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Roman

Le seul fou, Marc Pautrel (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 11 Octobre 2024. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Allia

Le seul fou – Marc Pautrel - Allia – 80 p. – 8 euros – Août 2024. . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Allia

 

« Je suis diaboliquement fort en défense et en contre-attaque. J’ai une armée de mots derrière moi, des millions de fantassins composés de lettres me protègent et vont me permettre de conquérir toutes ces contrées hostiles. »

Le seul fou est un chant d’amour, où, comme jamais dans ses romans précédents, Marc Pautrel, n’a mis tant de force et de brillante lumière à mettre son corps, et ses pensées à l’épreuve romanesque. Le seul fou pourrait-être le retournement des Chants de Maldoror de Lautréamont, sa face solaire.  Le seul fou n’a rien du fruit amer qui surgit dans Maldoror, mais tout d’un fruit Infini, comme le nom de la maison d’édition fondée par Philippe Sollers qui l’a accueilli jusqu’à la disparition de l’écrivain. Le seul fou se glisse à la fois dans le corps, le cœur et les pensées de l’écrivain, il épouse la vie et l’amour, comme l’épouse la littérature. Le corps de l’écrivain résonne de ceux qu’il a lu, et qui se livrent en toute complicité aux jeux joyeux de l’auteur – Je joue à saute-mouton avec la vie.

Hotel Roma, Pierre Adrian (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 11 Octobre 2024. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Hotel Roma, Pierre Adrian, Gallimard, août 2024, 190 page, 19,50 € Edition: Gallimard

 

Un jeune écrivain de trente-trois ans, déjà expert de Pasolini, entre, avec ce beau récit, dans le compagnonnage d’un des écrivains majeurs de l’Italie du XXe, Cesare Pavese, qui s’est suicidé à l’Hotel Roma de Torino, le 27 août 1950.

Les amis de Pavese eussent aimé lire ce livre-témoignage, en hommage à cet écrivain, parti si tôt, doué comme peu, brillant romancier, magistral poète, talentueux traducteur de l’anglais, mais si fragile, si solitaire.

Adrian se met véritablement à la quête des dernières traces de Pavese, se rendant sur place, en compagnie de son amie « la fille à la peau mate », à Turin, dans le village natal de San Stefano Belbo, à Brancaleone de Calabre où Pavese fut « confinato » sous Mussolini, à Rome, rencontrant l’un des derniers amis vivants de Pavese, Franco Ferrarotti.

Bien-être (Wellness), Nathan Hill (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Octobre 2024. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallimard

Bien-être (Wellness), Nathan Hill, Gallimard, août 2024, trad. américain, Nathalie Bru, 668 pages, 26 €

 

Il fut un temps – récent – où parler de « roman américain » envoyait aussitôt dans les vents et marées de la littérature bouillonnante, aventureuse, spectaculaire, détonante. Si on dit de Bien-être que c’est LE roman américain du moment, on peut alors dire que l’Amérique a bien changé et sa littérature avec : écriture atone, pour une histoire atone, dans un Chicago atone.

Nathan Hill maîtrise parfaitement ce choix de linéarité narrative, de platitude apparente. Le lecteur français ne peut éviter de penser à Michel Houellebecq : on retrouve ici la même sorte d’insignifiance. Chaque événement – jusqu’au plus petit – est décortiqué avec soin, dans une sorte de souci maniaque du détail : les ingrédients d’un plat, les mimiques des enfants quand ils parlent, les particularités d’un vêtement. La vie d’un couple, puis d’une famille dans une linéarité forcenée, obsessionnelle. Un glissement progressif d’une existence vers la quête éperdue d’un « bien-être » qui aura perdu tout sens commun.

Terre Fragile, Claire Fuller (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 10 Octobre 2024. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Stock

Terre Fragile, Claire Fuller, éd. Stock, Coll. La Cosmopolite, janvier 2024, trad. anglais, Mathilde Bach, 379 pages, 23 € Edition: Stock

 

As-tu déjà ressenti cela, dans une librairie par exemple, la sensation qu’un livre t’observe plus qu’un autre, il t’attend ou te tend la main, et qu’il a ce pouvoir-là. De rendre le sol instable au point de te faire chavirer. Il a un message pour toi. Parce que justement celui-ci, tu ne l’as pas choisi. Ton existence interceptée par une autre existence. Et la confiance que l’acte de lire amplifie. Terre Fragile est venu à moi avant sa parution. C’est un bouquiniste qui me l’a offert, l’éditeur le lui a adressé mais il m’avoue qu’il n’a plus le temps de lire. Ce sont les épreuves non corrigées, trente-cinq chapitres, la couverture encore blanche, la quatrième de couverture non rédigée. Claire Fuller. Lire en français un roman traduit de l’anglais, je refuse poliment. Un roman inédit puisque hormis le cercle de l’obstétrique du livre, je suis la seule à pouvoir le lire. Je parcours la page des remerciements et c’est la voix de l’auteure qui me séduit. Un livre ne se refuse pas, même poliment. J’accepte.

Spinoza Code, Mériam Korichi (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 08 Octobre 2024. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Spinoza Code, Mériam Korichi, Grasset, mars 2024, 240 pages, 19,50 € Edition: Grasset

 

À l’article « Code », le dictionnaire de Littré renvoie à l’ensemble des recueils de lois portant les noms d’empereurs romains (Théodose, Justinien) et, pour l’étymologie, au latin codex, « proprement tablette à écrire ». C’est plus ou moins ce dont il s’agit et, consciemment ou non, Mériam Korichi prend le contre-pied de toutes les histoires de manuscrits retrouvés dans les endroits les plus improbables, qui peuplent le genre romanesque (on pense ainsi au Nom de la Rose). Commençons par dire ce que ce livre n’est pas : le Spinoza Code n’a rien à voir avec le Da Vinci Code et les élucubrations afférentes, parce que le codex, le volume manuscrit en question existe bel et bien à la bibliothèque du Vatican (dont le catalogue, subdivisé en une multitude de fondi, est notoirement d’une complexité inégalée) : il s’agit du manuscrit Vat. Lat. 12838 (désormais numérisé et consultable en ligne), un manuscrit assez modeste et oublié pendant des siècles, qui présente la particularité d’avoir été copié, non sur les Opera posthuma de Spinoza parues en 1677, mais sur le manuscrit original (qui fut probablement détruit par l’imprimeur une fois son travail achevé, suivant la pratique courante de l’époque, aussi choquante nous paraisse-t-elle).