Identification

Les Livres

Le Cheval en Feu, Anuradha Roy (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 01 Avril 2024. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Roman, Actes Sud

Le Cheval en Feu, Anuradha Roy, Actes Sud, novembre 2023, trad. anglais (Inde), Myriam Bellehigue, 271 pages, 22,50 € Edition: Actes Sud

« Il était une fois, il y a fort longtemps, un potier, qui était tombé amoureux d’une femme. Ils vivaient dans le même quartier, il la croisait tous les jours, mais il ne pouvait aller la trouver pour lui dire ce qu’il ressentait. Cet homme et cette femme appartenaient à deux tribus qui se détestaient. Il savait bien que jamais ils ne pourraient vivre ensemble. Une nuit, un cheval de terre cuite le visita en songe : ses naseaux crachaient du feu, il avait des yeux de braise et il s’adressa à lui si clairement que le potier comprit chacun de ses mots. S’il apprenait à chevaucher ce cheval de feu sur la terre et sous l’eau, la femme serait à lui. Il se réveilla avec la certitude que ce cheval devait voir le jour et que c’était à lui de le créer ».

Nous sommes en Inde, le potier se nomme Elango. Il a dans les mains un savoir-faire hérité de ses ancêtres, il ne cède en rien aux modes du moment, ce qui pourrait pourtant le sortir de la misère. C’est son histoire que raconte Sara, étudiante à Londres, qui, pour tromper l’ennui et la solitude, pratique l’art traditionnel de la poterie que lui a enseigné Elango, alors qu’elle était petite fille dans un village en Inde.

Lents ressacs, Myette Ronday (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 01 Avril 2024. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Lents ressacs, Myette Ronday, Les éditions Sans Escale, février 2024, 90 pages, 15 €

 

Expression du temps

Dans ce recueil de Myette Ronday, dont la couverture, sans doute une des encres de Jean-Pierre Otte, mouvement peint qui signifie peut-être une plage pleine d’un varech vert de gris tout autant que des larmes sur un visage, un écoulement de glace sur une vitre, et nous sommes auprès de l’océan. C’est l’expression du temps qui est la plus saillante, temps des marées hautes ou basses, temps qui passe sur les visages, lutte peut-être contre ce dernier qui nous entraîne vers la pierre et la poussière. Ici, le vieillissement existe comme un travail de l’ici et du maintenant. Cette vision presque comptable des âges de la vie, déictique conçu non comme une limite, mais un point de départ du poème, ne le restreint pas, mais au contraire le poursuit. Ce surgissement augmente les possibles et autorise une fructification, sorte de vigne en travail. Le poème élargit le regard, l’augmente d’événements petits ou grands, telle une montée des eaux océaniques qui cache différentes couleurs, varech, sable, miroitement des ciels.

Comme une lune noire sur ma table, Christian Viguié (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 28 Mars 2024. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, La Table Ronde

Comme une lune noire sur ma table, Christian Viguié, éd. La Table Ronde, mars 2024, 176 pages, 17 € Edition: La Table Ronde

 

Ce volume de poésie, copieux et léger, est sans doute, dans l’esprit de l’auteur, et celui de ses lecteurs fervents, une chronique « au jour le jour » de la vie quotidienne. L’art de piéger le réel pour nous le restituer avec vivacité, humour et cohérence, semble aller de soi pour le poète qui passe son temps à attendre que le monde entre en ses pages. Il lui suffit d’observer une porte, d’ouvrir un tiroir, de « poser des choses » sur une table, pour faire naître ce condensé du monde : le poème.

Distribué en deux parties, le livre expérimente là deux écritures : des poèmes très brefs, d’une part, jamais au-delà de sept, huit vers, et d’autres, beaucoup plus longs, offrant au texte plus d’amplitude sinon de réflexion.

Drôle de ménage, texte et dessins de Jean Cocteau (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 27 Mars 2024. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset, Jeunesse

Drôle de ménage, texte et dessins de Jean Cocteau, Grasset Jeunesse, Coll. Lecteurs en herbe, 2023, 60 pages, 22 € Edition: Grasset

En famille chez les étoiles

Jean Cocteau (né le 5 juillet 1889 à Maisons-Laffitte, décédé le 10 octobre 1963 à Milly-la-Forêt) fut à la fois poète, peintre, dessinateur, dramaturge et cinéaste. Élu à l’Académie française en 1955, il compte parmi les artistes qui ont marqué la première moitié du XXème siècle. Louis Aragon, en parlant de lui, évoquait un « poète-orchestre ». Jean Cocteau apprend la mort d’Édith Piaf dans sa demeure de Milly-la-Forêt et succombe quelques heures plus tard d’une crise cardiaque. Sur sa tombe (il est enterré dans le cimetière jouxtant l’église de Milly-la-Forêt), on peut lire en guise d’épitaphe : « Je reste avec vous ».

Jean Cocteau a produit texte et dessins pour ce précieux album jeunesse au format de 37x24,8 cm, juste après-guerre. Les tirages, datant de juillet 1948, dus aux éditions Paul Morihien, ont été importants : 2700 exemplaires dont 720 numérotés. À la manière d’un conte, d’une fable onirique, Cocteau s’adresse autant aux enfants qu’aux parents, les priant de demeurer dans l’univers du rêve et ainsi, de ne pas trahir leur propre enfance.

Les chiens de guerre, Frederick Forsyth (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 27 Mars 2024. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Les chiens de guerre, Frederick Forsyth, Folio Policier, 2023, trad. anglais, Claude et Anny Mourthé, 624 pages, 11,50 € Edition: Folio (Gallimard)

 

L’action se déroule dans un pays africain qui n’existe pas mais que l’on peut imaginer aisément le Zangaro. Le pays est dominé par de hautes montagnes aux ressources minières importantes. Il est par ailleurs traversé par le fleuve Zangaro. À la tête de cet Etat, le Président Jean Kimba, un mégalomane fou à lier, retranché dans son palais, entouré d’une garde personnelle imposante, composée de la presque totalité des défenses militaires du pays, gouverne d’une main de fer. La population qui se chiffre à 220.000 habitants se compose essentiellement de deux ethnies rivales ancestrales, les Vindus et les Cajas, soit respectivement 190.000 individus contre 30.000. Le désamour des uns pour les autres est savamment entretenu, pour la paix de tous. Cependant, c’est sans compter sur la présence, pour le moment très discrète, de puissances occidentales et russes. L’économie est fondée sur une agriculture de subsistance à base d’igname et de manioc. Il n’y a pas d’industrie, et les exportations de bananes et de café sont au point mort. Les enfants souffrent de malnutrition. On se déplace essentiellement sur le fleuve, il n’y a pratiquement pas de route.