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Les Livres

Billy le menteur, Keith Waterhouse (par Fedwa Bouzit)

Ecrit par Fedwa Ghanima Bouzit , le Jeudi, 07 Mars 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Editions du Typhon

Billy le menteur, Keith Waterhouse, janvier 2019, trad. anglais Jacqueline Le Begnec, 239 pages, 17 €

 

Billy le menteur de Keith Waterhouse m’a réellement surprise. Le titre simplet pourrait laisser suggérer une histoire banale, voire un roman jeunesse. Mais dès les premières pages, on se rend compte qu’il s’agit en fait d’un récit sombre, servi d’un humour désespéré et drôlement addictif. Publié d’abord en 1960, Billy le menteur est un roman culte au Royaume-Uni. La plume de Keith Waterhouse s’inscrit dans une vague littéraire des années cinquante apparue dans le nord du pays, et que la critique avait désignée de « jeunes hommes en colère ».

On a bien l’impression d’avoir affaire à un jeune homme en colère avec Billy Fisher, le personnage principal. Mais on ne saurait le réduire à cette couche primaire, qui n’est probablement que le symptôme d’un malaise plus complexe. Billy Fisher habite la ville fictive de Stradhoughton, dans le Yorkshire. Au seuil de l’âge adulte, il habite chez ses parents avec lesquels il se chamaille tous les jours, il travaille dans une compagnie des pompes funèbres où il passe le plus clair de son temps à composer des poèmes satiriques, et en fin de journée il courtise des femmes qui toutes l’irritent d’une façon ou d’une autre : Barbara avec ses manières prudes et sa manie de manger des oranges à longueur de journée, Rita avec son langage ordurier et Liz avec ses vêtements froissés et poussiéreux.

Vesoul, le 7 janvier 2015, Quentin Mouron (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 06 Mars 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Olivier Morattel éditeur

Vesoul, le 7 janvier 2015, janvier 2019, 120 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Quentin Mouron Edition: Olivier Morattel éditeur

 

« Le picaro est cadre, homme d’affaire, plasticien, écrivain. Il n’a ni attache, ni patrie ; il ne reconnaît aucune frontière, aucune religion. Il est planétaire. Il saute les méridiens. Il glisse autour du globe. Son visage est jeune, lisse, pur ; sans échancrures ethniques, sans miasmes historiques. C’est un ange. Mon maître dans son Audi, me semblait un ange ».

Vesoul, le 7 janvier 2015, nous plonge dans l’histoire ubuesque d’un cadre supérieur adepte de grosses cylindrées, de manifestations culturelles, du jazz, d’alcools forts, de la gymnastique traditionnelle chinoise, de bars sympas, de plans cools et de spots de princes. Le narrateur qui fait du stop va tomber sur ce personnage issu de romans picaresques, un futé bien affuté que rien n’effraie. Comme Don Quichotte et Sancho dans La Mancha, ils vont tourner en rond dans Vesoul. D’une escale très arrosée au vin d’Arbois dans une gargote délabrée occupée par une douzaine de silhouettes ployées sur les godets à l’Hivernale des Poètes, le narrateur passe à la moulinette les comportements et la novlangue de ces artistes, plus ridicules les uns que les autres, et persuadés que La poésie rend libre. Nos aventuriers vont alors traverser le Tunnel des citations, où des centaines d’extraits de poèmes, de romans ou d’essais, sont mutilés de mots et de phrases qui n’ont plus leur place dans ce nouveau monde.

La vérité sur “Dix petits nègres”, Pierre Bayard (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 06 Mars 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Les éditions de Minuit

La vérité sur “Dix petits nègres”, janvier 2019, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Ligne à ligne, chapitre après chapitre, Pierre Bayard décortique l’un des chefs-d’œuvre de la littérature policière, Dix petits nègres, rédigé par l’un des maîtres du genre, Agatha Christie, en revenant sur la solution trouvée par l’auteure – et acceptée sans broncher par tous les lecteurs depuis la parution du livre en 1939 – et en proposant une nouvelle interprétation et un nouveau meurtrier.

Ce n’est pas son premier essai. Bayard s’est déjà penché sur d’autres textes d’Agatha Christie ou de sir Arthur Conan Doyle qui représentent des prouesses en matière de roman policier, comme Le meurtre de Roger Ackroyd, où le récit en « je » est narré par le criminel, sans qu’on connaisse avant la fin sa responsabilité dans les assassinats, ou encore Le chien des Baskerville, dans lequel un chien monstrueux est le supposé auteur de meurtres familiaux sur la lande anglaise.

Le « délire d’interprétation » est ici porté à son comble puisque Bayard, sans réécrire le roman, en propose, par le truchement de son « nouveau » criminel, une relecture correctrice que la plasticité de la fiction autorise. Bayard se glisse dans les interstices de la diégèse, explore les zones d’ombre de la narration et modifie la donne ou plutôt les relations de causalité qui mènent à la culpabilité du personnage, en choisissant un coupable différent de celui de l’auteur d’origine, et en justifiant ce choix.

Cent voyages, Saïdeh Pakravan (par Fawaz Hussain)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 06 Mars 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Belfond

Cent voyages, Saïdeh Pakravan, Belfond, janvier 2019, 216 pages, 17 €

 

L’errance de Garance

Garance, la narratrice, n’est pas contente de son prénom ; elle trouve qu’il rime trop avec « garce » et avec « rance ». De père iranien et de mère française née dans une campagne riveraine de la Loire, elle se veut parisienne jusqu’au bout des ongles. Elle prend le patronyme maternel afin d’éviter la catastrophe consistant à passer pour Mlle Irani et à se faire prêter des goûts et des mœurs pas trop catholiques. Elle vient de passer trois ans en Iran, la patrie paternelle. À son grand bonheur, sa mère lui demande de regagner le 16e arrondissement, l’avenue de Versailles plus précisément, pour assister aux funérailles de son grand-père maternel. De retour donc dans une ville sur laquelle elle ne tarit pas d’éloges, elle n’est que trop heureuse de laisser derrière elle Téhéran, « cette vilaine capitale » et ses habitants qu’elle ne comprend pas. « Je ne me sentais pas d’affinités avec les Iraniens, pas d’appartenance à leur culture. (…). Je les oubliai sitôt rentrée à Paris, dont je m’étais crue détachée et dont je me retrouvais plus éprise que jamais ».

Requiem pour Gaza, Collectif (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 06 Mars 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Requiem pour Gaza, Collectif, Color gang édition, coll. Urgences, 2018, préface Adonis, 120 pages, 13 €

 

Gaza

Pour chroniquer ce livre, proche peut-être de l’esprit d’une revue, qui émane de divers poètes et créateurs sur le thème des événements du 30 mars au 20 août 2018 en Palestine, il faut que j’écrive un incipit. Les propos de l’ouvrage, qui mettent en lumière le malheur historique et humain que traversent les habitants de la bande de Gaza – aux mains du Hamas – reprennent un point de vue : celui de ceux qui souffrent. Un regard en surplomb doit permettre de comprendre la complexité du rapport de Gaza au monde et du monde à Gaza. Et j’écris cela pour faire valoir une certaine prudence à l’endroit du conflit israélo-palestinien, qui m’occupe depuis très longtemps, en tout cas depuis l’adolescence – et j’avoue que la guerre du Liban faisait aussi partie de mes préoccupations politiques de l’époque. Cependant, il est heureux de voir combien cette problématique touchant le monde occidental et oriental, pose en même temps la question de la fonction de l’écriture comme témoignage.