous sature d’informations et d’images, qui explose en quelque sorte dans un style foisonnant et divers.