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Critiques

Maigret et le corps sans tête dans Tout Maigret, volume 6, Georges Simenon (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Mercredi, 17 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Editions Omnibus

Maigret et le corps sans tête dans Tout Maigret, volume 6, Georges Simenon, 1242 pages, 28 € Edition: Editions Omnibus

 

« C’était la première fois qu’il restait seul dans un petit café

comme s’il en était le propriétaire

et l’idée l’amusa tellement

qu’il se glissa derrière le comptoir ».

 

Routine, pour Maigret, que cette affaire si le cadavre mutilé retrouvé dans la Seine avait été celui d’une femme et si le commissaire, à la recherche d’une cabine pour téléphoner, n’était pas entré par hasard dans le café du couple Calas. Le voici désormais irrésistiblement attiré par un délicieux petit blanc et l’intrigante tenancière. Un monde, pourtant, sépare ce café presque provincial, Quai de Valmy, de la Brasserie Dauphine, cantine attitrée du 36 Quai des Orfèvres.

Les gens légers, Jean Cagnard (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 17 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, Espaces 34

Les gens légers, 75 pages, 13 € . Ecrivain(s): Jean Cagnard Edition: Espaces 34


L’œuvre de Jean Cagnard est une œuvre prolifique, touchant à tous les grands genres littéraires (romans, nouvelles, poésie), mais le théâtre sans doute tient une place de choix dans l’ensemble de ses œuvres. Il a d’ailleurs été en 2018 lauréat du grand prix de Littérature Dramatique pour Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face.

Les pièces de Jean Cagnard ont été publiées notamment chez Ed. 1057 Roses, Ed. Théâtrales et Espaces 34.

Espaces 34 propose une seconde édition des Gens légers, sorti en 2006. D’une certaine manière, le texte s’affirme dans un temps suspendu. Il s’agit d’une pièce qui échappe à quelque chose de particulier : elle ne prononce pas, elle n’articule pas ce que certains appellent hâtivement son sujet. L’auteur, en une seule page dense que l’on pourrait nommer « postface », écrit qu’il a effacé le mot shoah parce qu’il ne lui appartient pas. C’est un mot fantôme comme ces étranges voix qui se croisent ici.

Un mal qui répand la terreur, Stewart O’Nan (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 16 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

Un mal qui répand la terreur (A Prayer for the Dying, 1999), Stewart O’Nan, trad. américain, Jean-François Ménard, 256 pages, 11 € Edition: L'Olivier (Seuil)

 

La petite ville s’appelle Friendship, quelque part dans le Wisconsin. Avec un nom pareil, des habitants travailleurs, tranquilles et pieux, des familles unies et de l’amitié (bien sûr) qui lie les gens entre eux, on ne peut qu’attendre une chronique populaire, rurale, heureuse. Mais le mal veille.

Pour Jacob Hansen il prend les traits d’un cadavre de soldat mort trouvé dans les bois. Jacob est… un peu tout. Shérif, pasteur, croquemort. Il est la figure centrale de Friendship : il veille aux hommes, il veille aux âmes, il veille aux morts. Avec Doc, le médecin local, il constitue le toit de la bourgade, sa seule protection, le regard attentif qui rassure et secourt.

Nous sommes dans les années immédiates de l’après-guerre civile, le mal est encore dans les têtes et les cœurs. Ce soldat mort, sorti de nulle part, ressemble étrangement aux fantômes qui errent dans les cauchemars des gens, dans leurs souvenirs récents, dans les blessures de leur esprit et de leur corps. Il est la figure d’un mal enfoui à jamais. Il est aussi le porteur d’un mal qui va répandre la terreur.

Le Livre des anges, suivi de La Nuit spirituelle et de Carnet d’une allumeuse, Lydie Dattas (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 16 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Gallimard

Le Livre des anges, suivi de La Nuit spirituelle et de Carnet d’une allumeuse, juin 2020, 272 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Lydie Dattas Edition: Gallimard

 

Lydie Dattas et le cirque du monde

Aux marivaudages, Lydie Dattas préfère les gouffres obscurs de la poésie et la beauté de l’existence telle qu’elle est : « Percé de soleil rouge, mon verre de grenadine m’était une Sainte-Chapelle ». Et comme son héroïne de Carnet d’une allumeuse, elle peut se délecter de ses larmes.

Néanmoins, servant d’alibi sublime à la poétesse, l’adolescente expérimente l’avidité irrépressible du mâle pour en connaître les tenants et aboutissants. Elle peut se laisser faire lorsqu’un mâle force ses cuisses d’un genou en mâchonnant ses lèvres sous un porche. Mais qu’il prenne garde…

D’autant que pour l’auteure, l’Allumeuse est redéfinie. C’est celle qui éclaire, qui donne de la lumière. Et les trois livres (majeurs) réunis ici, l’amie de Genet, l’ex-épouse d’Alexandre Romanès avec lequel elle créa le cirque Bouglione, tourne ainsi autour du mystère des désirs loin des stéréotypes d’usage.

Le « Portrait d’un jeune homme » de Rembrandt, Jan Six (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 15 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Arts, Payot

Le « Portrait d’un jeune homme » de Rembrandt, Jan Six, 160 pages, 20 € Edition: Payot

 

 

Si différentes soient-elles (l’une s’inscrit dans l’espace, l’autre se déploie dans le temps), la peinture et la littérature ont en commun de susciter des querelles d’attribution. Mais les conséquences ne sont pas les mêmes : qu’un texte soit ou ne soit pas de Corneille, de Montesquieu ou de Zola n’a qu’un impact marginal. Tout au plus rend-il caducs les volumes d’Œuvres complètes publiés en Pléiade ou par d’autres grands éditeurs. En 1996, un chercheur américain avait proposé d’attribuer à Shakespeare un texte mineur connu de longue date, A Funeral Elegy (1612). Le débat s’était conclu par le rejet de cette hypothèse, mais avait permis (aurait-ce été le but ?) à Donald W. Foster de voir sa photographie dans les grands médias, posant en Hamlet, crâne en main et mortier sur la tête, obtenant ainsi un peu plus que le quart d’heure de célébrité promis à chacun, selon Warhol.