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Les Chroniques

L’Atelier de Philippe Desomberg, Carnets, Serge Meurant (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 30 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

L’Atelier de Philippe Desomberg, Carnets, Serge Meurant, éditions Amis de l’École des Arts, ASBL, 2019

 

Le poème, le corps, la sculpture

Avant d’en venir au contenu du livre lui-même, il faut décrire rapidement ce qu’il est comme objet. C’est un ouvrage au tirage limité, et qui est si je puis dire, un livre cru, dans le sens où il est juste broché, n’hésitant pas à rendre la reliure apparente, le tout imprimé sur un beau papier Conqueror vergé crème, au tirage limité et numéroté. Il accueille plusieurs artistes dont une photographe et cinéaste, un dessinateur et sculpteur, et un poète. Il faut donc avoir à l’esprit une brochure qui recueille des textes et des images. Et le tout sans prétention exagérée, en un recueil très sobre, presque nu disons. Est-ce l’influence des sculptures de Philippe Desomberg et la grande économie de moyens qui servent le poète Serge Meurant, et qui évoquent une forme de grâce de la forme, un moment suspendu entre image et texte ? est-ce l’influence du monde lithique et la « musique » de l’atelier qui obligent à une sorte d’approfondissement, d’appesantissement, de méditation en un mot, sur l’esthétique des œuvres ?

Mise au point, Entretiens Fabien Ribery, Didier Ben Loulou (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 27 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Mise au point, Entretiens Fabien Ribery, Didier Ben Loulou, Arnaud Bizalion Editeur, juin 2019, 88 pages, 18,50 €

 

« La quête est ici de l’ordre de l’indicible et d’une levée de voiles, de l’accueil du fragile comme puissance et d’une recherche d’unité quand la parole commune est devenue assassine », Fabien Ribery (Des intensités de mystères en introduction aux Entretiens).

« Il faut aller puiser au plus profond de soi pour être capable de la moindre image. Cela oblige à une sorte de tabula rasa de tous nos repères, à une concentration extrême. On avance sur un fil, dont on peut chuter à la moindre perturbation. On passe des journées sans prononcer un mot. Le travail sur les lettres hébraïques parle de prendre des images où l’écriture arrive comme un surgissement », Didier Ben Loulou.

Mise au point est un livre de photographes. L’un, Fabien Ribery, interroge l’art photographique dans son blog, son livre ouvert, baptisé L’intervalle, l’autre, Didier Ben Loulou, photographie depuis plus de trente ans Israël et la Méditerranée, et ne cesse de questionner cette œuvre en mouvement, c’est de leurs échanges parisiens qu’est né ce livre.

Le Bâton d’Euclide. Pouvoir politique et liberté de création (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Jeudi, 26 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

La citation d’Euclide, « En géométrie, il n’y a pas de chemin réservé aux rois », au-delà de son contexte particulier d’une relation légendaire entre un philosophe libre de toute entrave et un monarque omnipuissant, omniprésent, qui entendait tout contrôler, tout surveiller, tout régir, les affaires publiques et les mœurs privées, pose la problématique des rapports forcément conflictuels, pour ne pas dire aporétiques, entre la liberté de création, qui implique une émancipation totale de l’esprit et du comportement de toute emprise institutionnelle, et l’obéissance sociale exigée par le pouvoir établi. Euclide signifie à Ptolémée qu’il a beau être le maître du monde, il ne peut avoir aucune influence sur la science, la poésie, l’art, parce ces univers échappent à son petit monde. Les muses fécondatrices du génie humain choisissent rarement les hommes de pouvoir pour inséminer leur inspiration. Devant la création artistique, littéraire, scientifique, tous les humains sont égaux, ne les distinguent que la qualité singulière de leur passion et leur obstination à lui donner vie.

Journal (1972-2018), Dieu, les autres, les femmes, la peinture, la vie enfin, Vincent Bioulès (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 25 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Journal (1972-2018), Dieu, les autres, les femmes, la peinture, la vie enfin, Vincent Bioulès, éditions Méridianes, juin 2019, 464 pages, 27 €

 

Un des plus grands peintres français – dont la Rétrospective (Chemins de traverse, jusqu’au 6 octobre 2019) illumine actuellement le Musée Fabre de Montpellier – publie un « Journal » de peintre, bien sûr, mais aussi de musicien (accompli), d’homme fervent (catholique), de critique d’art (qui fait voir ce que d’autres ont tenté de montrer, et juge nettement leurs courage et justesse), en écrivain aigu et cohérent, franc et fin, rassemblant une partie des notes prises en quarante-sept ans de travail et vie. Car Vincent Bioulès est aussi un écrivain, libre et clair, comme y suffiront trois passages :

« Causé puis déjeuné avec le père Ephrem. Grande paix et accablement mêlés et la vie spirituelle si prolongée communiquant comme une sorte de distance à chaque parole. Pauvreté du lieu. Quelques papiers. La Somme théologique de saint Thomas, des bréviaires. Pendant que le père Ephrem me quitte un instant pour aller distribuer la Sainte Communion, j’écarte un rideau et découvre un cabinet de toilette : cuvette de W.-C., douche.

Londres, Virginia Woolf (par Jean-François Mézil)

Ecrit par Jean-François Mézil , le Mardi, 24 Septembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Londres, Virginia Woolf, Rivages, août 2019, trad. anglais Chloé Thomas, 190 pages, 18 €

 

Virginia court les rues de Londres comme d’autres vont à la rivière pêcher. Pour elle, tout est bon, jusqu’au menu fretin qu’elle épice, mitonne et nous sert en quelques pages savoureuses.

Exemples de goujons et d’ablettes : un bout de phrase, pris au vol, entre deux amoureux ; une maigre dispute au sein d’un vieux couple ; « deux hommes qui se concertent sous le bec de gaz [et] déchiffrent le dernier câble de Newmarket dans l’ultime édition du journal » ; les piles de livres chez un bouquiniste…

Mais elle pêche aussi au gros, et ce sont alors des tanches et des brochets qu’elle attrape au fil de ses courses londoniennes et nous sert sur des assiettes de plusieurs pages :

– L’exposition coloniale de 1924 (« Un homme fait sonner une vessie et vous presse d’entrer pour chatouiller des singes ») ;

– Un baptême de l’air (« On voyait […] des congestions routières d’un pied de long ; il fallait les traduire en onze ou douze Rolls Royce à la file ») ;