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Nouvelles

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans Nouvelles, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Cette semaine

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent, Héros-Limite, août 2025, 90 pages, 18 euros. . Ecrivain(s): Jim Harrison


La couverture blanche de l’ouvrage, nuages et chevaux à l’encre violette dont les yeux, les naseaux, les crins sont nettement tracés, évoque autant le milieu dans lequel se déroule l’intrigue que le caractère de son héros, Owen, insaisissable par tout autre qu’une personne assez proche pour le rassurer, assez humble pour le laisser déployer librement ses passions.

Tel est Wendell. Admirant son cousin, orphelin à cinq ans et élevé avec lui, dresser une pouliche, Wendell avoue un indéfectible sentiment : « J’ai senti une violente bouffée d’affection et je me suis encore demandé pourquoi cet homme courageux, charmant et amoureux de la vie cravachait aussi dur vers le précipice de la folie. »

La plupart des entreprises d’Owen semblent pourtant réussir, à commencer, dès l’adolescence, auprès des femmes. Wendell, sage et renommé juriste, fidèle à l’ennuyeuse Patricia, en est un peu étourdi : « Cette nature sexuelle des femmes est toujours une énigme pour moi, et j’ai découvert en grandissant qu’Owen la comprenait très bien. »

Lagons maudits, Quatre nouvelles de Livia Léri (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 24 Août 2026. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Cette semaine

Lagons maudits / Quatre nouvelles de Livia Léri / Editions Le Pas de l’Homme / Mai 2026 / 58 pages / 12€


Le parfum amer des lointains

 

Les lointains ont toujours nourri de grandes rêveries. L’Occidental, engoncé dans un quotidien bien morne, un climat brumeux ou un environnement triste n’en finit pas de s’abandonner à une rêverie exotique. On comprend qu’il soit, à un moment de son parcours, taraudé par l’impérieuse envie de se détourner vers l’ailleurs, d’aller là-bas, mû par une forme de quête du bonheur. « Le quotidien fait le bourgeois » écrivait Henri Michaux. Et Dieu sait que l’on s’est « quotidianisé » (désolé pour ce néologisme) ou embourgeoisé ! L’idée de rejoindre des paysages, des sonorités ou des odeurs d’un monde d’ailleurs, pour fuir, oublier, découvrir, s’exalter est profondément inscrite en chacun, que l’on soit un simple quidam, un peintre de renom ou du dimanche, un écrivain, ou un poète. Nombre ont cédé à ce désir. Tout un imaginaire riche de rêves, de fantasmes, est né de cette envie mais aussi beaucoup de clichés et d'idées toutes faites.

La Chaussure sur le toit, Vincent Delecroix (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Vendredi, 08 Mai 2026. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

La Chaussure sur le toit, Gallimard, 2007 ; réédition « Folio », 2009, 248p., 8,60€. Edition: Folio (Gallimard)


Que fait donc cette chaussure sur le toit d’un immeuble parisien longeant les voies de la Gare du Nord ?

Cette question – en apparence anecdotique, voire franchement saugrenue –, est au cœur du livre La chaussure sur le toit de Vincent Delecroix, qui réussit le tour de force de tenir en haleine son lecteur sur près de 250 pages. Avec pour point de départ cet objet improbable, mystérieusement posé là, l’auteur parvient à bâtir un projet formel inventif et stimulant : une véritable gageure !

L’ensemble est constitué de dix récits, adoptant des points de vue à chaque fois différents. Autour de cette chaussure incongrue gravitent différents personnages qui habitent ou fréquentent cet immeuble, sorte de microcosme urbain où se croisent sans vraiment se rencontrer des personnages contrastés : un artiste contemporain, un unijambiste, un sans-papiers, une vieille dame capricieuse et qui s’amourache d’un jeune pompier, une enfant au sommeil agité, des chiens anthropomorphes, un présentateur télé en fin de course, un amoureux conduit et jaloux qui se mue en cambrioleur…

Cœurs Brisés, Rosetta Loy (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 25 Mars 2026. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Mercure de France, Italie

Cœurs Brisés, Rosetta Loy. Traduit de l’italien par Françoise Brun. Mercure de France. 81 p. 5 € Edition: Mercure de France

 

Ce tout petit volume présente deux contes terrifiants. Dans une introduction brillante, Rosetta Loy revendique la filiation de cet ouvrage avec les contes pour enfants – ceux d’Andersen en particulier – ou plus exactement avec la cruauté de ces contes qui la terrorisaient quand elle était petite. Ces histoires racontées, de préférence le soir avant de dormir, par des parents qui adorent leur engeance mais n’hésitent pas un instant à les bercer au son de récits d’enfants mangés, de princesses égorgées, de grand-mères déchiquetées, d’épouses pendues à des crocs de boucher et autres joyeusetés propices à la sérénité avant le sommeil.

La violence de ces contes de notre enfance est toute symbolique. De Freud à Bettelheim, les plus grands esprits ont levé tout soupçon de traumatisme lié à ces récits. En opérant un déplacement et une condensation massifs dans le champ symbolique, ils jouent plus un rôle cathartique que traumatique. Ils sont, la plupart du temps, un outil éducatif vecteur de morale et de résilience. Que Rosetta Loy s’en réclame peut faire penser qu’il en serait de même dans les deux contes qu’elle nous offre. C’est en tout cas l’état d’esprit du lecteur à l’abord de l’ouvrage. Le lecteur ne sait pas ce qui l’attend !

Sur les deux versions de Sac au dos de Joris-Karl Huysmans (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mardi, 24 Mars 2026. , dans Nouvelles, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont)

Joris-Karl Huysmans, Romans I, Robert Laffont, collection “Bouquins”, 2005, 992 pages, 30 euros . Ecrivain(s): Joris-Karl Huysmans Edition: Bouquins (Robert Laffont)

La nouvelle de Huysmans Sac au dos paraît d’abord en feuilleton dans L’Artiste de Théodore Hannon, à Bruxelles, du 19 août au 21 octobre 1877. Trois poèmes en prose, si tant est que leur genre soit définissable, inédits semble-t-il du vivant de l’auteur, « Le chant du départ », « La léproserie » et « Châlons », en constituent la matrice. Elle est reprise en volume chez l’imprimeur Callewaert, toujours à Bruxelles, quelques mois plus tard. En 1880, Huysmans décide de la remanier pour l’intégrer aux Soirées de Médan que Georges Charpentier met en vente en avril.

Les six textes des Soirées ont pour thème commun, on le sait, la guerre franco-prussienne et visent, en pleine  bataille naturaliste, par la voie du scandale au besoin, à lancer le mouvement. Huysmans s’inspire de son expérience personnelle et les étapes de la nouvelle, dans les deux versions, correspondent d’assez près à ce qu’il a vécu : son enrôlement dans la garde mobile et son départ, fin juillet 1870, pour Châlons où il doit être hospitalisé à cause d’une dysenterie ; le retrait chaotique des troupes françaises, suite à l’avancée allemande, et l’évacuation des blessés et des malades vers Arras, Rouen puis Évreux ; son retour à Paris à la chute de l’Empire. On le voit, Huysmans aura participé au conflit sans tirer un coup de fusil.