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Les Livres

Le Jour où Vicky Dillon Billon n’a pas bu son bol de lait, Véronique Seydoux, Hélène Georges (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 19 Août 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Le Rouergue

Le Jour où Vicky Dillon Billon n’a pas bu son bol de lait, Véronique Seydoux, Hélène Georges, mars 2022, 48 pages, 16,80 € Edition: Le Rouergue

La petite fille rebelle de l’Ouest sauvage

Le duo formé par Véronique Seydoux la scénariste, née en 1965, enseignante à Belfort et Hélène Georges, l’illustratrice, née en 1978 à Remiremont, formée aux Arts Décoratifs de Strasbourg, livre ce splendide ouvrage jeunesse consacré à l’Ouest américain, au titre qui interroge : Le Jour où Vicky Dillon Billon n’a pas bu son bol de lait. La couverture cartonnée révèle une vision westernienne, celle d’une fillette chevauchant un mustang bleu dans un fond rose et désert. De plus, Vicky Dillon Billon porte un drôle de nom (Dillon est une ville américaine située dans le comté de Summit dans le Colorado, et le billon, un alliage de cuivre, de zinc et d’argent). Vicky est une dynamique jeune africaine-américaine, vêtue comme sa mère d’un habit de cow-boy, coiffée d’un sombrero et chaussée de santiags. Elle se montre désobéissante, refuse de boire son lait et casse son bol. Disputée par sa mère, elle pique une colère si forte que ses nattes volent au vent. Elle se transforme alors en une petite fille rebelle de l’Ouest sauvage, elle-même alliage d’une métisse et d’un cow-boy sans peur et sans reproche.

Règles de la vie quotidienne, Louis Lavelle (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 19 Août 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, Essais, La Une CED, Arfuyen

Règles de la vie quotidienne, Louis Lavelle, éd. Arfuyen, 2004, Préface, Jean-Louis Vieillard-Baron, 151 pages, 15 €

 

« Faute de pouvoir se donner à eux-mêmes le bonheur, les hommes finissent par faire des objets de gloire du malheur et du trouble qui les accable : mais s’ils haïssent ceux qui ont cessé de les ressentir, ils méprisent ceux qui comme eux y sont encore plongés. Ils n’en reçoivent aucune consolation, tandis que le bonheur des autres est pour eux un reproche de tous les instants » (chap.19).

Le philosophe Louis Lavelle (1883-1951) avait laissé dans ses papiers un formidable et éclairant inédit, publié pour la première fois chez Arfuyen en 2004, puis 2010, à nouveau disponible en 2022. Le ton et le contenu du court extrait qui précède fustige, comme on le voit, un peu prophétiquement la communauté d’envie, de déploration et de ressentiment dans laquelle nous nous enlisons fièrement. Mais dénoncer n’est pas le fort de ce penseur, qui s’abstient précisément d’ajouter ainsi à la misère psycho-culturelle dont son petit livre souhaite, au contraire, nous extraire et au fond, nous sauver !

Essais, Marcel Proust en La Pléiade (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 18 Août 2022. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, La Pléiade Gallimard

Essais, Marcel Proust, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade (édition dirigée par Antoine Compagnon, Christophe Pradeau, Matthieu Vernet), avril 2022, 2064 pages, 69 € jusqu’au 31/10/2022, puis 75 € . Ecrivain(s): Marcel Proust Edition: La Pléiade Gallimard

 

« Et les ouvrages d’un grand écrivain sont le seul dictionnaire où l’on puisse contrôler avec certitude le sens des expressions qu’il emploie ».

En marge des « Mélanges »

« La couleur que je préfère – La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.

L’oiseau que je préfère – L’hirondelle »

Marcel Proust par lui-même (1893 ?)

Mais que faisait Marcel Proust, avant qu’il ne se lance dans l’édification d’À la Recherche du temps perdu, cette cathédrale du Temps romanesque ? Il écrivait, il ne cessait d’écrire ! Ce volume de la Bibliothèque de la Pléiade nous offre ses écrits, ses essais, ses courts articles, qui vont d’une façon plus ou moins secrètes irriguer son grand livre.

Terres voraces, Sylvain Estibal (par Olivier Verdun)

Ecrit par Olivier Verdun , le Jeudi, 18 Août 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud

Terres voraces, Sylvain Estibal, février 2022, 176 pages, 16,80 € Edition: Actes Sud

 

Je viens de refermer ce livre d’une noirceur incandescente. Les mots lacèrent la page, sondent « l’ampleur des fissures invisibles », des « séismes silencieux ». Un long voyage parmi les ombres, au milieu des fosses et de leur affreux silence, avec, au bout de la nuit, des points de lumière. Dans ce monde de lésions, d’entailles, de mépris où l’amour étouffe en silence, les tiges métalliques affrontent l’injustice, percent le sol pour faire respirer les morts engloutis par les terres voraces. – Terres de douleurs et de cris, perdues dans l’immensité de l’absence. Les mots qu’on lit sont des lambeaux de chair découpés au scalpel, qui forment une « grammaire des suppliciés ». Un monde très vaste avec sa « géographie, ses vastes étendues, ses reliefs et ses tracés », fait de « marbrures de sang », de « marques azurées », de « lacérations », de « brûlures », d’« épanchements liquidiens », de « perforations », de « dislocations ». Les corps écorchés, torturés, triturés, disloqués, rappellent les momies grimaçantes de Guanajuato, les tableaux de Grünewald, Francis Bacon, Vladimir Velickovic… L’horreur est comme magnifiée par la beauté incantatoire des phrases, elles-mêmes fragmentées pour être au plus près de la douleur.

L’Invention du Diable, Hubert Haddad (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 17 Août 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Zulma

L’Invention du Diable, Hubert Haddad, Zulma, août 2022, 314 pages, 21,70 € . Ecrivain(s): Hubert Haddad Edition: Zulma

 

Hubert Haddad n’aura jamais fini de nous émerveiller. On le sait grand styliste et on le sait métamorphique dans son écriture. Ce roman est un des moments marquants de ces métamorphoses. Il enfourche ici – et ce n’est pas seulement une métaphore car ce roman regorge de cavalcades – la langue de la Renaissance, un peu précieuse, dynamique, profondément poétique pour nous conter la geste baroque de Papillon de Lasphrise à travers temps, champs, villes et moult aventures réjouissantes.

Il faut dire que ses premiers pas en ce monde furent, pour le moins, erratiques et dangereux. Condamné à la naissance par la médecine charlatane de son temps, Papillon fait ainsi connaissance avec la plus fidèle des compagnes des hommes, la plus obstinée, la mort. Et c’est probablement ainsi qu’il devint… immortel. La mort, première ennemie des hommes, celle qui élimine alors la plus large part des enfants qui naissent, machine cynique qui ne rend de comptes à personne, miséreux ou puissant, et joue aux dés la vie des hommes.