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La Une CED

Journal d’un dernier francophone imaginaire, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 05 Avril 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

« Je voulais te parler, cher Astérix, de ta langue et t’expliquer qu’elle a une histoire clandestine que tu ne connais pas, et des enfants nègres, mais je ne peux pas le faire sans parler de moi et de ce que j’ai découvert lorsque tu es parti avant ma naissance, en me laissant une poignée de lettres dans la bouche et un tas de livres et de cimetières. On parle souvent de ta langue chez nous, mais les gens qui la parlent sont de plus en plus rares. Comme les vignobles qui s’agrippent après le départ des Français. Ils meurent, se dispersent, s’en vont. Un de mes amis me dit un jour qu’ils ont sur le visage le générique de fin de film. Le problème et le drame c’est que, comme moi, ils n’y ont même pas joué. On les reconnaît facilement à la façon qu’ont leurs lèvres de rester serrées sur les mots : on dirait des nageurs las, qui gardent leur bouche juste à la ligne de flottaison, au-dessus d’eaux étrangères. Ou à leur manière de promener leurs bulles individuelles comme les autres promènent leurs turbans cachés. On sent le francophone chez nous de très loin et, cette odeur, mon Dieu, que de fois j’ai essayé de la cacher ! Les mots, Cher De Gaulle, ont une odeur je te le jure. Parfois des parfums, mais rarement. Chez nous, on sent le francophone. C’est tout.

Je Tu mon AlterEgoïste (extrait 1), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 04 Avril 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Le téléphone dort de son sommeil de solitude et de silence

Chaque jour entier est une aube qui te rappelle

dans les eaux troubles de l’oubli la fable du soleil

Réseaux infinis de sable et de sel

résonnant dans le clair bruissement des algues

allongées sur la grève

L’absence caresse le vide de sombres errances

Avortées trop d’esquisses s’achèvent

dans le frêle esquif du rêve

Le remugle des nuits remue

sa bauge de fausses promesses

Chant, par Alix Lerman Enriquez

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 04 Avril 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Chant

 

Je chante sous mon platane préféré

l’écho répété d’un poème

qui hurle l’aube et puis l’aurore,

qui hurle les fractures

de mes rêves délaissés.

 

Je chante, alouette oubliée,

la nostalgie d’un pays

où le soleil se levait rose

sur les branches de l’arbre,

De plus en plumes (1), par Joelle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Mercredi, 30 Mars 2016. , dans La Une CED, Ecriture, Nouvelles

 

- 1 –

Les oiseaux ne se cachent plus pour mourir

 

Quand les premiers oiseaux commencèrent à tomber, personne ne s'y attendait.
Que faire pour exorciser la chose, sinon vaquer ?
Mélanie Chantelle, stylo en main, fit après plusieurs hésitations le choix de l'élégance via une lettre manuscrite pour clore une histoire d'amour devenue boulet. Albert ne lui était plus rien depuis bien avant qu'elle s'en rendît compte. Longtemps, le charme titillant de son absence de cheveux, comme son prénom désuet  prononcé dans la pénombre sous l'effet de caresses peu imaginatives, mais à tout le moins efficaces, l'avaient contentée.
Jusqu'à ce jour de lucidité où elle croisa le nouveau voisin auréolé de boucles et dont le prénom branché s'affichait en cursives sur la boîte aux lettres : Jérémie Larcher.

Sur l’infiltré de la Havane de Nikos Maurice

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mardi, 29 Mars 2016. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

« Les livres ne sont pas faits pour être crus, mais pour être soumis à l’examen. Devant un livre, nous ne devons pas nous demander ce qu’il dit mais ce qu’il veut dire », écrivait Umberto Eco. Pour certains, rares il est vrai, qui résonnent en nous, nous font grandir et voyager dans ce que l’homme a de plus universel, la tâche est facile et magnifique. Mais pour la majorité d’entre eux, qu’est-ce que ce livre m’a apporté est la seule question qui demeure, une fois la dernière page tournée. Le rôle de lecteur se cantonne alors à celui de spectateur. C’est le cas, du moins pour moi, de L’infiltré de la Havane, de Nikos Maurice.

Même si l’auteur semble s’être bien documenté sur les derniers mois de Batista et la montée en puissance de Castro, exposant les dissensions existant entre les différents courants politiques opposés au dictateur, l’ingérence américaine dans le business, le renseignement, avec en filigrane l’avortement et la déstabilisation de la révolution castriste, nous baladant dans l’ambiance futile et insouciante des touristes et de la haute et moyenne bourgeoisie cubaine, de maisons feutrées en d’hôtels de luxe et en casinos, où se croisent prostituées et mafieux (représenté ici par Meyer Lansky), où se négocient tous les trafics, le blanchiment d’argent et les trahisons en tous genres, l’exercice reste très intellectuel.