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Biographie

L’étreinte Amicale, Marie de Gournay et Michel de Montaigne, Claire Tencin (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 13 Mars 2025. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

L’étreinte Amicale, Marie de Gournay et Michel de Montaigne, Claire Tencin, Editions Infimes, janvier 2025, 200 pages, 15 € . Ecrivain(s): Claire Tencin

Claire Tencin remet ici en lumière la vie de Marie de Gournay, une femme d’exception, une femme de lettres à l’œuvre quelque peu injustement occultée, autrice de Egalité des hommes et des femmes, un traité d’une grande audace publié au début du XVIIe siècle, à une époque où une femme déterminée à se consacrer aux études et à l’écriture littéraires était immanquablement la cible de gausseries, de mépris, d’ostracisation de la part des écrivains mâles, voire des dames de la haute s’intéressant un tant soit peu à la littérature…

Cette biographie détaillée, documentée, émaillée de références bibliographiques, de citations, d’extraits, met principalement en exergue le rôle de Marie de Gournay dans la rédaction définitive des Essais de Montaigne, et rapporte les efforts incessants, obstinés, voire acharnés qu’elle n’a eu de cesse, durant toute sa vie, de les faire connaître, de les corriger, de les annoter, de les classer, de les préfacer, de les faire apprécier, de les défendre envers et contre tout, de les faire éditer et rééditer par devant et pour les lettrés de son époque, du vivant de l’auteur et de manière posthume jusqu’à sa propre mort.

L’après-exil, Georges-Arthur Goldschmidt (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Lundi, 03 Février 2025. , dans Biographie, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Verdier

L’après-exil, Georges-Arthur Goldschmidt, éd. Verdier, janvier 2025, trad. allemand, Jean-Yves Masson, 96 pages, 18,50 € Edition: Verdier

 

Les deux frères Goldschmidt, Juifs allemands, Erich, et son cadet de quatre ans, Georges-Arthur, ont dû quitter le pays natal et ont connu dès les années 1938/1939 l’exil. Plus de quatre-vingts ans après les faits, le second, devenu écrivain, relate cette période sombre où il faut fuir l’Allemagne, devenue meurtrière pour la communauté juive, et trouver refuge, d’abord en Italie, à Florence, puis en France, du côté de Chambéry.

Les toutes premières pages contribuent à cerner de manière précise, complexe, cette notion d’exil que l’auteur va véritablement éprouver dans sa chair d’exilé. Il faut, pour l’auteur de ces pages, passer au crible des définitions les seuls mots d’exil et d’après :

« Quiconque a été contraint à l’exil n’en sort plus de toute sa vie » (p.9).

« Vu de l’extérieur, l’exil semble être un événement anodin, minuscule, mais après lequel tout est irrémédiablement terminé » (p.14).

Journal 2011-2019 (tome V), Richard Millet (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 30 Janvier 2025. , dans Biographie, Les Livres, La Une Livres, Récits

Journal 2011-2019 (tome V), Richard Millet, Édition Les Provinciales, août 2024, 602 pages, 32 € . Ecrivain(s): Richard Millet

 

Il ne faut pas sous-estimer la discipline de fer et l’obstination quasi-entomologique requises pour tenir son journal, c’est-à-dire, au sens étymologique, pour noter tous les jours les événements petits ou grands qui se produisent dans une existence, les faits et gestes de la vie quotidienne, les rencontres, les propos échangés, les pensées, etc. Au premier regard, le journal est, avec la correspondance, un genre littéraire à la portée de chacun. Mais on ne doit pas s’y méprendre : il y aura entre le journal tenu par un quidam et celui d’un grand écrivain la même différence qu’entre un film de vacances et une bobine de Kurosawa.

Bien qu’une telle affirmation relève du pari sur l’avenir, Richard Millet est un des grands écrivains de notre temps, par l’ampleur de son œuvre et la diversité des genres littéraires qu’il cultive. Il est également, avec Michel Houellebecq, Boualem Sansal, et quelques autres, un des analystes les plus lucides de l’effondrement en cours, qu’il s’agisse de littérature ou de son vaisseau porteur, la civilisation.

L’Ascension, Les Trafiquants d’éternité, Amélie de Bourbon Parme (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 17 Janvier 2025. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard

L’Ascension, Les Trafiquants d’éternité, Amélie de Bourbon Parme, Gallimard, octobre 2024, 496 pages, 23 € . Ecrivain(s): Amélie de Bourbon Parme Edition: Gallimard

 

« D’un pas tranquille, il longea le Tibre en pensant avec bonheur que la disparition de ceux qui avaient fait sa fortune le laissait désormais tout à fait libre de tracer son chemin vers le sommet de l’Église » (L’Ambition).

« La lumière du jour commence à percer à travers les volets de la chambre. On entend une petite musique venue de la chapelle attenante.

Alors que j’arrive au seuil de mon existence, jamais le passé et le présent ne m’ont semblé si proches, j’ai la sensation physique et morale que tous les moments importants de ma vie s’agrègent comme une nuit se mêlant au jour » (L’Ascension).

L’Ascension est le deuxième volet de la trilogie imaginée avec tant de finesse, de subtilité et de force par Amélie de Bourbon Parme. La trilogie de la vie, de ses revers, ses éclats, ses rencontres, ses paris et stratégies, et de l’amour qui ne cesse d’illuminer Alessandro Farnèse, qui deviendra pape en 1534.

Variations sur le Baudelaire de Claude Pichois et Jean Ziegler (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Septembre 2024. , dans Biographie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Fayard

Baudelaire, Claude Pichois & Jean Ziegler, Ed. Fayard, 838 p. 36 € Edition: Fayard

 

Il ressort de ce livre-somme une figure baudelairienne parée de toutes ses ombres et lumières. Ni ange ni démon mais assurément trop humain, le poète ici emprunte à la figure christique le poids des douleurs et des amertumes. Dès vingt ans, Charles entre en souffrance comme on entre dans les ordres, avec la volonté d’y entrer et d’y souffrir pour s’approcher de l’inaccessible beauté. Pour s’emparer de la boue et en faire de l’or.

Baudelaire – nous l’avons souvent écrit ici – n’est pas spontanément un personnage séduisant ; loin des figures de bons ou mauvais anges de la littérature française, les Villon, Louise Labé, Rimbaud, Nerval, Apollinaire. Ses portraits, nombreux (dont beaucoup se retrouvent groupés dans cet ouvrage dans un folio central), semblent figer pour l’éternité un regard fiévreux et inquiet, un visage émacié et glabre, des lèvres minces, comme pincées par une tension permanente.