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Critiques

Annette, une épopée, Anne Weber (par Stéphane Bret)

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 24 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

Annette, une épopée, Anne Weber, mars 2020, 233 pages, 19 € Edition: Seuil

 

Anne Beaumanoir, dite Annette, est une jeune femme au parcours atypique, sinueux et riche en rebondissements de toute nature : elle entre dans la Résistance à dix-neuf ans, sauve deux adolescents juifs au mépris de la discipline de groupe. Elle participe à des actions à Rennes, Paris et Lyon. Pour finir, elle prend part à la libération de Marseille, avant de s’engager pour l’indépendance de l’Algérie, pays qu’elle rejoint lors de l’indépendance en 1962. Elle participe au premier gouvernement de Ben Bella avant de fuir lors du coup d’Etat de Boumediene en 1965.

Ce destin, Anne Weber a pris le parti de le restituer au lecteur de son roman sous la forme d’une radiographie en direct du comportement d’Annette, de la dissection de ses motivations. Ainsi, de la définition de l’acte de résister : « Car résister résulte, comme la plupart des choses qu’on fait, non pas d’une décision qu’on prend une fois pour toutes mais d’un glissement pour ainsi dire imperceptible, progressif, vers quelque chose dont on n’a pas encore idée ».

Ville ou jouir, et autres textes navrants, Christophe Esnault (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Vendredi, 24 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions Louise Bottu

Ville ou jouir, et autres textes navrants, mars 2020, 164 pages, 14 € . Ecrivain(s): Christophe Esnault Edition: Editions Louise Bottu

 

La ville et ses fantômes

Christophe Esnault s’élève entre autres et à sa manière contre les impostures de la poésie et de son édition dans un livre où sans s’engendrer les uns les autres, les textes se complètent.

Certains diront que les hallucinations sont innombrables là où l’auteur n’a rien d’un petit soldat. Ils peuvent même penser que son Cogito est percé de trous. Mais c’est qu’une illusion de ceux qui ne connaissent pas la nuit et préfèrent la poésie qui ne fait pas de plis.

Esnault dessine ici un cheminement, une dérive. Il ne croit pas à la solidarité ni que l’amour domine le monde. D’où son « besoin vital de se retrouver seul(e) ». D’autant qu’il a une certitude : il ne vaut pas mieux que les autres. Ce qui ajoute de la valeur à ce qu’il écrit.

Jamais la même vague, Frédéric Schiffter (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 23 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Flammarion

Jamais la même vague, janvier 2020, 268 pages, 19 € . Ecrivain(s): Frédéric Schiffter Edition: Flammarion

 

« La jubilation de surfer vient de la maîtrise durant quelques instants de la verticalité du corps sur une horizontalité ondoyante, écumante, rapide. Le surf est un rodéo debout. Il faut s’accrocher à l’air jusqu’à épuisement de la monture ».

Jamais la même vague est un roman ondoyant, écumant et vif, sorte de rodéo littéraire que livre Frédéric Schiffter avec ses personnages et les aventures romanesques et follement réelles, qui les saisissent, les renversent, les électrisent, et les tétanisent. Jamais la même vague est le roman de deux destinées qui vont se rencontrer, Alice et Boris, l’une va embrasser la vie d’un beau surfeur américain qu’aucune vague n’effraie, l’autre défendre un jeune délinquant néonazi impliqué dans la mort d’un jeune antifa lors d’une bagarre de rue entre deux bandes rivales de jeunes gens énervés, que tout oppose sauf, les poings et les insultes.

Miscellanées des fleurs, Anne-France Dautheville (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Jeudi, 23 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Buchet-Chastel

Miscellanées des fleurs, Anne-France Dautheville, mars 2020, 144 pages, 15 € Edition: Buchet-Chastel

Quand Colette parle des fleurs, c’est un enchantement et c’est de la littérature, que ce soit dans ses récits, dans des chroniques ou dans Pour un herbier (La guilde du livre de Lausanne, 1953). On pourrait lui reprocher son anthropomorphisme, son maniérisme stylistique et, peut-être, une forme de mysticisme – nous n’y songeons pas, n’étant pas encore délivrée de notre idolâtrie.

Mais tout le monde n’est pas Colette et il n’en va pas de même du livre d’Anne-France Dautheville, bien qu’il ne soit pas, loin s’en faut, dénué d’intérêt.

Il rassemble de brèves chroniques d’un intérêt inégal, qui mêlent botanique, anecdotes, légendes, références littéraires, mythologiques et historiques, considérations étymologiques et notations sur la symbolique et le langage des fleurs. Il y est question des atours et des métamorphoses des fleurs, de leurs inépuisables ressources, de leurs mœurs et de celles des insectes qui les fréquentent, mais aussi de leurs ruses et de leurs tours, des trompe-l’œil et autres subterfuges qu’elles fomentent, retorses, pour abuser la naïveté des butineurs et assurer leur survie et leur reproduction, ce qui témoigne de la sagacité et de l’à-propos de la nature – autant, sans doute, que d’un certain arbitraire dans la distribution de la perspicacité.

Héros et Tombes, Ernesto Sábato (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 22 Avril 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Points

Héros et Tombes (Heroes y Tumbas, 1961), Ernesto Sábato, Points Coll. Signatures, 2009, 529 pages, 10,70 € Edition: Points

 

Ce roman est un roman d’amour.

Ce roman est une descente aux Enfers.

Ce roman est un roman dans un roman dans un roman …

C’est un serpent constricteur qui étreint les deux personnages liés par un pacte létal : Martin par un amour maudit et une jalousie morbide, Alejándra par une cruauté invincible autant qu’involontaire. L’involontaire disait Lacan n’empêche pas l’intentionnel et les intentions de cette femme sont celles rien moins que du Diable : faire le Mal, avec soin, art, une forme de délectation, mais le Malin le fait toujours en toute innocence. Son amoralité est quasi parfaite – même les rares traces de compassion que ce pauvre fou de Martin lui fait éprouver deviennent des instruments de torture dans son âme égarée.