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Roman

L’imitation de Bartleby, Julien Battesti (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 24 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

L’imitation de Bartleby, Julien Battesti, octobre 2019, 128 pages, 12 € Edition: Gallimard

 

« Comment ne pas voir que chaque ouvrage théologique était un exemplaire de ce grand “livre sur rien” que les écrivains les plus ambitieux convoitaient ? Je n’ai jamais jugé utile de dire à mes professeurs que j’envisageais la théologie comme un genre littéraire car de la littérature, encore aujourd’hui, je n’attends pas moins que la résurrection et la vie éternelle ».

L’Imitation de Bartleby possède le pouvoir romanesque de faire se lever les morts du néant où on les a abandonnés. De faire entendre des voix, celle de Bartleby, le scribe de Melville, I would prefer not to, qui irrigue toujours les admirateurs de l’éblouissant aventurier de Manhattan et des îles du Pacifique. I would prefer not to, qui peut vouloir dire Je préférerais ne pas, Jean-Yves Lacroix, ou encore Je préférerais n’en rien faire, mais aussi J’aimerais mieux pas, sous le regard cette fois de Michèle Causse, l’autre voix que fait entendre Julien Battesti, l’écrivain inspiré. Une voix et un visage accompagnent ce roman, gracieusement composé. L’imitation de Bartleby est un roman visité, habité par Melville et Michèle Causse.

Plateau, Franck Bouysse (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 24 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Manufacture de livres

Plateau, 304 pages, 18,90 € . Ecrivain(s): Franck Bouysse Edition: La Manufacture de livres

 

Bouysse, que plusieurs romans ont mis à l’honneur ces dernières années, n’est pas seulement un fabuleux raconteur d’histoires (dans le droit fil de certains Américains doués comme Vann), mais aussi et surtout un écrivain styliste qui maîtrise ses instruments et qui rejoindrait, si ce n’est pas minimiser l’importance de l’un et de l’autre, Serge Joncour, par cette manière sensible de coudre le réel à force de mots forts et d’un ton à nul autre pareil.

Plateau réussit à emporter la mise par la description insigne d’un univers sensible, cette ruralité à fleur de peau qui semble sourdre de la moindre phrase, faite de tâches triviales, d’attente, de bêtes que l’on soigne et de personnages remisés dans leur passé et qui mettent tout leur saoul à en découdre avec les aléas, les mystères, la vie.

Prenez Virgile, paysan au long cours, qui n’a pas eu un lien facile avec le métier. Prenez Georges, dont les parents sont morts tôt, et qui a été recueilli par son oncle Virgile et sa tante Judith, peu à peu perdue dans son monde à cause de l’âge.

Hôzuki L’ombre du chardon, Aki Shimazaki (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 23 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud, Québec

Hôzuki L’ombre du chardon, Aki Shimazaki, juin 2019, 128 pages, 6,80 € Edition: Actes Sud

 

Madame Mitsuko et Madame Sato lient connaissance lors d’un achat de livres de philosophie. Leurs enfants respectifs vont sympathiser entre eux, suscitant un amical élan entre les deux femmes. L’intrigue se noue de vies secrètes en non-dits, épreuves féminines à l’appui dans ce monde de traditions ancestrales ayant cours, encore de nos jours parfois, au Japon. L’atmosphère est brillamment rendue à l’appui du décor et de cette littérature très efficace, clairsemée de références inhérentes à la forte tradition japonaise, telle ce « Miaï » (rencontre arrangée en vue d’un mariage) qui en dira long sur le vécu d’une des protagonistes, Madame Sato, secrète avec des intentions à rebondissements.

Outre d’être libraire en livres anciens fort recherchés (cette ambiance est particulièrement bien rendue), Madame Mitsuko exerce, en soirée, un second métier dans le « Yükaku » (quartier des prostituées). Les intrigues sont multiples, notamment pour ce qui concerne les enfants, Tarô et Hanako, lesquels communiquent via « Hiragana » (écriture syllabique japonaise, Tarô étant, lui, sourd de naissance).

Je reste roi de mes chagrins, Philippe Forest (par Christelle d'Hérart-Brocard)

, le Mardi, 22 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Je reste roi de mes chagrins, août 2019, 288 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Philippe Forest Edition: Gallimard

 

 

On a le souvenir de romans dont la structure narrative et/ou typographique mêle plusieurs histoires clairement distinctes et différents genres littéraires. Le phénomène reste rare mais pas inédit. C’est le cas notamment de W ou le souvenir d’enfance, de Georges Perec, et de Mon frère, de Daniel Pennac. On connaît par ailleurs quelques romans dont la principale motivation est la mise en abyme et la métaphore de leur propre création. Citons comme exemple Si par une nuit d’hiver un voyageur, d’Italo Calvino, ou encore Les Faux Monnayeurs d’André Gide. Avec Je reste roi de mes chagrins, Philippe Forest a eu cette incroyable ambition d’associer l’enchevêtrement des genres narratif et théâtral à un jeu très subtil de réflexivité et de rapport d’inclusion, par lequel l’enchâssement de l’œuvre dans l’œuvre devient à la fois enjeu et objet de la narration.

Quatre romans noirs, Tonino Benacquista (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mardi, 22 Octobre 2019. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Quatre romans noirs, juin 2019, 704 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Tonino Benacquista Edition: Folio (Gallimard)

 

Ce volume rassemble quatre romans de Benacquista : La maldonne des sleepings, Les morsures de l’aube, Trois carrés rouges sur fond noir et La Commedia des ratés, publiés respectivement en 1989, 1990, 1991, 1992, au début de la carrière de l’auteur.

La maldonne des sleepings est l’histoire d’un jeune couchettiste des wagons-lits, travaillant sur le Galileo reliant Paris à Venise, qui se trouve embarqué, par un voyageur embarrassant, valant des millions, dans une histoire rocambolesque.

Les morsures de l’aube raconte l’aventure de deux copains, Antoine et Bertrand (Mister Laurence), parasites, hirondelles, pique-assiettes qui munis ou non de cartons d’invitation consument leurs vies d’inaugurations en inaugurations, de soirées en soirées et de boîtes en boîtes. Ils croisent furtivement un de leur congénère Jordan et sa sœur Violaine qui se prennent pour des vampires en laissant dans le creux du cou de leurs proies la marque de leurs crocs. Ils vont se trouver mêlés à une sombre et dangereuse histoire de chantage due à leur mode de vie.