Identification

Les Livres

Les enfants martyrs de Riaumont, Ixchel Delaporte (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 31 Mai 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, La Brune (Le Rouergue), Histoire

Les enfants martyrs de Riaumont, Ixchel Delaporte, Le Rouergue, La Brune, mars 2022, 373 pages, 22 €


De temps à autre, les colonnes des magazines, ou les sujets d’actu télévisuels éclairent ce qu’on nomme presque pudiquement « un scandale d’enfants abusés » dans le sport, l’enseignement, l’enfer du privé des familles d’accueil, les colonies de vacances… Le mot enfant qu’on voudrait tant associer au bonheur et à la sécurité, semblant aller aussi, depuis le fond des temps, de pair avec l’abus et le malheur. Presque aussi répugnants que les faits eux-mêmes, le déni, le refus d’assumer des agresseurs, et, non moins terribles, les diverses façons des institutions de « couvrir » les accusés ou de passer le tout à l’éteignoir… Qui d’entre nous n’a encore en fraîche mémoire – faits tonitruants toujours en cours judiciaire – les si nombreux enfants abusés par des prêtres catholiques et la difficile acceptation des crimes par la hiérarchie d’une Église aux abois.

Le Temps des secrets, Marcel Pagnol (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 30 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Le Temps des secrets, Marcel Pagnol, mars 2022, 264 pages, 8 € Edition: Grasset

 

Trente-deux ans après qu’Yves Robert a adapté au cinéma La Gloire de mon père (1957) et Le Château de ma mère (1958), c’est Christophe Barratier, le réalisateur des Choristes, qui adapte Le Temps des secrets (1960), le troisième volet des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Certes, Le Temps des secrets et Le Temps des amours avaient fait l’objet d’une adaptation télévisuelle en 2007, mais la sortie sur grand écran est une belle occasion pour Grasset pour rééditer ce troisième volet dans une belle petite édition de poche agrémentée d’un cahier de photos du film – qui, ainsi que la bande-annonce, incitent à se dire qu’il s’agit d’une belle ode ensoleillée à une Provence et une enfance désormais révolues. Certains hurleront à la nostalgie, voire verront dans ce film des intentions fâcheuses, comme à chaque fois que le vrai en nous est célébré autrement que par le laid – laissons hurler les loups, et replongeons-nous dans Le Temps des secrets (avant d’aller le voir au cinéma avec des enfants dont l’âge oscille entre celui de Petit Pierre et celui du jeune Marcel, de Lili, son ami provençal, et d’Isabelle, celle avec qui il découvrira qu’aimer, c’est intense).

La Pensée de Carl Schmitt (1888-1985), David Cumin (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 30 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, L'Harmattan

La Pensée de Carl Schmitt (1888-1985), David Cumin, décembre 2021, 1020 pages, 2 volumes, 45 €, 42 € Edition: L'Harmattan

 

Dans un volume hommage à George Steiner (Avec George Steiner, Les chemins de la culture, Albin-Michel, 2010, p.96), Jeffrey Mehlman a raconté comment, en 1979, le philosophe et talmudiste Jacob Taubes (1923-1987), fils du grand-rabbin de Zurich, passa les fêtes du Nouvel An juif en compagnie d’un antisémite notoire, qui « était, hélas, le grand penseur politique du XXe siècle ». Comme avec le fameux « Victor Hugo, hélas ! » de Gide, tout est dans l’interjection.

À l’instar de Heidegger, avec qui il possède plus d’un point commun (entre autres le goût de la poésie – il fut fasciné par l’immense épopée de Theodor Däubler, Nordlicht, qu’il qualifiait de « grand cours d’eau qui emporte tout sur son passage : du limon, des troncs d’arbres, des chats crevés, mais aussi des pépites d’or », propos cité par Nicolaus Sombart, Chronique d’une jeunesse berlinoise, trad. O. Mannoni, Quai Voltaire, 1992, p.308), Carl Schmitt – c’est de lui qu’il s’agissait – se tient à la limite entre canonisation et exécration.

Par la vaste mer, Andrés Sánchez Robayna (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 30 Mai 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Par la vaste mer, Andrés Sánchez Robayna, éditions Le Taillis Pré, janvier 2022, trad. espagnol, Claude Le Bigot, 113 pages, 15 €

 

Poésie et réalité

Dès le premier poème du recueil d’Andrés Sánchez Robayna, on comprend immédiatement où se trouve le propos du livre : garder la réalité sous le manteau de la langue. Rien de simple néanmoins, car au contraire la gageure de cette écriture fait apparaître un répertoire presque abstrait, des thèmes éternels donc archétypaux, de la mer, de la montagne, de la maison et du ciel. C’est ici la difficulté : parler haut d’éléments sans aspérité.

Et par ce procédé, celui de l’essence, vient jouer le désir, et particulièrement le désir amoureux (qui semble avoir été une alarme, une secousse pour l’auteur). Car pour le poète le poème est un calque, l’écriture un principe mimétique, le regard une pellicule que l’on retire des choses. Le poème est « prise de guerre », il règne sur l’image, il saisit de la vibration naturelle de l’univers (et le désir en est l’aiguille principale), où le poème retrouve son essence de suspens, d’empreinte, de confinement dans un monde plus suffocant, plus profond, une sorte de passage dans les abysses secrètes de l’art.

Un Oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischke (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 25 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Un Oiseau blanc dans le blizzard, Laura Kasischke, avril 2022, trad. anglais (USA) Anne Wicke, 362 pages, 8,70 €

 

Autant préciser de suite : ce roman ne mérite en rien les critiques élogieuses qui ont incité à l’ouvrir et à en lire péniblement les cent premières pages, puis à vagabonder au fil des suivantes dans l’espoir vain d’y trouver un peu de lumière. Pire encore : le fait que ce roman ait reçu pareil accueil critique est inquiétant, car cela en dit long sur l’époque, sur sa délectation pour le laid, son goût immodéré pour la fange (quand bien même ornée de quelques tournures lexicales poétisantes), sa tendance à confondre l’asservissement au sordide cantonné au niveau du fait divers avec l’élégance de certains auteurs d’antan qui surent sublimer le fait divers, et un jour il est à espérer que cette époque sera jugée comme telle, un jour où l’élégance, tant du style que du propos, sera enfin attendue et reconnue.

Reprenons. Un Oiseau blanc dans le blizzard est la narration par Kat, seize ans, de la vie dans une banlieue huppée quelconque sise dans l’Ohio, narration provoquée par la disparition soudaine de sa mère – dont, on l’écrit afin d’éviter tout suspense inutile, le corps sera retrouvé en fin de roman, dans le réfrigérateur familial.