Identification

La Une Livres

Envoyée Spéciale, Jean Echenoz (par Galien Sarde)

Ecrit par Galien Sarde , le Jeudi, 02 Mai 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Les éditions de Minuit

Envoyée Spéciale, Jean Echenoz, Les Éditions de Minuit, 2016, 320 pages, 18 € . Ecrivain(s): Jean Echenoz Edition: Les éditions de Minuit

 

Court-circuitage et supplément d’âme esthétiques

Entre autres choses, les dialogues d’Envoyée spéciale, de Jean Echenoz, sont spécialement sophistiqués. Une part de leur virtuosité tient dans l’ordonnance des répliques qui les constituent : sans tirets, sans guillemets, pour les fondre dans le récit et le faire pétiller, mais par contre avec des verbes de paroles audacieux ou encore d’étranges substituts d’eux. Un exemple de ce dernier phénomène survient dès l’incipit, quand ce qu’avance le général Bourgeaud : « Épargnez-moi ces réflexions, Objat » n’est pas suivi d’une incise évidente telle que : « a dit le général en se raidissant », mais d’une autre qui fait l’économie du verbe de paroles, éludé, ou plutôt intégré dans un verbe d’action : « s’est raidi le général ».

Insomnies intimes, De l’ombre à la lumière, Valérie Fauchet (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Jeudi, 02 Mai 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions

Insomnies intimes, De l’ombre à la lumière, Valérie Fauchet, KDP Amazon, février 2024, 222 pages, 18 €

Les insomnies sont-elles des invitées inattendues, redoutables, comme des mantes religieuses nocturnes prêtes à nous piquer dans le vif de nos blessures ? Ou au contraire, des intimités enfin retrouvées, comme la « Flamme d’une chandelle » (1), pour réveiller le clair-obscur de notre chambre. Après Une voyante passe aux aveux et La vie est une affaire personnelle (trilogie romanesque, Editions Ipanema), Valérie Fauchet nous invite dans ce nouveau livre à apprivoiser nos insomnies de façon créative et poétique, et envisager nos lieux, nos objets autrement, pour mieux nous comprendre et nous surprendre. L’auteure nous livre sans tabou des bouts de sa vie intime romancés, avec poésie et authenticité, en résonnance avec des lieux qui l’ont marquée. Toutes sortes de lieux : des terrasses de café, des chambres d’hôtel, la plage, « des maisons prisons », « des maisons tristesse », « des maisons closes », « des maisons pop », « des maisons sans enfants », « des maisons hantées », « des maisons souvenirs », « des maisons château en Espagne », « des maisons comme des moulins, des maisons vides, des maisons où il ne se passe jamais rien, des maisons sans amour, des maisons en plein carrefour, des maisons qu’on ne voit pas, des maisons qu’on n’aime pas, et des maisons du bonheur ».

Brest, de brume et de feu, Philippe Le Guillou (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Mercredi, 01 Mai 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Brest, de brume et de feu, Philippe Le Guillou, Gallimard, février 2024, 397 pages, 22 € Edition: Gallimard

 

Brest intime

Le dernier roman de Philippe Le Guillou est à lire comme on rêve.

Comme on rêve en entendant sur l’ardoise ou les tuiles du toit, sur les rampants des greniers, la pluie qui tape, et par moments la foudre. C’est-à-dire l’amour.

Donc le feu.

Tout de Le Guillou se répète ici. Tout s’y renouvelle sans qu’aucune surprise ne surprenne ! C’est la raison pour laquelle on invoque le rêve en premier et la grêle, les pluies et toutes les formes de bruines. Le roman de Le Guillou n’est pas que météorologique, il est une géographie de l’âme.

Donc de l’amour.

Balle perdue, Nane Beauregard (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Mercredi, 01 Mai 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Editions Maurice Nadeau

Balle perdue, Nane Beauregard, Éditions Maurice Nadeau, Coll. À vif, mars 2024, 159 pages, 19 € Edition: Editions Maurice Nadeau

Las Vegas, 7 septembre 2002, une fillette de neuf ans, Genesis Gonzales, est tuée d’une balle perdue lors d’un règlement de comptes entre gangs rivaux. Lors d’un procès en 2003, Pascual Lorenzo est reconnu coupable du meurtre et condamné à la peine capitale. Ayant fait appel de la décision, un second procès aura lieu en 2007, procès largement couvert par la presse locale mais aussi par les réalisateurs français de documentaires, Jean-Xavier de Lestrade et Rémy Burkel, qui le diffuseront sous le titre Justice à Vegas, Une balle Des Vies perdues (1).

Nane Beauregard s’est immergée dans ce fait divers et a sans doute passé des heures, des journées, des nuits entières à visionner, revoir et revoir encore ce documentaire de 52 minutes pour « parvenir à mettre des mots et comprendre qui était ce jeune homme énigmatique qui cachait un terrible drame derrière ce visage de sphynx qui m’intriguait et semblait m’appeler ». La curiosité et l’interrogation se transforment peu à peu en compassion face à ce jeune homme latino-américain, mutique, qui a refusé la perche tendue par le procureur qui lui proposait de plaider coupable dans l’espoir de voir sa peine réduite dans le meilleur des cas à une quarantaine d’années d’emprisonnement.

Avilion, Robert Holdstock (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 01 Mai 2024. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Science-fiction, Iles britanniques, Folio (Gallimard)

Avilion, Robert Holdstock, Folio, 2015, trad. anglais, Florence Dolisi, 528 pages, 9,90 €

 

« Je suis l’un des neuf aigles […]. Je suis l’un des neuf cerfs. Je suis l’un des neuf hommes perdus dans la forêt qui ont protégé une enfant. Je suis l’une des neuf voix. Je suis toute la vie qui s’est déroulée avant moi… ». Ainsi s’exprime Peredur, guerrier mythologique issu d’un fonds légendaire celtique, durant cette quête tant guerrière qu’existentielle qu’est Avilion. Ce roman est le cinquième et ultime volet d’une suite d’histoires relativement indépendantes les unes des autres et pourtant profondément imbriquées qui forment le cycle de La Forêt des Mythagos, création géniale et ambitieuse de l’Anglais Robert Holdstock étalée entre 1984 et 2009. Peredur s’exprime de la sorte car, comme chacun des personnages de ces cinq romans, il est une histoire et en contient de nombreuses à raconter, des histoires terribles puisque mythologiques, des histoires à la frontière entre notre monde et ceux contenus dans la forêt des Ryhope, des histoires racontant avant tout la quête de soi.