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Les Livres

Black Sunday, Tola Rotimi Abraham (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 08 Octobre 2021. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Roman, Autrement

Black Sunday, Tola Rotimi Abraham, août 2021, trad. anglais (nigérian) Karine Lalechère 330 pages, 21,90 € Edition: Autrement

 

La situation initiale : une famille bourgeoise, financièrement aisée, à Lagos, avec un mode de vie à l’occidentale. La mère est l’une des trois assistantes personnelles du Ministre du Pétrole. Le père, plus ou moins imprimeur, profite de la position officielle de son épouse pour décrocher à gauche et à droite des contrats d’imprimerie. Quatre enfants : les jumelles Bibike et Ariyike, âgées de dix ans au début du roman, et leurs petits frères Peter et Andrew. Un personnage tutélaire et totémique : la grand-mère paternelle, de condition fort modeste, attachée aux traditions de son ethnie d’origine, celle des Yorubas.

L’événement perturbateur : le Ministre du Pétrole est limogé du jour au lendemain pour avoir accordé une concession d’exploitation pétrolière à une compagnie israélienne. Il entraîne dans sa disgrâce tous ses collaborateurs. La mère, entraînée dans la charrette, en est réduite à donner des cours de dactylo et le père n’a plus aucun contrat.

Un petit geste, Jacqueline Woodson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 08 Octobre 2021. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse

Un petit geste, Jacqueline Woodson, éditions D’Eux, août 2021, Ill. Earl Bradley Lewis, trad. Christiane Duchesne, 32 pages, 15 €

 

Enfance troublée

Le nouvel album des éditions D’Eux vient de paraître, intitulé Un petit geste, et destiné aux enfants dès l’âge de 5 ans. Ce livre jeunesse grandement imagé, aux dimensions de 23x21 cm et de 32 pages, est adressé au personnel et aux ami(e)s de l’école Haddonfield Friends, une école quaker à Camden, New Jersey. Jacqueline Woodson, l’auteure, née en 1963 à Columbus, Ohio, est une femme de lettres afro-américaine. En 2018, elle reçoit le prix commémoratif Astrid-Lindgren, et en 2020, elle est à nouveau sélectionnée pour le Prix international danois Hans-Christian-Andersen, dont elle avait été finaliste en 2016. Earl Bradley Lewis, artiste afro-américain lui aussi, né en 1956, à Philadelphie, Pennsylvanie, a illustré plus de 70 livres pour enfants. Ayant été honoré de plusieurs prix, en 2003 nombre de ses aquarelles originales ont été acquises par The Kerlan Collection à l’Université de Minnesota.

Insula Bartleby, Serge Airoldi (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 07 Octobre 2021. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Editions Louise Bottu

Insula Bartleby, Serge Airoldi, juillet 2021, 120 pages, 14 € Edition: Editions Louise Bottu

 

« Toute la vie n’est qu’île. Insula. Un univers en réduction, un microcosme en mer. L’ambivalence de croire à la fermeté du sol quand tout n’est qu’eau fugace tout autour. Encerclante. Dangereuse. Mortifère. Mertifère ».

« La révolte de Bartleby est une música callada ou bien une soledad sonora, dans quelque nuit obscure jamais apaisée où ne vient aucun détachement, aucune illumination. La révolte de Bartleby ne sert à rien qu’à sa fin même ».

Insula Bartleby est un vibrant et pétillant hommage au roman d’Herman Melville. Un hommage construit comme un puzzle littéraire, où le lecteur croise citations et réflexions, traductions, et impressions de l’auteur sur ce livre étrange, qu’il n’a plus qu’à assembler pour voir apparaître un heureux petit roman tout aussi étrange que celui qui l’a inspiré.

Mes Arabes, Un chant d’amour postcolonial, Olivier Rachet (par Philippe Thireau)

, le Jeudi, 07 Octobre 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Tinbad

. Ecrivain(s): Olivier Rachet Edition: Tinbad

Arabe, « celui qui vit sous la tente ». Dans cet espace clos, bercé par le vent, un monde est né.

Il n’est qu’un dieu, Allah. Ainsi le nomment les chrétiens d’Orient, les Palestiniens épousant le catholicisme. Ainsi l’appellent les musulmans. C’est en Palestine justement, à Bethléem, que l’auteur, en une église au soir de la Nativité, fut pris d’un sentiment de consternation et d’ivresse en entendant prononcer le nom d’Allah et d’un irrépressible désir conjoint de se livrer à tous les mâles assemblés, en martyr d’une cause vénale, « la malédiction d’aimer les hommes ».

Mes Arabes est un hymne à cette malédiction, à la fois abaissement et transcendance. On ne peut oublier Pasolini au passage. Il est présent, à peine évoqué, silhouette tragique, magique. La pertinence du rapprochement me semble avérée par cette phrase extraite d’une interview de PPP donnée à Furio Colombo, quelques heures avant sa mort à Fiumicino en 1975 : « J’ai la nostalgie des gens pauvres et vrais ». Le corps de Pasolini était le pays des gens pauvres et vrais ; ceux-là même qui pour seule arme disposaient d’une barre de fer pour l’abattre. Les intellectuels italiens l’ont-ils compris ? Rachet fait corps, lui, avec la communauté arabo-musulmane et la masse des refoulés d’hier et d’aujourd’hui.

Enfant de salaud, Sorj Chalandon (par Mélanie Talcott)

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mercredi, 06 Octobre 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Enfant de salaud, août 2021, 336 pages, 20,90 € . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset


« Si tu doutes de tes pouvoirs, tu donnes du pouvoir à tes doutes, et si tu ne connais pas tes blessures, tu leur donnes ton pouvoir. Si quelqu’un me guérit et me retire mon mal, j’entends aussi qu’il me hisse au niveau de conscience que j’aurais atteint si j’avais moi-même résolu ce que ce mal devait m’apprendre. S’il me laisse dans le même état de conscience après m’avoir retiré mon mal, il me vole l’outil de ma croissance que peut être cette maladie » (Taisha Abelar, Le Passage des sorciers)

Il y a des blessures intimes qui ne cicatrisent jamais. On a beau les enfouir dans un oubli mémoriel, conscient ou non, leur dénier l’évidence de nous avoir construit et nourri en nous une faiblesse passive, voire destructrice, ou au contraire un formidable appétit de vivre, elles continuent de suppurer sans jamais que l’on puisse se défaire de leur attrait méphitique. On y revient sans cesse, poussé par le besoin de comprendre ce qui échappe justement à notre compréhension et nous semble pour cela inacceptable. Ces fantômes que nous avons aimés, avant peut-être de les mépriser, voire de les haïr, hantent nos cimetières intimes.