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Les Livres

Elmet, Fiona Mozley (par Catherine Blanche)

Ecrit par Catherine Blanche , le Mardi, 05 Mai 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Joelle Losfeld

Elmet, Fiona Mozley, janvier 2020, trad. anglais, Laetitia Devaux, 237 pages, 19 € Edition: Joelle Losfeld

 

Ce récit, qu’on prendrait de prime abord pour un conte aux accents bucoliques s’avère être un brûlot social, une tragédie des temps modernes.

Le Comté du Yorkshire est le lieu d’enfance de Fiona Mozley. C’est aussi celui où se déroule cette histoire.

Pas un hasard assurément.

Il suffit de fouiner un peu dans les cinquante dernières années de ce coin d’Angleterre pour mesurer l'ampleur de sa paupérisation : fermetures de sites industriels, âpres luttes de classe, révoltes ouvrières musclées, chômage de père en fils ; alcool et misère ravageant le pays. Il s'y ajoute des « faits divers » donnant froid dans le dos : violeurs et éventreur ont abreuvé ces terres avec des larmes et du sang. Des faits qui ne peuvent que hanter longtemps les esprits et générer des peurs…

De l’improbable, Marie-Claire Bancquart (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 05 Mai 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

De l’improbable, Marie-Claire Bancquart, Arfuyen, 2020, 104 pages, 12 €

 

Passage

Le recueil, que publient à titre posthume les éditions Arfuyen, de textes inédits de la poétesse et professeure Marie-Claire Bancquart, instruit diversement. Tout d’abord comme témoignage de l’agonie sublimée où ces textes prennent place, formant l’arrière-fond de la rémission temporaire d’une longue maladie en une sorte de renaissance brève, oserais-je dire. Puis, comme écriture, sachant qu’il est vain évidemment de séparer les deux bords du poème : la vie et la langue. Et pourtant, rien de morbide dans cette leçon de philosophie morale, où j’ai retrouvé la même force d’exister que dans le Sénèque des Lettres à Lucilius, empreintes des ombres de la mort, mais tournées vers la force de l’esprit et de la pensée. Et même si la mort sous-tend ces pages denses et émouvantes, on suit ce travail d’écriture, d’écriture du regain en un sens, puisque même le destin et sa frontière entre vie et trépas s’abolissent et nous obligent à réfléchir, poussent chacun à ses propres leçons de ténèbres.

Le Chant du poulet sous vide, Lucie Rico (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 04 Mai 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Contes, P.O.L

Le Chant du poulet sous vide, Lucie Rico, mars 2020, 252 pages, 18,90 € Edition: P.O.L

 

Des poulets et des hommes : Lucie Rico

Dans la fable écologique de Lucie Rico, la révolte sourde gronde. Sous les cerisiers parés de blanc, le rouge est mis, comme si le temps de leurs fruits ils allaient se gonfler de sang. Si bien que l’histoire tourne au conte fantastique et horrifique. Il n’est pas sans rappeler le Truismes de Marie Darrieussecq, paru naguère chez le même éditeur.

Au cochon, fait place la poulette. Paule a pour mission de les élever pour les tuer au moment où l’héroïne doit reprendre l’élevage maternel. Tentant de sauver ce qui peut l’être, elle est embrigadée en une aventure que l’auteure construit (dit-elle) « de la même manière que le marketing fabrique des contes, jusqu’à nous faire croire que les animaux que nous mangeons sont d’adorables bêtes, saines et dévouées, avec lesquelles nous avons une relation ».

L’écorce rouge, Murielle Compère-Demarcy (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 04 Mai 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Z4 éditions

L’écorce rouge, Murielle mars 2020, 166 pages, 15 € . Ecrivain(s): Murielle Compère-Demarcy Edition: Z4 éditions

 

Le livre des heures naturelles

Ouvrir un recueil de poésie et écouter la voix d’un poète, c’est abandonner pour un temps l’utilitarisme étriqué et mettre à distance le monde pragmatique dans lequel nous oublions trop souvent l’essentiel de nos vies. C’est aussi écouter une musique singulière, partager l’originalité d’un regard et encore suivre « la magnifique et sauvage déraison » selon le mot de Nietzsche dans Le Gai Savoir. Tout cela, nous le ressentons en abordant le recueil de la poétesse Murielle Compère-Demarcy, L’écorce rouge.

L’ouvrage se présente comme un triptyque. Les textes de L’écorce rouge sont suivis de Prière pour Notre-Dame de Paris (texte de circonstance, s’il en est) et de Hurlement (ce dernier étant dédié à Patti Smith). Il y a dans les poésies de Murielle Compère-Demarcy, qui publie également sous le nom de MCDem, une force d’écriture, une ardeur et une volonté entêtée de marquer sa présence, ce qu’elle appelle le « Vivre » et « l’Ecrire » face au monde. « J’écris, rai de lumière vacant battant des ailes / sur le seuil de la porte obstruée du jour ».

Le Cercle des Hommes, Pascal Manoukian (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Vendredi, 01 Mai 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Seuil

Le Cercle des Hommes, Pascal Manoukian, janvier 2020, 336 pages, 19,50 € Edition: Seuil

 

Il faut savoir lire lentement. Ecrire aussi, parfois. Qualité oblige. Et c’est certainement le cas avec ce superbe roman inventif, porteur d’un sublime message, avec aussi le ton du divertissement tant on souhaite croire en l’intrigue.

Il n’y a que des héros et des héroïnes de tous les jours dans ces pages pensées dans le décor de l’Amazonie.

Quelques indiens, les Yacou, se sont volontairement limités en nombre pour jouir avec densité d’un substrat de vie préservée de ce qu’on appelle d’habitude la civilisation.

Un homme d’affaires, égaré aux commandes de son avion, survole le « Cercle des hommes » quand survient l’accident.

Pertes de repères, bien sûr et prise de connaissance, étonnante, avec les Yacou :