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Les Chroniques

L’Arabe poussé à être kamikaze ou à n'être rien, par Kamel Daoud

Ecrit par Kamel Daoud , le Vendredi, 14 Avril 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Finalement le choix de la « rue arabe », ce long boulevard des pas perdus, est terrible : retour hystérique aux « Allah Ouakbar » rageurs ou silencieuse analyse des impuissances en cascade depuis la Nebka et jusqu’à la pendaison de Saddam. C’est-à-dire soit la barbe, soit la télécommande. Et ce fragile équilibre policier que les régimes arabes ont cru un moment avoir réussi en verrouillant les expressions et en assimilant les islamistes soft, ce fragile équilibre vient de « casser » pour imposer ce que l’on redoute le plus dans la planète d’Allah : le retour du politique malgré les polices et les bureaucraties. Pour cette fois-ci, les assassins d’Israël ont réussi à saper ce que ces mêmes régimes ont mis des années à construire : le statu quo entre eux et les islamistes, en évacuant les démocrates et tous ceux qui en appellent à la démocratie. Encore une fois, c’est la radicalisation qui nous reste pour exprimer les colères, et les courants forts islamistes doivent aujourd’hui jubiler, qu’ont réussi à leur offrir les opinions arabes sur un plateau, là où on le leur a refusé par les urnes et les partis traditionnels.

L’amie prodigieuse, Elena Ferrante, par Sana Guessous

Ecrit par Sana Guessous , le Jeudi, 13 Avril 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

 

Deux gamines en haillons. Un quartier patibulaire de Naples. Des gens affreux, sales et méchants, qui se menacent en dialecte rocailleux. L’horizon plus gris que la tôle ondulant au-dessus des têtes. La violence qui explose à chaque pas de travers et ravage les gueules éperdues.

Dans ce champ de mines gambadent Lina et Lenu. L’une est intrépide, l’autre timorée. Lina est un astre, un monstre, Lenu est l’ombre qui la suit partout.

Je les regarde pousser dans les pavés d’Elena Ferrante. Herbes folles dressées à la face d’un monde lugubre, herbes folles éreintées par la vie. Elles se dressent, s’écroulent et se redressent. Sorcières échevelées, cornues, puissantes, sorcières crépitantes qui se rient du brasier.

Hommage à Hubert Lucot, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 08 Avril 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Il a fallu que le temps fasse son ouvrage pour que je puisse rendre hommage à Hubert Lucot. En effet, comment rendre compte, avec une certaine distance, de cette rencontre qui a été marquée du sceau de la connivence mais m’a aussi poussée à me poser des questions sur ce que fut cette relation si étonnante que je me garderai bien de qualifier ?

J’ai entendu Hubert Lucot pour la première fois à Cerisy lors du colloque sur l’autofiction où, le vendredi 29 juillet 2008, il fit une communication intitulée Je est un ogre. Sur l’estrade, un homme très grand, une carrure de rugbyman. Il était très impressionnant. Il a parlé de son écriture. Dans ses récits, il souhaitait mettre en valeur des « éclats mosaïques de la mémoire », « des surgissements fugaces », avec une obsession réaliste. Il n’est pas indifférent à la marche du monde. Il parle de sa « colère politique ». Il précise bien que ses textes n’ont rien de spontané. C’est un maniaque du mot juste. Il retravaille chaque phrase au niveau des couleurs, des silences, de la musique. Tout son travail de réécriture consiste « à retirer ». En fait, il est « un dévorateur de vie ». Il aime la flânerie, la bonne nourriture et tous les plaisirs de l’existence.

Mondes parallèles, Imbert, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 05 Avril 2017. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Mondes parallèles, Imbert (Nouvelles), 7 écrit, Éditions Paris, 2017, 284 pages, 24 €

(www.imprimerieclip.fr / contact@imprimerieclip.fr)

 

L’Œil de la mouche

 

« Chez nous, ce conflit s’était soldé par la défaite totale de la tradition et la généralisation planétaire de l’homme minimum. Un homme réduit à ses capacités de consommation. Un homme ayant la capacité de tout faire et aucune vraie raison de faire quoi que ce soit », Imbert (Raskar)

Péguy internel, Didier Bazy (par Michel Host)

, le Mardi, 28 Mars 2017. , dans Les Chroniques, La Une CED

« C’est la tiédeur, la faveur, la quiétude et la moiteur des complaisances qui est pernicieuse. »

« Il faut se méfier de ceux qui ont couché avec tout le monde. »

« L’humanité n’est pas faite afin de réaliser le socialisme, c’est nous au contraire qui faisons le socialisme afin de réaliser l’humanité. »

Charles Péguy

 

Éternité de Péguy

 

En nous livrant un Péguy « internel », Didier Bazy fait œuvre de salubrité publique. S’il est (et « il est » bel et bien !) un écrivain qui jamais parla vrai, non dans des langages hérités, cousus Sorbonne, made in presbytère, estampillés pensée dominante ou catéchisme politique, ce fut et reste Charles Péguy, né en 1873, tombé le 5 septembre 1914, à Villeroy (*) d’une balle reçue en plein front, alors qu’il chargeait l’adversaire à la tête de son bataillon. Son langage était une parole, non pas prêcheuse, ou teintée d’un patriotisme de circonstance, mais la sienne, rien que la sienne. Quoi de plus efficace qu’une balle ou un éclat d’obus pour éteindre une parole… Mais la vérité, portée par les mots et la beauté de la langue, est une eau sans cesse résurgente, à travers les espaces et les temps.