Durant cinq années, le poète de Fougères a tenu un « vrai cadastre » de ses jours, de ses nuits. Ecrire un poème, c’est pour lui entrer dans la nuit de la connaissance et de l’humilité. Ainsi ces nombreux poèmes se sont écrits la nuit, quand silence et profondeur tissent le travail de création.
Le poète ne peut vivre sans : le poème c’est le « labour » intérieur qui s’impose chaque jour, c’est l’exutoire, c’est « la lumière » des mots qui fend l’obscurité.
Les titres disent assez tout le travail de sape du poème, auquel le poète s’adresse sans cesse : confident, interlocuteur du songe, outil existentiel, etc.
Ressasser le mot « poème » convoque ici tous les sens : la nuit délivre la gangue de tous les mots, susceptibles de trouver une voie dans cette « recherche » quotidienne.
« J’écris des poèmes pour voir un peu plus loin » (p.118).
Aveu honnête et pertinent d’un auteur qui s’ouvre à l’autre, à la nuit, à l’amour, au partage.
Dans une écriture qui doit, me semble-t-il, beaucoup à Guillevic, le poète n’hésite jamais à creuser en lui, à faire de sa vie un « puits » « où le poème de sang me fait vivre en équilibre ».
Peu de livres livrent autant d’éclairages sur le métier de vivre en poésie, chaque poème daté donnant sa passerelle au suivant, comme si le poète devenait guide de cordées essentielles.
Toutes les métaphores alors ne poursuivent qu’un seul but : signaler la venue du poème, comme la « lampe » peut signer la présence d’un lieu de vie, d’une âme qui peine mais s’élève.
« Il demande l’amour tout entier », le poème.
Philippe Leuckx
Marc Baron, né en 1946, est l’auteur d’une vingtaine de recueils. Citons : Que la transparence nous vienne ; Donne-moi de l’eau pure ; Poèmes sous la lampe. Il vit en Bretagne.