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Les Livres

Rue des fleurs, Jean-Michel Maulpoix (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 24 Mars 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Mercure de France

Rue des fleurs, Jean-Michel Maulpoix, Mercure de France, février 2022, 88 pages, 10,50 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Maulpoix Edition: Mercure de France

 

Près de cinquante livres : vingt-cinq livres de poésie et presque autant d’essais ; sur le lyrisme, sur « les mots de la poésie », sur Verlaine.

Le poète est aussi professeur d’université, spécialiste du lyrisme et grand connaisseur des poètes contemporains de premier ordre.

Je retrouve dans ce beau livre de poèmes, les grandes qualité de regard et de scansion qui m’avaient déjà tant frappé dans Le Voyageur à son retour, ou L’Hirondelle rouge.

L’écriture instille une mélancolie douce et prenante à l’égard du réel frôlé, ressuscité, au fil des saisons, au gré des images de rues ou de banlieue « pauvre ». Tout en s’interrogeant sur son art, sur cette « fonction » du poète dans un monde devenu sans regard, Maulpoix déploie, en de brefs poèmes – il affectionne le douzain –, une vision d’un monde perdu, qu’il faut sauvegarder de l’oubli.

Ballade du vent et du roseau, Christian Viguié (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 24 Mars 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie, La Table Ronde

Ballade du vent et du roseau, Christian Viguié, La Table Ronde, mars 2022, 224 pages, 18 €

 

« J’aime bien ma pensée

lorsqu’elle est plus haute qu’une ortie

plus ronde qu’une pierre

Elle devient un objet concret

comme une clé qui ouvre une serrure

Il y a une serrure pour regarder un arbre

une serrure pour le ruisseau

une autre pour un mot

il y a aussi la serrure d’un éclair

pour que la pensée devienne un éclair… » (p.126) ==>

Graal, Philippe Sollers (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 23 Mars 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Graal, mars 2022, 80 pages, 12 € . Ecrivain(s): Philippe Sollers

 

« L’éternité est sûrement retrouvée, puisque, comme toujours, la mer est mêlée au soleil ».

« La lumière du Graal est immortelle. Elle brille jusque dans les ténèbres, mais les ténèbres ne peuvent pas la saisir ».

Entre ces deux phrases, un roman s’est déployé. Un court roman inspiré par le Graal, l’apôtre Jean, Rimbaud (1), les Atlantes, et les heureuses expériences sexuelles du narrateur en état de jeunesse inspirée. Comme toujours chez Philippe Sollers, la parole est d’or, elle transforme le plomb, autrement dit la moraline dominante, en or fin, et elle ne doute pas un instant, comme chez l’apôtre Philippe (2), que la résurrection se déroule sous nos yeux, de notre vivant – « La vraie vie consiste à vivre sa propre mort. Pas LA mort, mais SA mort ». Comme toujours, Philippe Sollers mise sur la chance, la joie, le bonheur, la musique, la mémoire, l’attraction des corps inspirés, et sur son art romanesque qui trouble et enchante le roman depuis 1958.

Vers Calais, en Temps ordinaire, James Meek (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 23 Mars 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Métailié

Vers Calais, en Temps ordinaire, James Meek, Métailié, janvier 2022, trad. anglais (Ecosse), David Fauquemberg, 460 pages, 23 €


Quel livre étrange et fascinant ! Comme ces bestiaires médiévaux, aux créatures mi-licorne, mi-griffon, on hésite : genre historique, épique, courtois ? roman, sûr ! de quoi dépayser son lecteur ! A l’image de son très beau titre (le temps ordinaire étant dans la langue de ce Moyen Age là, ce qui n’est pas occupé par l’événement extraordinaire) et son illustration de couverture, ce Printemps de Botticelli, dont volontairement ? on ne voit que le bras et la robe toute en fleurs, mais pas le visage, afin de ne pas reconnaître trop vite l’allégorie. Mélange, se dit-on, mais en avançant dans la lecture, prend forme un temps médiéval assez proche souvent de sa réalité et des flashs nous amenant à nous, maintenant, plus qu’étonnants sur l’intemporel de l’homme.

Le Poids de la grâce, Joseph Roth (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 22 Mars 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Le Livre de Poche

Le Poids de la grâce (Hiob, Roman eines einfachen Mannes, Berlin, 1930), trad. allemand (Autriche) Paule Hofer-Bury, 253 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Joseph Roth Edition: Le Livre de Poche

 

Un étrange roman dans l’œuvre de Joseph Roth. Comme un conte du Shtetl sorti des villages reculés de Russie au début du XXème siècle. Tout y est, même une forme de « Il était une fois » inaugural : « Voici déjà bien des années que vivait à Zuchnow un homme qui avait pour nom Mendel Singer ». Et puis tous les éléments traditionnels du genre : une famille juive, très pauvre, très croyante, très malheureuse. D’autant plus que le petit dernier des quatre enfants, Ménouhim, est plus ou moins infirme : des petites jambes arquées, un cou gracile qui ne parvient pas à tenir sa tête droite et il est muet, à l’exception d’un mot qui sert à tout : « ma-ma ».

Roth fige le paysage alentour dans des images qui semblent tout droit sorties d’un recueil de clichés d’une Russie finissante, accentuant ainsi la couleur de vieux conte du shtetl :