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Les Livres

Pasolini, René de Ceccatty (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 08 Mars 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Folio (Gallimard)

Pasolini, René de Ceccatty, Folio, 320 pages . Ecrivain(s): René de Ceccatty Edition: Folio (Gallimard)

 

Un essai éblouissant d’intelligence critique et sensible

Noguez le disait déjà, devant analyser en philologue rompu à l’exercice difficile d’admiration critique, lorsqu’il l’évoqua dans les Dossiers du cinéma (Casterman), en 1969-1970), l’œuvre de Pasolini est double, sous le sceau, la bannière du « centaure », figure mythologique de l’ambivalence.

De Ceccatty, traducteur invétéré de huit volumes pasoliniens, était évidemment le mieux placé pour brosser, non en grandes lignes, mais en essais chapitrés de sens (pour le philosophe ; pour le traducteur-accompagnateur des œuvres d’autrui – Barbedette, Violette Leduc, Sibilla Aleramo, Moravia, Callas, Penna, etc. Pour le critique du Monde et des mondes italiques), l’œuvre et le parcours pasolinien, de Bologne à Ostie, de Ramuscello (la première station du martyrologue) à Salo. De 1922 à 1975.

L’Écorce terrestre, Jean-Pierre Chambon (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 08 Mars 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

L’Écorce terrestre, Jean-Pierre Chambon, Le Castor Astral, 2018, ill. Jean-Frédéric Coviaux, 144 pages, 18 €

Poésie interstitielle

C’est au moment où je rédige cette chronique que je trouve la clé de l’ouvrage. D’ailleurs, le titre L’Écorce terrestre indique clairement de quoi il s’agit : d’une écorce d’arbre, la peau du chêne par exemple, ce qui revient donc à dire quelque chose de la lisière, de ce qui affleure dans l’épiderme végétal. L’action de la porosité, le travail de la capillarité, telle est la promesse du livre. De ces éléments de pénétration, je retiens la capacité de ces poèmes à designer les interstices, à se loger dans la double nature du langage, c’est-à-dire capter la lumière tout en inventant la lumière. Ces poèmes témoins du mouvement supérieur de l’écriture conduisent le lecteur à plonger avec le poète dans cette maison de l’être devenu pluriel, étoffé, agrandi, augmenté par le langage.

Pour préciser mon idée, je dirai que l’écorce terrestre fait au fond lien avec le monde céleste, celui des eaux et du vent, des montagnes et de l’air qui se raréfie. Donc, une douce euphorie, un enivrement que seul le poème rend possible. Poésie de l’interstice et du contact, de la profondeur et des surfaces, de la terre et du ciel, relation chtonienne à l’air, le globe et le périmètre des étoiles. Le poète se trouve là cherchant les lumières et l’aurore boréale au milieu de l’abîme et ses ombres.

Disputes au sommet, Ismail Kadaré (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 07 Mars 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Récits, Fayard, Histoire

Disputes au sommet, janvier 2022, trad. albanais, Tedi Papavrami, 216 pages, 19 € . Ecrivain(s): Ismail Kadaré Edition: Fayard

 

Le sous-titre Investigations définit précisément le contenu et le dessein de cet ouvrage de l’écrivain albanais pressenti à plusieurs reprises pour le Nobel de littérature, ce à quoi il est fait allusion de façon récurrente dans le fil de ce récit, cette potentialité, qui lui a valu quelques tracasseries de la part des autorités de son pays, ayant un rapport étroit avec « l’affaire ».

« L’affaire » en question, sujet passionnant, présenté comme unique préoccupation de cette œuvre singulière de Kadaré, n’est autre qu’un entretien téléphonique de trois minutes ayant eu lieu en juin 1934 entre Staline et Pasternak à propos de l’arrestation de Mandelstam.

L’auteur analyse l’une après l’autre pas moins de treize versions peu ou prou connues de cette conversation, chacune rapportée tantôt par des témoins directs ou présupposés, ou se prétendant tels, tantôt par des protagonistes évoluant dans la sphère politico-littéraire entourant Pasternak et Mandelstam.

« Des treize versions que je possédais, chacune tentait, solitaire et butée, de livrer la vérité ».

Le Livre de ma jungle, Alice de Nussy, Estelle Billon-Spagnol (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Lundi, 07 Mars 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset, Jeunesse

Le Livre de ma jungle, Alice de Nussy, Estelle Billon-Spagnol, Grasset-Jeunesse, janvier 2022, 32 pages, relié 275x225 mm, 14,90 € Edition: Grasset

 

En toute liberté dans la forêt

L’album pour les tout petits intitulé Le Livre de ma jungle foisonne de fleurs, de fruits, de verdure, d’animaux divers (mammifères, insectes et espèces vivipares, serpents), représentés dans des tableaux pleine page. Ce bel ouvrage est conçu à l’unisson par deux auteures et illustratrices, Alice de Nussy, graphiste et directrice artistique, et Estelle Billon-Spagnol, laquelle, après des études de droit pénal, a publié une vingtaine de livres. Dans les pages de garde l’on retrouve imprimée la scène loufoque et joyeuse de la couverture. L’extravagance est le fin mot pour qualifier le rendu plastique. L’imaginaire de l’enfant va ainsi être abondamment sollicité par les mille et un détails fantaisistes aux tons plus sémillants les uns que les autres.

Blond comme les blés, Sjón (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 07 Mars 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Métailié

Blond comme les blés, Sjón, éditions Métailié, janvier 2022, 119 pages, 16 €


100 pages pour se souvenir – exactement parallèle à la lecture – que les pays du Nord ont recelé, et subissent encore nombre de groupuscules d’activistes d’Extrême Droite, et autres engeances néo-nazis. 100 pages pour que l’Histoire la plus noire de l’Europe contemporaine sonne à notre mémoire : le Nazisme en marche était – aussi – un monde industrieux, minutieux dans le travail, un monde d’ingénieurs/ouvriers passe partout, qui avançaient la besogne à l’ombre de cahiers des charges dûment remplis, dont celui de la Shoah elle-même ! 100 pages, pour enfin clignoter sur notre actualité la plus brûlante, celle des populismes en action, et des propos inouïs de candidats à des présidentielles sur des terres de longue tradition démocratiques dans la vieille Europe… immanquablement, c’est un autre blond comme les blés qui s’invite en sinistre mémoire, cet Anders Breivik qui faucha 70 jeunes travaillistes norvégiens l’été 2011.