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Les Livres

D’une île à l’autre, Patrick Renou (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 27 Janvier 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Presses de la Cité

D’une île à l’autre, Patrick Renou, août 2021, 320 pages, 20 € Edition: Presses de la Cité

 

Tout est vrai dans ce livre pourtant un roman. Dans sa préface l’historienne Arlette Farge parle d’un style tendre et persuasif.

J’ajouterai qu’il est sincère et efficace à plus d’un titre.

Tout d’abord, le romancier est un travailleur acharné de détails et de documentations diverses à partir du moment où le hasard lui met entre les mains, chez un bouquiniste, un livre ancien sur les paquebots et qui lui révèle, à bord, la présence d’une passagère clandestine donnant naissance, en pleine mer, à une petite fille. Ensuite il cherchera à savoir et construira, autour de la vie d’un couple et de l’enfant à naître, un roman profondément humain et attachant.

Passagère clandestine sur « L’Ile de France », Milena quitte la Lettonie avec New York pour objectif.

Enceinte, sur le bateau, initialement, personne ne la comprend : « Elle raccrocha, regarda Milena comme la Sainte Vierge “Mais d’où tu viens ?”. Toujours est-il que sainte, célibataire ou fille de joie, Jeanne la couvrait de soins ».

La Poésie de la terre ne meurt jamais, John Keats (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 26 Janvier 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Poésie

La Poésie de la terre ne meurt jamais, John Keats, Poesis Editions, novembre 2021, trad. anglais, Cécile A. Holdban, Thierry Gillyboeuf, 128 pages, 16 €

Ce recueil offre, d’abord, d’admirables traductions (par Cécile Holdban) des plus forts poèmes de Keats, dont voici – la lecture ici suffit à tout – deux extraits (l’un tiré de : À l’automne ; l’autre de : Bright star) :

« Saison des brumes et des fruits veloutés,

Amie intime du soleil mûrissant,

Conspirant avec lui pour charger et bénir

De fruits les vignes courant sous les toits de chaume ;

Pour courber sous les pommes les arbres moussus des jardins

Et gorger chaque fruit de maturité jusqu’en son cœur ;

Capter l’indicible, Silvaine Arabo (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Mercredi, 26 Janvier 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Capter l’indicible, Silvaine Arabo, éditions Rafael de Surtis, septembre 2021, 76 pages, 15 €

 

Ce recueil est une quête, une aventure exploratoire dont la visée est de déchiffrer en transparence la grande énigme du monde, « l’arcane mystérieux » qui se cache sous le voile des apparences, afin de « reconquérir en somme le privilège d’être ».

Cette mission s’inscrit dans la continuité de la spiritualité ancestrale, de « toutes ces mains filant le destin du silence / D’âge en âge / De blancheur en blancheur ».

L’auteure incite le lecteur à s’engager lui aussi sur ce chemin : « L’univers est en toi / Entends, ami, entends / Le chant suprême des Transparents ! ».

Pour l’accompagner, elle, poète, « Elle – tisseuse », l’aide à ouvrir « les vannes de l’indicible », à percevoir ce « grand souffle arrimé au métier transparent », ce « quelque chose en l’être qui se détend / qui vibre, enfin, dans l’univers du reflet ».

Elle lui délivre quelques indices, points de repères qui éclaireront son parcours : ainsi, il reconnaîtra

La Carte postale, Anne Berest (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 26 Janvier 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Roman, Grasset

La Carte postale, Anne Berest, Grasset, août 2021, 512 pages, 24 €

Roman ? Récit autobiographique ? Ou alors essai, et bien plus recherche historique racontée par une documentariste de haut vol ? On se prend à penser aussi : archéologie d’une lignée, enquête. Mais quelle lignée que ces Rabinovitch, Juifs Ashkénazes d’Europe, quelle enquête sinueuse, longue et difficile, de l’après-première guerre mondiale à nos jours ; et quelle archéologue qu’Anne Brest, la descendante, se percevant si peu juive, tellement laïque et intégrée à son sol, mais – oui – juive avec majuscules, par le lien, l’histoire et finalement la culture au bout… On suit donc une démarche, à travers une histoire effarante, pour beaucoup d’entre nous, inouïe.

Le titre – passe partout, modeste – qu’elle a choisi, « la carte postale », est le fil rouge de la recherche, clignotant dans l’immense histoire racontée, tel un signal constant, mais sans éblouissement aucun ; une veilleuse, bien plus sûrement. Anne est celle qui raconte sa famille – première partie du livre, dont on sort sonnés – puis parle depuis son quotidien – seconde partie, enquête encore, d’une autre eau, non moins intéressante.

Au-delà du fleuve et sous les arbres, Ernest Hemingway (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 25 Janvier 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard)

Au-delà du fleuve et sous les arbres (Across The River And Into the Trees, 1950), trad. américain, Paule de Beaumont, 347 pages . Ecrivain(s): Ernest Hemingway Edition: Folio (Gallimard)

L’autre mort à Venise

L’infinie mélancolie qui reste au cœur après la lecture de ce roman tient certes au désespoir de son principal personnage mais aussi à une Venise trouble, fantomatique, hantée par ses lieux mythiques traversés et retraversés ici ; le Harry’s, le Florian, le Palais Gritti, la Piazza San Marco, sont le décor et la métaphore de ce dernier chemin du colonel vieillissant, rongé par les souvenirs de la Guerre et son amour pour la jeune et belle Renata.

Hemingway utilise un flux de conscience décalé dont le héros n’est pas le narrateur. Et la structure de ce roman repose largement sur le support narratif de ce flux : le dialogue, époustouflant de maîtrise, véhicule de l’amour, de la détresse, des regrets, des blessures du corps et du cœur du colonel. Renata est son Autre, celle par qui le discours advient à son esprit et sa mémoire. Renata est son inconscient, son discours inversé qui le renvoie à lui-même : à son désespoir elle oppose sa confiance et son optimisme, à sa réserve son enthousiasme, à sa volonté d’oubli la demande de souvenirs précis et détaillés. La jeune fille fait naître du vieux soldat l’histoire de sa douleur, comme une catharsis vivante et tendre.