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Les Livres

Minuit dans la ville des songes, René Frégni (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 17 Mars 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Minuit dans la ville des songes, février 2022, 256 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): René Frégni Edition: Gallimard

 

« La journée précédente avait duré cinq ans, celle-ci avait filé comme la lumière et le vent. Chaque mot que j’avais lu avait aboli les barreaux, les murs, la cour de la prison.

J’étais assis sur une planche, dans une obscurité totale, je compris soudain ce qu’étaient la lecture, la puissance colossale des mots. Cette journée allait déterminer le reste de ma vie, ce voyage infini avec les mots ».

René Frégni est un travailleur de la nuit. C’est ainsi que certains basques, il y a longtemps, nommaient les contrebandiers, avec une amusante admiration. Minuit dans la ville des songes est un roman de contrebande de souvenirs et de livres, de mots et d’hommes, rencontrés entre chien et loup, entre les murs d’une prison militaire, une escale Corse, et un centre hospitalier spécialisé. Minuit dans la ville des songes est le roman d’un jeune homme révolté, dont la mémoire résonne encore des Maîtres du mystère (1), écoutés en famille, et des aventures du Comte de Monte-Cristo et du boumian, le bohémien de la crèche.

Les villes de papier, Une vie d’Emily Dickinson, Dominique Fortier (par Jacques Desrosiers)

Ecrit par Jacques Desrosiers , le Jeudi, 17 Mars 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Grasset

Les villes de papier, Une vie d’Emily Dickinson, Dominique Fortier, septembre 2020, 208 pages, 18,50 € Edition: Grasset

 

Dominique Fortier nous fait découvrir une Emily Dickinson attentive presque sensuellement au monde à la portée de son regard : son jardin, un nid de brindilles, l’érable devant sa fenêtre, le blanc immaculé de ses robes, effacés à l’occasion par la voix inopportune d’un visiteur au rez-de-chaussée. Cette femme qui finira par se cloîtrer dans sa chambre, ne voulant plus voir personne sauf ses proches, Les villes de papier ne la présente pas comme une recluse attendant d’être délivrée par quelque expert en psychose (la légende a d’ailleurs exagéré sa réclusion), mais comme une écrivaine qui a donné sa vie à la poésie, sans même se soucier de publier les centaines de poèmes qu’elle jetait dans le tiroir de sa commode. Elle a choisi de vivre à l’écart non de l’ordre social, mais de la société. C’est la ligne de force sur laquelle avance la prose délicate de Dominique Fortier : dédramatiser la solitude d’Emily Dickinson.

La falsification de l’Histoire, Eric Zemmour, l’extrême droite, Vichy et les juifs, Laurent Joly (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 17 Mars 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, Essais, La Une CED, Grasset

La falsification de l’Histoire, Eric Zemmour, l’extrême droite, Vichy et les juifs, Laurent Joly, Grasset, janvier 2022, 133 pages, 12 €


Il faut bien qu’on finisse par entendre, derrière le sinistre brouhaha actuel, la voix de l’Histoire. Pas seulement ponctuellement après des « propos », ou vagues et bavards débats. Pas seulement par des commentaires désolés, pour autant infatigables dans les réseaux sociaux. Ce n’est pas là, temps de l’Histoire. Il faut le temps d’un livre, et le travail de démonstration précise d’un historien de métier, qui plus est, spécialiste de la période tant « revisitée » par Eric Zemmour, la seconde guerre mondiale et Vichy. Car, « jamais, en cent cinquante ans, dans notre république, à la veille d’un scrutin majeur, l’extrême droite n’aura semblé aussi forte, n’aura fait autant de bruit. Rarement, en période de paix, le système politique national n’aura paru aussi fragilisé ». Constat de départ de Laurent Joly.

La Divine Comédie, Dante Alighieri, traduction nouvelle Michel Orcel (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 16 Mars 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Italie

L’enfer (2018, 456 pages, 35 €), Le Purgatoire (2020, 464 pages, 35 €), Le Paradis (2021, 480 pages, 35 €)

Le Dossier Dante, Autour de la traduction de la Divine Comédie par Michel Orcel, éditions La Dogona, Arcadès Ambo, octobre 2021, 80 pages, 12 €

 

« O donna in cui la mia speranza vige,

e che soffristi per la mia salute

in inferno lasciar le tue vestige,

 

di tante cose quant’ i’ ho vedute,

dal tuo podere e da la tua bontate

riconosco la grazia e la virtute.

Suttree, Cormac McCarthy (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 15 Mars 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard), En Vitrine

Suttree, Cormac McCarthy, trad. américain, Guillemette Belleteste, Isabelle Reinharez, 620 pages . Ecrivain(s): Cormac McCarthy Edition: Folio (Gallimard)

 

Ce livre déferle sur nous comme un flot terrible. Le langage lèche, frappe, blesse – un flot de débris, poétique et trouble. C’est intime et rude, sans cette netteté ennuyeuse et la volonté de clarté que vous trouvez dans n’importe quel roman bien fait. Cormac McCarthy a peu de pitié à partager, pour ses personnages ou pour lui-même. Son texte est brisé, beau et laid, c’est selon. M. McCarthy ne nous bercera pas avec une chanson douce. « Suttree » est comme un bon, long hurlement dans l’oreille.

Les lignes qui précèdent sont de Jerome Charyn : New York Times, 18 février 1979. Il n’est pas de meilleure introduction à ce qui suit.

Suttree est le roman le plus faulknérien de l’auteur le plus faulknérien. Jamais le flux de conscience n’avait retrouvé vie avec l’intensité, la brûlure que lui imprime Cormac McCarthy dans Suttree. Bien sûr, il y aura quelques années plus tard le très beau et très obsessionnel Méridien de sang, mais c’est bien dans Suttree que McCarthy déploie totalement son manifeste littéraire, celui qui proclame la langue comme objet central de la littérature.