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Les Livres

Morales espiègles, Michel Serres (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Jeudi, 18 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Le Pommier éditions

Morales espiègles, février 2019, 91 pages, 7 € . Ecrivain(s): Michel Serres Edition: Le Pommier éditions

 

Une éthique de l’espièglerie.

On connaît les remarquables travaux de Michel Serres, en tant qu’épistémologue et historien des sciences. La série des Hermès I à V, de La communication (1969) au Passage du Nord-Ouest (1980), nous avait ravis par sa rigueur et l’éclat de ses analyses. Dans son dernier ouvrage, il change de registre et « entre en morale, comme en terre exotique, sur la pointe des pieds » écrit-il.

Ce livre relève d’une commande à laquelle Michel Serres a répondu, celle des Editions Le Pommier qui fêtent leurs vingt années et qui ont demandé à notre Académicien un texte de circonstances. A vingt ans, on reste espiègle, vif, malicieux sans méchanceté. Et on le reste quel que soit l’âge et qu’on s’appelle, foi de gascon, Michel Serres. D’où cet ouvrage Morales espiègles. Un titre fanfaron qui ferait frémir un austère kantien ou qui décevrait peut-être un esprit nietzschéen pour son aspect légèrement édulcoré.

Et l’espièglerie se voit décliner sous ses différentes formes.

Marie-Claire, Marguerite Audoux (par Nathalie de Courson)

Ecrit par Nathalie de Courson , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Grasset

Marie-Claire, 190 pages, 8 € . Ecrivain(s): Marguerite Audoux Edition: Grasset

 

La carrière littéraire de Marguerite Audoux tient de la légende : cette couturière de Montparnasse, pauvre et mal voyante, fut découverte au début du siècle dernier par Charles-Louis Philippe et ses amis de la NRF. Son roman Marie-Claire, publié aux éditions Fasquelle avec une préface d’Octave Mirbeau, obtint le prix Femina en 1910.

Mais que sait-on de ce roman ? « Une enfance de bergère orpheline, en Sologne, au début de la IIIème République… », dit en 2005 la quatrième de couverture de l’édition Grasset. « Un roman social », dit en 2019 l’éditeur jeunesse Talents hauts, qui prend l’originale initiative de l’intégrer à sa collection Les Plumées, pour offrir aux adolescents les chefs-d’œuvre de « la littérature du matrimoine ».

Marie-Claire est un roman autobiographique, un roman d’apprentissage, un roman social « de la vie des pauvres », disait Charles-Louis Philippe, un roman « du matrimoine », mais il est plus que tout cela : il possède une justesse de ton qui lui confère, de la première à la dernière page, une qualité littéraire exceptionnelle.

Chroniques des années d’amour et d’imposture, Christophe Fourvel (par Sylvie Zobda)

Ecrit par Sylvie Zobda , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Chroniques des années d’amour et d’imposture, Médiapop Editions, mai 2019, 459 pages, 18 € . Ecrivain(s): Christophe Fourvel

 

Comment écrire un roman aujourd’hui ? C’est la question posée par Christophe Fourvel dans ces Chroniques des années d’amour et d’imposture.

« Longtemps, les artistes ont tenté de fabriquer de l’imaginaire avec de la réalité. Puis il y a eu Proust. Sans doute que Proust, bien avant l’internet, a proposé l’alchimie inverse : faire de la réalité à partir de l’imaginaire. Après, on connaît l’histoire […], nous en sommes à fabriquer de l’imaginaire avec de l’imaginaire. […] Nous n’avons plus que des références fictionnelles ».

L’auteur aime la fiction et propose des personnages nourris au parfum de séries télévisées (Amicalement vôtre, Mannix) et de films (ceux de Rohmer, de Woody Allen, de Buñuel, de Desplechin, des titres cultes comme Le Parrain ou la série des James Bond…) qui les entraînent tour à tour dans un roman familial à partir d’une recette allemande de pommes de terre, un générique du début légèrement décalé, des trouées comme la télévision sait nous les proposer au cœur d’une fiction, un roman d’espionnage, un non générique de fin.

Tignasse étoile, Evelyne Wilwerth (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Tignasse étoile, Evelyne Wilwerth, éditions M.E.O., février 2019, 168 pages, 16 € . Ecrivain(s): Evelyne Wilwerth

 

Le dialogue est endiablé, presque incisif mais joyeux chez cette enfant (fille), Jacinthe soucieuse de son aspect transcendé par ce que peut être ou devenir (parfois malgré elle) sa coiffure.

L’intelligence, elle, se pose en adulte : « Mais je distingue bientôt des oiseaux étranges qui tournent, tournent dans le ciel. Dans mon ciel, à l’intérieur de moi. Vite sous les couvertures ».

Style enlevé. Phrases courtes emportant l’idée : « Annonce l’arrivée du ministre dans dix minutes ».

Gestuelle impeccable. Diction irréprochable.

Introduction claire et charpentée. Choyé, l’enfant se fait son monde : « Je ferme les yeux. J’entre dans de l’ouate. Je n’entends plus rien. Sauf ma respiration ».

En très peu de mots mais qui se succèdent à eux-mêmes comme une évidence, Evelyne suscitant une idée évaluée à la rapidité de l’action, suggère l’envie de lire en continu et presque même de la précéder dans sa démarche, ce genre de style motivant fortement l’intrigue à percevoir.

A propos de Sérotonine, Michel Houellebecq (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 17 Avril 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Sérotonine, Michel Houellebecq, Flammarion, janvier 2019, 347 pages, 22 €

 

Il n’y a que la forme qui sauve : pourquoi Michel Houellebecq est un grand écrivain

« C’était un lecteur exhaustif », annonce le narrateur de Sérotonine à la vue d’un patron de bistrot plongé dans France Football. Michel Houellebecq n’écrit pas un article de Paris Normandie mais une œuvre littéraire et l’on se doit d’être ce « lecteur inhabituellement attentif ».

Le roman tire son nom de l’hormone du bonheur indispensable à la survie de notre espèce, la sérotonine. On sait que nos humeurs se réduisent à présent à des neurotransmetteurs. Merci les neurosciences.

Ainsi le narrateur du roman qui porte ironiquement le nom scientifique du bonheur est un personnage suicidaire dégoûté par « l’insupportable vacuité des jours ». Le premier et le dernier chapitre du livre s’ouvrent par le « petit comprimé blanc, ovale, sécable », le Captorix, pilule du bonheur prescrite au narrateur, « vieux mâle vaincu » qui n’arrive plus même à se masturber.