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Les Livres

Les Secrets de Pandorient, Les Fleurs de Mégalove, Carbone (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 13 Mai 2022. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, La Martinière Jeunesse

Les Secrets de Pandorient, Les Fleurs de Mégalove, Carbone, mars 2022, Illust. Myrtille, 128 pages, 9,90 € Edition: La Martinière Jeunesse

 

La planète à fleurs

Bénédicte Carboneill, dite Carbone, a déjà publié une série fantastique chez Dupuis, La Boîte à musique. Elle signe ici, avec Myrtille, graphiste ayant illustré la série Célestine, un très joli roman : Les Secrets de Pandorient, Les Fleurs de Mégalove. La planète Pandorient sur laquelle évolue le jeune Igor est un mixte du Moyen Âge, du Magicien d’Oz et de La Petite Boutique des horreurs, mâtiné de futurisme. Dans cette galaxie étrange, la nature est fantaisiste, capricieuse. Il y pousse des plantes cannibales et l’on y rencontre des « oiseaux poilus ». L’on y mange du Gloubilboulgi et l’on y vit très longtemps. La stylisation graphique des visages et des postures, la réduction des traits, le minimalisme, ne sont pas sans évoquer la ligne plastique de Goldorak. Myrtille figure ce monde un peu inquiétant par une quarantaine d’illustrations, plus une couverture dans les couleurs les plus vives.

Éthique, Baruch Spinoza sous la direction de Maxime Rovere (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 12 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Flammarion

Éthique, Baruch Spinoza, novembre 2021, édition et traduction, Maxime Rovere, 956 pages, 35 € . Ecrivain(s): Maxime Rovere Edition: Flammarion

 

La question du progrès, appliquée à la littérature ou à la philosophie, est d’un maniement délicat, même s’il est difficile de prétendre qu’elle n’a aucun sens. Dans des disciplines comme l’astronomie, la médecine ou les mathématiques, les progrès accomplis en, disons, cinq siècles, sont immenses et permettent seulement aux optimistes de rêver à ceux qui pourront encore l’être dans les cinq autres à venir. Le moins inspiré des doctorants en sait plus que l’astronome peint par Vermeer, où une longue tradition a voulu voir un portrait de Spinoza. L’idée d’un corps humain virtuellement immortel et réparable presque à l’infini par échanges de pièces ou d’organes n’appartient plus tout à fait à la science-fiction, même si les implications éthiques et politiques soulevées par cette perspective sont prudemment mises de côté, puisque cette immortalité virtuelle pourrait bien n’être que le privilège d’une caste très étroite. En mathématiques, les découvertes de la géométrie non-euclidienne, l’existence possible d’une infinité d’univers infinis, dans une infinité de dimensions, ne sont même pas assimilables par l’esprit humain.

De l’écran à l’écrit, Enseigner la philosophie par le cinéma, Frédéric Grolleau (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 12 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres

De l’écran à l’écrit, Enseigner la philosophie par le cinéma, Frédéric Grolleau, éditions Lambert-Lucas (Limoges), décembre 2021, 328 pages, 24 €

« Quand Foucault définit le Panoptisme, tantôt il le détermine concrètement comme un agencement optique ou lumineux qui caractérise la prison, tantôt il le détermine abstraitement comme une machine qui non seulement s’applique à une matière visible en général (atelier, caserne, école, hôpital autant que prison), mais aussi traverse en général toutes les fonctions énonçables. La formule abstraite du Panoptisme n’est plus “voir sans être vu”, mais “imposer une conduite quelconque à une multiplicité humaine quelconque” ».

Gilles Deleuze

L’hypothèse des Idées (ou Formes)

Dans l’ouvrage De l’écran à l’écrit, Enseigner la philosophie par le cinéma, les dispositifs didactiques sont de haut niveau et Frédéric Grolleau, en méthodologiste averti, apprend, à travers ses cours, à regarder un film, ses plans-séquence, sa diégèse. Il s’agit ensuite de tirer parti de ce matériau visuel de base, à l’aide de sujets philosophiques adaptés, d’argumenter, car « ces activités [vont contribuer] à l’entraînement de la dissertation et au commentaire de texte ».

Poème des abeilles et cycle des insectes (Poemetto delle api e ciclo degli insetti), Claudia Azzola, traduction Jean-Charles Vegliante (par Valérie T. Bravaccio)

Ecrit par Valérie T. Bravaccio , le Jeudi, 12 Mai 2022. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Italie

Poème des abeilles et cycle des insectes (Poemetto delle api e ciclo degli insetti), Claudia Azzola, éditions Traduzionetradizione, 2021, trad. Jean-Charles Vegliante

 

On pourrait qualifier l’ouvrage de « plaquette », un document que l’on distribue, par exemple, gratuitement, lors d’une exposition temporaire ; mais, à mon avis, il s’agit de bien plus que cela : cet ouvrage est le témoignage d’une vraie amitié intellectuelle entre Claudia Azzola et Jean-Charles Vegliante qui écrivent et traduisent, tout en étant sensibles à la forme typographique des textes et au choix des mots (1).

Observons d’abord l’objet car il est très joli à voir. Sous la direction artistique de Renzo Disperati, la couverture est d’une grande qualité d’impression pour y accueillir les dessins de Chloé Menous et, en 4 de couverture, un extrait de La Commedia de Dante Alighieri, tiré du « Paradis » XXXI, vv.7-9, est traduit par Jean-Charles Vegliante (2). Et cet objet est aussi (voire surtout) d’une très grande qualité de mise en page typographique : la longueur des vers et leurs décrochements sont fidèlement reproduits dans la version originale et surtout dans la traduction en français.

Les Saisons et les jours, Caroline Miller (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 11 Mai 2022. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Belfond

Les Saisons et les jours, Caroline Miller, mars 2022, trad. de l’anglais (USA) Michèle Valencia, 437 pages, 14 € Edition: Belfond

Paru un an avant Autant en emporte le vent, Les Saisons et les jours (1933) avait une réputation à tout le moins flatteuse, mais souffrait d’une singulière absence en librairie : un roman dont on entendait parler bien plus qu’on ne le lisait, malgré son succès colossal aux Etats-Unis durant plus de trente ans – puis un oubli lié probablement à l’arbre qui cachait la forêt : Autant en emporte le vent. L’ironie de la chose est que Margaret Mitchell fut découverte suite au succès du roman de Caroline Miller, qui reçut en 1934 le Prix Pulitzer : le roman du Sud des Etats-Unis, ce Sud perdant de la guerre de Sécession, c’est elle qui l’a inventé (ou presque), elle qui naquit en Géorgie et mourut en Caroline du Nord.

Ces lieux se retrouvent dans Les Saisons et les jours, mais inversés : la famille de Cean Carver est partie de Caroline pour arriver en Géorgie avant sa naissance, et sa mère qui « était née dans les collines rouges […] ne s’habituait pas aux bancs de sable, aux plaines boisées, immenses et solitaires, chichement ombragées par des pins aux longues aiguilles, qui soupiraient sans cesse, gémissaient par temps orageux et que les forts vents d’automne déracinaient et laissaient se dessécher au fil des saisons ».