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Les Livres

Longtemps, j’ai donné raison à Ginger Rogers, Frédéric Vitoux (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 03 Avril 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Récits, Grasset

Longtemps, j’ai donné raison à Ginger Rogers, Frédéric Vitoux, janvier 2020, 368 p., 22 euros Edition: Grasset

 

Le titre quelque peu intrigant est issu d’une phrase prononcée, à Central Park et à un inconnu riche et malheureux en ménage, par Ginger Rogers dans le film La Fille de la 5e Avenue (1939), où l’actrice interprète une employée de bureau réduite au chômage : « Peut-être que les gens riches sont juste des gens pauvres avec de l’argent ». Au cours des dix-sept chapitres de son « autobiographie parcellaire », l’académicien Frédéric Vitoux revient sur ses années de jeunesse, au bonheur des étés passés à la villa La Girelle, dans le domaine de La Nartelle, proche de Sainte-Maxime, à son père emprisonné après la guerre à la prison de Clairvaux, pour collaboration avec les forces allemandes, alors qu’il travaillait comme journaliste au Petit Parisien. Un livre écrit en 2000 par Vitoux, L’Ami de mon père, crève l’abcès et a valu à l’auteur nombre d’inimitiés et de sarcasmes.

Le faux-fils, Jean-Louis Mohand Paul (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 03 Avril 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Le faux-fils, Jean-Louis Mohand Paul, éditions Al Manar, 2019, 124 pages, 17 €

 

La part de Kabyle

Le début du roman Le faux-fils est dramatique, à l’instar des films du cinéma français juste après-guerre ou de ceux des années 1960, au sein d’un vieil immeuble d’un quartier populaire parisien, surpeuplé, où l’ombre des couloirs dissimule des locataires sujets à bien des privations et des douleurs. L’histoire est celle d’un petit enfant victime du sadisme familial, un peu comme le Antoine Doinel des Quatre Cents Coups de François Truffaut. Ici, l’enfance n’est pas cet îlot de rêve et de bonheur, ce cocon d’amour mais un abandon sans mesure, une jeunesse martyre. La colère, la peur, la crédulité, traversent le petit protagoniste (re)nommé Jean-Pierre, souffre-douleur du couple, ce qui l’entraîne vers une étrangeté radicale. Une revanche à prendre, par l’auteur, pour défendre un enfant amputé par le non-dit et le ressentiment, pour lequel on apprend à ne pas parler, à ne pas dire.

Journaux, Kafka (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 02 Avril 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Biographie

Journaux, Kafka, Editions Nous, janvier 2020, première traduction intégrale par Robert Kahn, 840 pages, 35 € . Ecrivain(s): Franz Kafka

 

« Ma consolation est – et je vais me coucher avec elle – que je n’ai pas écrit depuis si longtemps, que donc ce fait de l’écriture ne peut pas entrer en compte pour évaluer ma situation actuelle, mais que cela devrait quand même, avec un peu de force virile, pouvoir s’arranger au moins provisoirement » (2 octobre 1911, Premier cahier).

Pour la première fois un éditeur audacieux propose la traduction intégrale des 12 cahiers qui constituent ces Journaux, écrits par Franz Kafka de 1910 à 1922. Un gros livre de plus de 800 pages, achevé d’imprimer le 17 décembre 2019, jour de la mort de Günther Anders (le 17 décembre 1992 à Vienne, auteur notamment de Kafka pour et contre, Circé, 1990), sur les presses de l’imprimerie Smilkov en Bulgarie. L’écrivain tient un journal, pour lui-même (comme pour ses autres écrits, il avait demandé à Max Brod de les détruire), journal de ce qu’il vit, ressent, rêve, voit – « Forte ondée. Mets-toi en face de la pluie, laisse les rayons d’acier te pénétrer, glisse-toi dans l’eau qui veut t’emporter, mais reste quand même, attends ainsi debout le soleil qui surgit soudainement et sans fin » –, de ce qu’il imagine.

2 livres poétiques (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 02 Avril 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

 

Vers cela qui n’est pas, Michel Bourçon, éditions La Crypte, 2019, 60 pages, 12 €

 

Ce trente-neuvième livre de poésie de l’auteur creuse encore un peu plus les marques d’un domaine que sa pensée et son écriture circonscrivent ; ce territoire de la marche, du pas intérieur, des éclaircissements sur lui-même.

Pourquoi, au fond, marcher dans ses pas, retendre, au fil des mots, les plis et replis du terrain ?

Bourçon, en de brefs poèmes, dont parfois les parties s’aèrent sur la page, poursuit sa voie : dire le peu avec le peu, l’« imprononçable » que la quête attise ou vise.

« en marge de soi » (p.28) pourrait ordonner l’ensemble des fragments qui situent cette errance porteuse de sens.

Chengyu, Les expressions chinoises en quatre caractères, Pauline Jubert (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 02 Avril 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Chengyu, Les expressions chinoises en quatre caractères, Pauline Jubert, éditions Librio, février 2020, 126 pages, 3 €

 

« Shí nián shù mù, bai niàn shù rén »

« Il faut dix ans pour faire pousser un arbre et cent ans pour former un homme »

 

Sagesse des mondes

La sagesse, lorsqu’elle se donne pour telle, fait rire aujourd’hui. Nous sommes loin, désormais, des coquecigrues antiques, des rabat-joie confucéens, stoïciens et des autres empêcheurs de ne pas penser. Nous fûmes disciples d’Occam (– Qui c’est, ce mec ? – « Le mot Dieu existe, mais Dieu existe-t-il ? » – C’est celui qui ne laisse pas dormir les autres ! Le nominaliste en chef !)… Nous fûmes aristotéliciens, platoniciens, kantiens (c’est à voir), marxistes ou sartriens (c’est à revoir), puis structuralistes (plus facile, Cécile !)… Avec le Chengyu, nous voici Chinois, et depuis quatre millénaires au moins. Antiques donc, comme tout un chacun.