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Les Livres

Chroniques du bord du monde, Histoire d’un désert entre Syrie, Irak et Arabie, Vincent Capdepuy (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 02 Septembre 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Histoire, Payot

Chroniques du bord du monde, Histoire d’un désert entre Syrie, Irak et Arabie, Vincent Capdepuy, mars 2021, 480 pages, 23 € Edition: Payot

 

Intéressantes et documentées chroniques où l’auteur nous rappelle que « les blancs des cartes sont aussi souvent des blancs de l’Histoire, à la lisière parfois de hauts lieux comme Damas ».

Le désert a fait les hommes et les peuples parfois mouvants comme les sables qui en révèlent la matière principale. L’Histoire des peuples est semée d’embûches et d’utilisations diverses rendues pratiques dans le quotidien quand, par exemple, des colonnes antiques sont intégrées au bâti récent.

C’est que l’Histoire, comme le sable, a ses propres et parfois regrettables, mouvances : « L’objectif de ce livre est une tentative de se décentrer en mettant la focale sur la steppe, la badiya, sans qu’on attribue nécessairement une identification précise aux populations qui l’ont habitée : Bédouins, Arabes, Saracènes, Araméens, ou je ne sais quel autre ethnonyme ».

Humeur noire, Anne-Marie Garat (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 02 Septembre 2021. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Actes Sud

Humeur noire, Anne-Marie Garat, février 2021, 304 pages, 21,80 € Edition: Actes Sud

 

A l’occasion d’une visite au musée d’Aquitaine de Bordeaux, la ville où elle est née, où elle remarque un cartel didactique sur l’esclavage, dont la rédaction la choque profondément, Anne-Marie Garat revient sur ses années de formation, son engagement en tant que professeur de lettres, puis de cinéma au lycée expérimental de Montgeron. « J’ai donc gagné ma vie et mon entière liberté d’écrire en étant prof de lycée dans l’Education nationale, comme pas mal d’écrivains d’ailleurs ».

L’auteure nous livre ses interrogations sur le « métier d’écrivain » qui, comme celui de professeur, tiendrait soi-disant de la « vocation », comme un « idéal de vieux romantisme ». Toujours pour elle le temps d’écrire a été pris sur celui d’enseigner, sur celui de la vie courante : « Ecrire n’est pas un métier, mais un rapt, un libre choix d’existence », dû à une « addiction monomaniaque à la lecture, à l’écriture ».

Le Cercueil de Job, Lance Weller (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 01 Septembre 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Le Cercueil de Job (Job’s Coffin, 2021), septembre 2021, trad américain, François Happe, 465 pages, 25 € . Ecrivain(s): Lance Weller Edition: Gallmeister

 

Lance Weller place son roman sous les ombres tutélaires de Cormac McCarthy et de Shelby Foote. Sa maîtrise stylistique, son sens prodigieux de la structure romanesque, lui permettent cette audace qu’il assume et transcende. Le Cercueil de Job est une traversée sous le ciel du Sud alors que grondent les canons meurtriers de la Guerre Civile, sous les étoiles d’un ciel sans Dieu ou d’un Dieu indifférent au malheur des hommes, jetés dans l’enfer de la folie guerrière ou de la folie raciale et dont la solitude ne se brise que quand une balle vient leur traverser le corps, pour les enlever à ce monde de terreur, ou les en extraire, brisés, abîmés pour toujours. On entend dans l’écriture de Lance Weller le chant désolé de La Route, de Méridien de sang, de Shiloh ; mais on entend surtout la scansion particulière de l’écriture de Lance, qui tourne autour d’une scène, en extrait tout le champ de vision, capte la douleur des personnages et nous l’envoie comme autant de blessures dans nos consciences d’hommes – étrange espèce de ceux qui sont capables de ça. De haïr, de pendre, de brûler vifs, de castrer, de violer, d’exclure des hommes et des femmes de la condition d’humains.

Un libraire, Mérédith Le Dez (par Marie-Hélène Prouteau)

Ecrit par Marie-Hélène Prouteau , le Mercredi, 01 Septembre 2021. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Philippe Rey

Un libraire, Mérédith Le Dez, septembre 2021, 140 pages, 16 € Edition: Philippe Rey

 

C’est un livre vibrant qu’a écrit Mérédith Le Dez, en hommage à Jacques Allano, libraire qui avait cofondé « Le Pain des rêves » à Saint-Brieuc. Celui-ci, parti en retraite après quarante ans de librairie, avait choisi de la reprendre en octobre 2019 pour en éviter la fermeture. Il en a été profondément heureux jusqu’au 16 mai 2020 où, épuisé par le premier confinement, il s’est donné la mort. Écrivain et poète, Mérédith Le Dez fut libraire à ses côtés, embarquée dans ce qu’elle appelle « l’équipage du Pain des rêves ».

La déflagration de l’événement tragique a bouleversé sa vie et radicalement infléchi son trajet d’écrivain. L’écriture, portée ici par un lyrisme très retenu, se fait tombeau littéraire. Tout se passe comme si cette vague noire du drame portait Mérédith Le Dez jusqu’à une intense vérité intérieure qui trouve sa forme la plus accomplie. Le titre indéfini et générique à la fois, la dédicace libellée « Aux essentiels » sont hautement signifiants. Dès le commencement du récit, Mérédith Le Dez a une idée en tête, mettre en lumière l’expérience de tous à travers celle d’un d’entre eux. Porter un questionnement sur les « essentiels » : pourquoi des libraires en temps de détresse, oserait-on en reprenant Hölderlin.

Le métier d’écrivain, Hermann Hesse (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 01 Septembre 2021. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le métier d’écrivain, Hermann Hesse, Payot-Rivages, mai 2021, trad. allemand, Nicolas Waquet, 90 pages, 14,90 €

 

Exigence

L’exigence, tel est le mot qui vient vite à l’esprit au milieu de la lecture tout à fait originale de ce projet littéraire que l’on pourrait rapprocher des Lettres à un jeune poète de Rilke. Hesse y décrit ce que la littérature veut dire, ce dont l’artiste a besoin, au niveau du style déterminé par la foi et dans la composition graphique de l’écriture. C’est l’exigence d’inventer, de prendre garde à tout, de ne rien laisser au hasard, et de voir jusqu’en la graphie des manuscrits une sorte de secret haut, enclin à étoffer la personne de l’écrivain. Hesse reste sur un chemin escarpé, allant vers la perfection autant matérielle que transcendante, nécessitant la rigueur à employer pour construire une œuvre littéraire.

Il faut détailler un instant et regarder comment ce livre opère comme gésine de l’écriture. Pour cela le livre doit bénéficier d’une assiduité, celle d’un écrivain cherchant la représentation unique, laissant apparente la lutte contre la médiocrité, grâce à sa ténacité. L’auteur est sujet à la métamorphose, seul accomplissement de l’opiniâtreté.