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Polars

Deux petites filles, Cristina Fallarás

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 30 Octobre 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne, Métailié

Deux petites filles (Las niñas perdidas, 2011), traduit de l’espagnol par René Solis, 216 pages, 17 € . Ecrivain(s): Cristina Fallarás Edition: Métailié

 

Deux petites filles de moins de cinq ans ont été enlevées dans Barcelone. Inutile de les chercher car l’on sait déjà que l’on ne peut plus rien pour elles : l’une retrouvée morte, l’autre dont une vidéo témoigne du peu d’espoir qu’elle soit encore en vie. Les circonstances ont été telles que c’est sans doute beaucoup mieux pour elles. La journaliste et détective privée Víctoria González, elle-même enceinte jusqu’au cou, a été payée pour enquêter sur ce crime monstrueux qui révulse les plus endurcis des enquêteurs.

La Fallarás (comme elle se désigne elle-même sur twitter) nous entraîne dans la part la plus sombre et obscure de Barcelone, plus noire que le noir, à la rencontre de ceux qui survivent malgré le mal, ou peut-être par le mal. Un univers où personne n’est blanc, absolument personne. Où ne semblent survivre que celles et ceux qui ont plongé au plus profond, au risque de s’y noyer et de n’en jamais revenir. Dans ce monde-là, les idéaux n’ont guère de place car la réalité les a déchiquetés et éparpillés en mille morceaux, il y a bien longtemps. Qu’il s’agisse d’idéaux d’amour, de famille, de justice… aucun n’a résisté.

Ce monde disparu, Dennis Lehane

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 26 Octobre 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, La rentrée littéraire, Rivages/Thriller

Ce Monde disparu (World gone by), Octobre 2015. Traduit de l’américain par Isabelle Maillet. 348 p. 21 € . Ecrivain(s): Dennis Lehane Edition: Rivages/Thriller

 

Dennis Lehane creuse le sillon ouvert par son dernier opus « Ils vivent la nuit » (voir la critique de cette œuvre dans la Cause Littéraire), explorant l’univers du gangstérisme. C’est d’ailleurs Joe Coughlin, plus vieux de 15 ans, que l’on retrouve ici.

La présentation de ce roman le rapproche du « Parrain ». Le lien est d’autant plus incontestable que l’on pourrait aussi faire au livre le reproche – ce sera le seul - qui a été fait au film de Coppola : la nostalgie de ce « monde perdu » charrie forcément un discours ambigu sur le gangstérisme et ses figures. Les personnages – y compris les pires – sortent un peu « blanchis » du récit, la poétisation romanesque jouant le rôle d’une absolution des méchants. Malgré la mise à distance à laquelle procède Lehane par l’ironie qui s’insère dans les propos des personnages.

« On décide de notre façon de vivre, on établit nos règles, on se comporte en hommes. (il se pencha en avant.) Ça me botte d’être un gangster, merde ! »

« Je n’ai jamais gagné honnêtement un seul dollar, et je n’ai pas l’intention de commencer un jour ».

Les Amazoniques, Boris Dokmak

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 22 Septembre 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Ring Editions

Les Amazoniques, avril 2015, 430 pages, 19,95 € . Ecrivain(s): Boris Dokmak Edition: Ring Editions

 

Voici un roman qui est tout le contraire d’un long fleuve tranquille, même si la majeure partie de son cours narratif se déroule sur les eaux généralement languides d’un immense réseau fluvial plus ou moins imaginaire que l’auteur situe dans une région inconnue aux confins de la Guyane et des pays limitrophes.

Dans cet enfer vert et quasi-vierge d’exploration, vit depuis des années le professeur Loiseau, un ethnologue français, en immersion dans des ethnies amérindiennes mal connues.

Un jour, à la stupéfaction des autorités locales, surgit de la forêt un Indien malade à l’agonie, « complètement radioactif », appartenant à la tribu considérée comme totalement éteinte des Arumgaranis cannibales. L’homme, porteur d’un mystérieux carnet noir rend l’âme immédiatement.

Dans le même temps est annoncée la disparition de Loiseau, soupçonné d’avoir assassiné ou fait assassiner au cœur de la jungle, pour des raisons obscures, Mc Henry, un agent américain représentant d’importants intérêts politico-économiques états-uniens. En conséquence, la vie de Loiseau est officiellement tenue pour fortement menacée.

Ambulance, Suso de Toro

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 03 Septembre 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne, Rivages/Thriller

Ambulance (Ambulancia), traduit de l’espagnol par Georges Tyras, 176 pages, 16 € . Ecrivain(s): Suso de Toro Edition: Rivages/Thriller

 

 

Santiago de Compostella, vous connaissez ? Saint-Jacques de Compostelle, le terminus de tous ces chemins qui rident les cartes de l’Europe, de plus en plus. Une ville de pèlerinage que l’on n’imagine a priori pas comme un décor propice au crime et à la folie (si ce n’est celle des foules de pèlerins, que la morale et l’église contiennent, tout de même !). Une petite ville plutôt calme, au bout du compte. Sauf quand… quand ça se met à ne plus aller ! Mais alors plus du tout. Si bien des chemins mènent à Compostelle, il semblerait aussi que les choses qui s’y passent sont parfois comme écrites d’avance, inévitables dans leur enchaînement absurde et irrépressible. Tellement inévitable que l’on peut même commencer par parler de ce roman un peu fou du Galicien Suso de Toro en commençant par sa fin. Une fin qui dit tout en ne révélant rien. Rassurez-vous.

Une disparition inquiétante, Dror Mishani (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Septembre 2015. , dans Polars, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil, Israël

Une disparition inquiétante, trad. de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Dror Mishani Edition: Seuil

Avraham Avraham est sans doute le frère littéraire de Meyer Meyer – l’un des héros du 37ème district d’Isola dans les romans d’Ed McBain. Comme lui, il est Juif. Comme lui ses parents ont trouvé drôle de le prénommer en l’affublant de son nom de famille. Comme lui, il est flic, introverti, plutôt timide et discret. Comme lui il admire sa cheffe (Pour Meyer c’était son chef, Steve Carella).

Pourtant, le cadre de ce roman, le talent époustouflant de Mishani, la narration fascinante, nous mènent vite au-delà d’une lecture de divertissement. C’est un grand roman policier, haletant, surprenant jusqu’au bout, qui nous tient incrédules dans ses rebondissements, ses contrepieds, son stupéfiant dénouement.

Tel Aviv. Enfin sa banlieue de Holon. Plutôt triste, ennuyeuse, faite de cités populaires. Le commissariat est à l’image du quartier : pas de quoi faire rêver de carrière pour un flic. Et Avraham Avraham ne rêve pas. Il fait son boulot, avec application, honnêteté, humanité. C’est un bon flic. Mais dans cette enquête, il se trompe. Pas un peu : il se trompe de la première page à la dernière, sans exception ! Ça n’enlève rien à ses qualités, ni à la sympathie qu’il provoque chez les gens, ses collègues. Chez nous, lecteurs. « Un homme compétent est un homme qui se trompe selon les règles » écrivait Paul Valéry (Mauvaises pensées et autres). Avraham Avraham est, à n’en pas douter, un homme compétent.