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Poésie

Garder la terre en joie, Pascal Commère (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 22 Août 2024. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Garder la terre en joie, Pascal Commère, Tarabuste Editeur, mars 2024, 162 pages, 16 €

 

Garder la terre en joie, garder la terre en vie, garder en joie la terre de sa vie… Et si l’écrire/en écrire, en retraçant ainsi le territoire/terroir existentiel d’une vie, permettait, en somme, d’en mieux restituer ce qui coule de source malgré la tâche affairée de poser des mots justes sur des passages, des paysages éphémères vécus, sur des voyages plus ou moins longs ou lointains (ici Stockholm, l’Allemagne, l’Italie, un jardin, …)… Étapes éphémères mais décisives, jalonnant le cours d’une vie. Cendrars titrait l’un de ses recueils Au cœur du monde entier et écrivit, en bourlingueur, les mots aux dents comme on mord la pulpe, la chair d’un fruit dont l’arbre se déplacerait au gré de nos aventures entre ciel et terre, tout en se nourrissant d’un même sol nourricier, celui de la terre, en y ajoutant l’encre du Langage pour en grandir encore les racines et les nuancer par la transfiguration roborative que provoque toute restitution/tout récit d’une temporalité aléatoire ou événementielle.

Paysages et intérieur, Anne-Cécile Causse (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Mardi, 20 Août 2024. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Paysages et intérieur, Anne-Cécile Causse, éditions Henry, Coll. Les Écrits du Nord Poésie, juin 2023 (Prix des Trouvères 2022), 64 pages, 12 €

 

La poésie, il faut toujours le répéter, ne relève pas du langage usuel, encore moins de la communication au sens courant du terme. Elle est certes un échange, une adresse au lecteur, mais sur un autre plan, et pour une autre fin. Car elle est avant tout porteuse d’une vision, elle traverse les mots et le langage pour s’aventurer parfois très loin. Plus allusive que purement énonciatrice, plus polysémique, fragmentée et détournée qu’un discours fermé sur lui-même. Insaisissable dans son saisissement du réel, voix des profondeurs de l’intime de l’être. Tout ce qui peut se retrouver dans le recueil d’Anne-Cécile Causse, Paysages et intérieur.

Il y a en effet dans cette suite de poèmes en prose, découpés en paragraphes, comme une violence intérieure, du fait d’un empêchement ou d’une impossibilité qu’on sent à l’œuvre et qui conditionne le déploiement même du recueil, le met sous tension. Une poésie exigeante, une poésie pleine et entière.

Défense de la poésie, Percy Bysshe Shelley (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 20 Août 2024. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Rivages poche

Défense de la poésie, Percy Bysshe Shelley, Payot Rivages Poche, mai 2024, 128 pages, 8,20 €

 

Ordre et harmonie

Écrire une théorie de la poésie, voire la défendre contre les autres arts, contre l’époque, est un sujet délicat à traiter. Il ne faut rien de complètement définitif et donc ménager une voix au théoricien – un célèbre poète romantique anglais ici –, défendre une théorie qui pousse ensemble à confondre le poète et le poème, l’ordre esthétique et l’ordre moral. Il s’agit ainsi de partager le poème entre Raison et Imagination, saisir au-delà du poème une influence qui dépasserait les clivages entre la pensée et la matière.

La raison est l’énumération de quantités déjà connues ; l’imagination est la perception de la valeur de ces quantités, à la fois prises séparément et comme un tout. La raison envisage les différences, et l’imagination les ressemblances entre les choses. La raison est à l’imagination ce que l’instrument est à l’agent, ce que le corps est à l’esprit, ce que l’ombre est à la substance.

Écarlates, Jennifer Lavallé (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Jeudi, 04 Juillet 2024. , dans Poésie, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Écarlates, Jennifer Lavallé, Pierre Turcotte éditeur, mars 2024, 67 pages, 13,70 €

 

Ce recueil, qui aborde le thème difficile de l’interruption volontaire de grossesse, s’ouvre avec une immersion dans une « eau sombre éternelle » qui inonde les « couloirs vides de la souffrance ». Cet élément aquatique, qui fait écho au liquide amniotique, est gardien d’un secret : un « enfant éphémère », « oiseau chétif », fut rendu « au bleu des étoiles ». L’auteure écrit pour les « écarlates », ces femmes qui ont vécu une telle épreuve et qui choisissent d’écrire au petit être qui n’est jamais venu, « pour éliminer la peine dans les mots ».

« Je t’aime plus que je ne pourrai jamais aimer, toi qui n’auras jamais ni nom ni chagrin ». Cette décision d’avorter n’est jamais prise à la légère et elle s’accompagne d’une grande souffrance teintée de culpabilité :

« J’ai fait une croix sur toi/ tu avais l’âge de l’aurore ».

Un Temps de fête, Guillaume Decourt (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 02 Juillet 2024. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde

Un Temps de fête, Guillaume Decourt, La Table Ronde, septembre 2024, 92 pages, 14 € Edition: La Table Ronde

 

Récit

Il est singulier de parcourir une vie imaginée à l’aide d’un poème, fût-il en prose. Car c’est le récit qui porte le lecteur à chaque moment de chaque petit récit où le héros semble un autre lui-même. Ainsi, il faut bondir d’une histoire à l’autre. Contes imaginaires et profonds.

Nous n’avons pas d’enregistrement. J’ai retenu les écrevisses, les truites dans le trou des étoiles, le couvre-chef colonial, les soldats allemands dans les rues du Vieux-Nice, la nage libre dans la rade de Villefranche, le sanatorium, la chasse, la cabane dans les branches, le lièvre qu’on écorche lentement, le sang sur le torse des hommes, le sonnet de Heredia. Le timbre de la voix.