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Les Livres

Les terres du couchant, Julien Gracq

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 21 Août 2015. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Récits, Editions José Corti

Les terres du couchant, octobre 2014, 264 pages, 19 € . Ecrivain(s): Julien Gracq Edition: Editions José Corti

 

Quelque part aux limites d’un Moyen-âge barbare,

le nôtre…

 

Les terres du couchant de Julien Gracq, récit philosophique de l’attente, ce roman géographique de l’inéducable silence, entrepris en 1953 et abandonné en 1956, se place, chronologiquement, entre Le Rivage des Syrtes et Un balcon en forêt.

Il y a des textes inachevés qui, par leur révélation au public de nombreuses années après leur écriture, se rêvent dans les limbes d’une allusion énigmatique, à un monde spatialement indéfini, comme le voyage d’une « jeune forêt » vers les plaines d’un nouvel horizon, d’un nouveau monde, comme un balancement entre rêve et Mythe, entre Histoire imaginaire et conscience du réel. Epris d’une liberté du sang des résistances passées, aux résistances présentes contre les barbares aux lames affutées, pour mettre à terre l’âme des condamnés.

En territoire Auriaba, Jérôme Lafargue

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 21 Août 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

En territoire Auriaba, mars 2015, 196 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Lafargue Edition: Quidam Editeur

« J’ai toujours pensé que ce monde ci est trop petit, ou plutôt que ce que l’on nous donne pour réalité ne constitue qu’une infime partie de l’infinité du monde ».

Il y a quelque chose de très séduisant dans ce roman qui oscille entre rêve et réalité, et où les rêveurs lucides permettent au rêve d’interagir avec le réel, pour lancer des passerelles au-dessus du temps. Des hommes, un enfant, un loup, une traque mystérieuse, des haines familiales ancestrales, des territoires réels et imaginaires, un passé ancien qui écrit des destinées qui nous ballotent des côtes marocaines au Charleville de Rimbaud en passant par le Honfleur de Allais et cette date récurrente, le 20 octobre 1854 et puis l’océan immense, ses vagues sur lesquelles on surfe en parfaite osmose avec une nature indomptée, extérieure comme intérieure.

C’est un roman difficile cependant à saisir, son rythme est déroutant, et c’est le genre de livre qu’il faudrait relire quand on arrive à la fin, pour rassembler le tout dans un ensemble plus palpable. Ainsi le roman semble être lui-même une sorte de rêve, l’a-t-on vraiment lu ? Un très bel imaginaire, un souffle puissant le parcourt, c’est organique, instinctif, les personnages y sont atypiques, en marge et dotés de solides personnalités. C’est aussi avec l’Histoire en filigrane, un regard critique concernant certains faits et attitudes, portant des fruits amers qui donnent encore des graines aujourd’hui.

Casanova, Histoire de ma vie, en la Pléiade

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 20 Août 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, La Pléiade Gallimard

Casanova, tomes 2 et 3, avril 2015, sous la direction de Gérard Lahouati et Marie-Françoise Luna, avec la collaboration de Furio Luccichenti et Helmut Watzlawick, 1299 pages . Ecrivain(s): Giacomo Casanova Edition: La Pléiade Gallimard

 

Histoire de ma vie, tomes 4 (1757-1760, Guerre de sept ans) à 10 (1770-1774, son retour à Venise). Deux forts volumes, suivant le premier, honorant l’esprit Pléiade – tout, organisé, éclairé ; plus quelques textes quasi inconnus émaillant ce qui peut légitimement prétendre au nom de somme, et servir à qui de droit. Edition établie d’après le manuscrit autographe. Quelque chose en cela, d’une découverte archéologique posée, incontestable et scientifique. Magnifique travail d’historiens et de chercheurs en littérature. Luminosité de lecture, facilité d’emploi, mais, aussi, plaisir immense de la découverte ou redécouverte d’écrits que chacun d’entre nous croit connaître !

Gérard Lahouati, Marie-Françoise Luna et leur équipe d’experts, tous patentés « Casanovistes », ont produit ces Pléiades avec ce qu’il fallait de rigueur, de précisions, de vérifications, de connaissances intimes de l’homme et son œuvre, et aussi d’amour, pour accompagner la folie – unique – d’une vie-voyage, vie-transgression, vie-dangers, et, bien sûr, vie-passion…

L’Infinie Comédie, David Foster Wallace

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 20 Août 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil), La rentrée littéraire

L’Infinie Comédie, août 2015, traduit de l’anglais (USA) par Francis Kerline, 1488 pages, 27,50 € . Ecrivain(s): David Foster Wallace Edition: L'Olivier (Seuil)

Depuis sa publication en 1996, L’Infinie Comédie fait partie des romans nord-américains dont on entend parler avec régularité, ses lecteurs le considérant comme une œuvre essentielle, voire centrale, des trente dernières années, et allant jusqu’à l’élire dans les cent meilleurs romans écrits en anglais depuis 1923 selon l’hebdomadaire Time.

Son auteur, David Foster Wallace (1962-2008), fait quasi l’objet d’un culte, son œuvre étant même devenue un sujet d’étude universitaire per se. Bref, c’est peu dire que, en 2015, la traduction française de ce roman fait figure d’événement et qu’il convenait, pour le lecteur non anglophone, de s’intéresser à ce « roman total », selon la qualification de son auteur lui-même, et d’en lire les environ mille cinq cents pages.

Autant l’admettre de prime abord : les mille cinq cents pages, on les sent passer. Ce roman, à certains égards, est fastidieux malgré son écriture géniale. Voire : à cause de son écriture géniale. Un peu partout, ça clignote : attention, chef-d’œuvre ! attention, démonstration de savoir-écrire en cours ! Et le lecteur, même expérimenté, même habitué à d’habiles démonstrations stylistiques, ne peut qu’obtempérer : oui Wallace est un génial styliste, d’une polyvalence aussi absolue que maîtrisée…

Otages intimes, Jeanne Benameur

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 19 Août 2015. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Otages intimes, août 2015, 208 pages, 18,80 € . Ecrivain(s): Jeanne Benameur Edition: Actes Sud

 

Après le magnifique quintette que constituait Profanes, Jeanne Benameur nous propose une nouvelle partition, un trio rassemblé autour du piano d’Irène, auxquelles quelques voix isolées viennent apporter leur contrepoint. Le récit de ce nouvel opus, Orages intimes, est aussi l’accompagnement d’une transformation, d’un retour et d’une possible renaissance.

Etienne est ce qu’on appelle un correspondant de guerre, un photographe de guerre plus précisément, un de ces hommes qui a choisi d’aller voir pour montrer, armé de son regard et de son Leica. Sur ce qu’on nomme parfois le théâtre des opérations, pour ne pas avoir su courir – ou pour avoir su suspendre la course pour un regard direct, sans l’écran de l’objectif et du viseur – il a été pris. Pris et fait otage. Transformé en simple objet de négociation et d’échange. Le prix, pour lui, aura été un enfermement, une réclusion à durée indéterminée. Un confinement sur quelques mètres carrés de silence et de bruits inquiétants qui savent effacer l’humain de lui-même, le réduire à une marchandise « en souffrance ». En attente d’on ne sait quoi.