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Les Livres

Écrits sur l’art, Jean Cocteau (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 24 Mai 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Gallimard, Arts

Écrits sur l’art, Jean Cocteau, Gallimard, Coll. Art et Artistes, avril 2022, 400 pages, 26 €

 

La vérité de l’art

Comme il m’a fallu reculer dans le temps pour lire les Écrits sur l’art de Jean Cocteau, et que j’avais impatience de le parcourir, j’ai lu presque d’un seul trait les 400 pages de l’ouvrage (illustré par des reproductions en couleur de tableaux, dessins, photographies…). Du reste, je lis beaucoup Cocteau, ou je le relis, depuis son théâtre, et j’ai l’impression qu’une nouvelle lecture de l’œuvre du poète pourrait correspondre à notre époque sèche, froide, pleine de lieux communs.

Dans ce recueil d’articles, j’ai rencontré une musique très fine, un style fluide et pas ennuyeux, une sorte de legato littéraire qui repousse toute fadeur, ornant l’expression de l’auteur, poursuivant un véritable questionnement sur les arts visuels, depuis le cinéma jusqu’à la mode vestimentaire. Chaque mot attendant le suivant, mais jamais acquis à des idées ou des images d’Épinal, mais toujours tendu vers la découverte et la surprise. Il n’y a rien à laisser dans les écrits esthétiques de l’auteur de La Machine infernale.

Allons-nous continuer la recherche scientifique ?, Alexandre Grothendieck (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 23 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

Allons-nous continuer la recherche scientifique ?, Alexandre Grothendieck, Éditions du Sandre, mars 2022, 102 pages, 9 €

 

Une silhouette voûtée par l’âge appuyée sur une canne de bois. Une longue barbe blanche, des yeux d’enfant derrière des lunettes à monture métallique, l’ébauche peut-être d’un sourire. Un vêtement qui ressemble à une robe de bure, le capuchon relevé sur la tête. L’homme parlait aux plantes, distillait de l’eau-de-vie et rédigeait dans la solitude des milliers de pages dont il brûla une partie. Un personnage à mi-chemin entre Merlin et un rabbin de l’ancienne Russie, d’où était venu son père (disparu dans les chambres d’Auschwitz). Ainsi apparaissait, sur une des dernières photos qui aient été prises de son vivant, Alexandre Grothendieck (disparu en 2014), médaille Fields (le Prix Nobel des mathématiciens) 1966.

Comme le sont les recherches des mathématiciens de premier plan, les travaux scientifiques d’Alexandre Grothendieck demeurent obscurs au profane. Son évolution intellectuelle fut en revanche limpide, à défaut d’être linéaire. Né en 1928, il grandit dans un milieu libertaire et marginal.

Penser la perception, Jean Daive (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 23 Mai 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, Essais, La Une CED, Arts

Penser la perception, Jean Daive, L’Atelier contemporain, février 2022, 320 pages, 25 €

 

La prose du monde.

De par son titre, cet ouvrage volumineux de Jean Daive vise tout un programme et en même temps il soulève une somme de difficultés. Vaste programme, en effet, que d’envisager le monde qui est là devant nous, d’en rendre compte, de le « penser » et de savoir lire nos sensations dans toutes leurs richesses. Mais, difficulté majeure, comment peut-on traduire ce monde complexe dans lequel nous baignons ? Peut-on le « penser » comme tel ? « Penser » et « perception » ne sont-ils pas deux mots antinomiques ? Peut-on ranger la perception sous l’ordre de l’entendement ou d’une quelconque faculté intellectuelle ? N’est-ce pas alors enrégimenter ce que nous sentons, le calibrer, biffer tout ce qui fait sa variété ? Vouloir introduire la pensée reviendrait alors à définir la perception comme un exercice du jugement tel que le souhaitait la philosophie classique, de Descartes à Alain.

Tout ce qui est à toi brûlera, Will Dean (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 20 Mai 2022. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Belfond

Tout ce qui est à toi brûlera (The last thing to burn), Will Dean, mars 2022, trad. anglais, Laurent Bury, 267 pages, 20 € Edition: Belfond

 

Un roman de l’horreur, qui semble tout droit sorti de la sinistre cave d’un Dutroux, ou inspiré par ce qu’a vécu la jeune autrichienne Natascha Kampusch pendant huit ans. Si l’auteur a eu le dessein de montrer un exemple de la monstruosité qui peut animer un individu dans son rapport à certains de ses semblables sur lesquels il lui est permis circonstanciellement de s’arroger un pouvoir absolu, il y a réussi.

La narratrice, Thanh Dao, qui parle à la première personne, obligeant ainsi le lecteur à ressentir conjointement les horreurs de sa captivité, est une jeune Vietnamienne, arrivée clandestinement dans un conteneur en Angleterre avec sa sœur Kim-Ly dans un « lot » de migrantes attirées par la promesse d’un travail correctement rémunéré leur permettant de poursuivre des études universitaires tout en faisant parvenir une aide financière à leur famille. A leur arrivée, les passeurs les louent puis les vendent en catimini à divers « patrons » – ici un propriétaire terrien vivant reculs dans une ferme isolée – qui ont tout loisir de les exploiter à leur gré de façon évidemment totalement occulte. Alors se met en place l’emprise, alors commence un long, un terrifiant calvaire.

Le Bal des cendres, Gilles Paris (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 20 Mai 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Plon

Le Bal des cendres, avril 2022, 300 pages, 19 € . Ecrivain(s): Gilles Paris Edition: Plon

 

Le Bal des cendres de Gilles Paris profite du décor extraordinaire de l’île volcanique pour chorégraphier les relations sentimentales, intimes, amoureuses, filiales et amicales d’un vrai chœur de personnages liés ou étrangers. Le talent de l’auteur consiste à donner à chacun la voix narrative à même de dérouler les pans d’une histoire au pied du volcan à contempler, à gravir. Toute relation peut très vite être déstabilisée et le romancier prend plaisir à épicer ce « Stromboli » des cœurs.

A l’ombre du film de Rossellini, l’ouvrage romanesque à souhait nous invite à tresser une belle dizaine d’histoires, sous l’angle même des protagonistes : Guillaume, le directeur de l’hôtel, Matheo, son ami de toujours, sa fille Giulia, adolescente attachante à laquelle s’attachent nombre de personnages. Les couples se forment ou se reforment sous nos yeux. C’est la sensualité ordinaire, tactile ou éphémère des corps en désir, en attente. Thomas, toujours en deuil d’Emilio a trouvé en Lior un nouveau compagnon de vie. Eytan a repris place auprès de sa maîtresse. Elena pleure la perte d’Enzo. Abigale se rapproche de Guillaume.