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Les Livres

Lettre à Louis Calaferte, Valérie Rossignol (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Mars 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Lettre à Louis Calaferte, Valérie Rossignol, éditions Tarabuste, janvier 2019, 84 pages, 11 €

 

Relation à l’inconnu

Ce joli livre de chez Tarabuste, de la collection Brèves Rencontres, m’a permis de suivre un exercice d’admiration très bien construit et m’a fait éprouver du plaisir. En effet, Valérie Rossignol se livre dans cet opuscule à une mise en relation/mise en scène de son rapport avec l’écrivain Louis Calaferte sous la forme de quatre lettres et de quelques citations des ouvrages de l’auteur – ce fils d’immigré italien, né à Turin. Il y a donc ici la rencontre d’une lectrice féministe et d’un auteur qui bat en brèche les doctrines de genre, et ainsi présente par un effet de miroir l’opinion de V. Rossignol qui, en tant que femme, verse dans une étude critique des lois machistes, et là-dedans de certaines pages rudes de Calaferte. J’ai dit exercice d’admiration, mais le vrai mot serait peut-être à trouver dans l’univers des thèses féministes qui viendrait chercher chez Calaferte les grands types de discours d’asservissement de la femme, et aussi et en même temps un parcours sensible d’une femme qui aime l’œuvre qu’elle lit.

Oyana, Eric Plamondon (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 15 Mars 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

Oyana, mars 2019, 152 pages, 16 € . Ecrivain(s): Éric Plamondon Edition: Quidam Editeur

 

« Depuis une époque de ma vie, le mode du secret s’est imposé. Cela s’est fait sans que ce soit un choix. Alors ce que tu vas lire sera douloureux, comme il est douloureux pour moi de l’écrire. Tu vas découvrir la face cachée de celle avec qui tu vis depuis des années, qui en a été aussi heureuse que parfois dépitée. La vie a décidé que je devais faire face à mes fantômes ».

Trois lettres nomment les fantômes d’Oyana : ETA, Euskadi Ta Askatasuna, Pays basque et liberté. Trois lettres qui ont hanté l’Espagne et par rebond la France de 1959 au 3 mai 2018, date de la dissolution de l’organisation terroriste basque. Fantômes enfouis, qui vont ressurgir lorsque Oyana lit dans un journal de Montréal l’annonce de la disparition de l’organisation clandestine. Fantôme de son père, de l’attentat le 20 décembre 1973 contre Carrero Blanco, le bras droit de Franco, qui de toute évidence devait lui succéder, assassiné dans l’attentat le plus spectaculaire organisé par ETA. Fantômes de cette mère et de son enfant, victimes involontaires d’un attentat de l’ETA qui visait des policiers à Saint-Sébastien en Espagne, Oyana était du commando.

Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne, Raphaël Stevens (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 15 Mars 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Seuil

Comment tout peut s’effondrer, Postface Yves Cochet, 300 pages, 19 € . Ecrivain(s): Pablo Servigne, Raphaël Stevens Edition: Seuil

 

Comment tout peut s’effondrer… La forme est affirmative, et sous-entend à la fois l’hypothèse par l’emploi du verbe modal, et la possibilité paradoxale que la probabilité est réelle…

Tout l’intérêt de l’ouvrage est là. Toute la portée de ce titre apparaît en lettres de feu à mesure que la lecture progresse. Analysons chacune de ses quatre unités lexicales.

« peut »

Le titre est annonciateur d’une « possible réelle » catastrophe. Mais attention ! Nous ne sommes pas dans le domaine de la science fiction. Allons plus loin : arrivés au bout du livre, nous pouvons ôter à l’expression « science fiction » son second terme. Nous sommes bien, sans équivoque, dans le champ scientifique.

Ce qui conduit à un paradoxe remarquable : les auteurs exposent la catastrophe… sans faire de catastrophisme. L’exposé est fondé sur la confrontation, l’analyse et la synthèse de cinquante années de données scientifiques analysant l’évolution conjointe et simultanée des sociétés humaines sur la planète et de la planète sous influence des sociétés humaines.

Celui qui disait non, Adeline Baldacchino (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 15 Mars 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Celui qui disait non, Adeline Baldacchino, Fayard, janvier 2018, 264 pages, 18 €

 

 

C’est à coup sûr une photographie qui mérite de prendre place parmi les dix clichés les plus fameux du XXe siècle. Elle est pourtant méconnue, bien que facilement accessible sur le réseau Internet (tapez « August Landmesser » dans votre moteur de recherches favori, en mode « images »).

Un des charmes (ou des défauts) de la photographie argentique, par rapport à son équivalent numérique, est que le résultat ne se laisse pas voir tout de suite. Il faut passer par une série compliquée (et en général automatisée) de manipulations physico-chimiques qui prend quelques jours ou, au mieux, quelques heures. Il arrive cependant que la révélation de certaines photographies soit durablement ajournée, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la chimie. Il en est allé ainsi du cliché qui a fourni au livre d’Adeline Baldacchino son point de départ.

Un Blanc, Mika Biermann (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 14 Mars 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Un Blanc, éditions Anacharsis, Coll. Griffe n°13 Fictions, janvier 2019, 156 pages, 9 € . Ecrivain(s): Mika Biermann

 

Ce petit roman est une confiserie glacée, une récréation divine. Sa lecture est jalonnée de crises de fou-rire inextinguibles, et d’émerveillement devant des paysages aussi splendides que frigorifiques.

Dès les premières pages, on est avertis : ce roman n’est pas un roman, c’est un récit de voyage. Enfin, c’est ce que prétend l’auteur du livre qui aurait découvert les carnets de bord de Hog Patier, cuisinier à bord de l’Astrofant, bateau parti en expédition dans l’Antarctique dans les derniers jours de l’an de l’an 2000, donc du XXème siècle. L’auteur prétend encore que son rôle s’est limité à mettre en ordre ces notes et les corriger. Tant d’ardeur dans la Verneinung (non, c’est pas moi !) nous glisse – on se demande bien pourquoi – un sérieux doute.

Commence alors, « racontée » par des membres de l’équipage, l’aventure polaire : Adolfin Smitt (Chef de l’expédition), Hog Patier (cuisinier), Arg Chant (premier officier).